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L’impulsion (III/III)
Calmer le cheval nerveux et développer l’impulsion

Nous avons vu le mois dernier quelques notions très importantes quant à la manière dont le cheval apprend et dont nous devons tenir compte lors du travail de développement de l’impulsion. De même, nous avons vu que ce n’est pas une gradation, un échelonnage de l’intensité des demandes (les aides devant de plus en plus fortes, jusqu’à un certain pallier bien sûr, tant que le cheval ne répond pas mais cessant aussitôt qu’il réagit correctement), que l’on obtient un cheval de plus en plus fin et réactif. A condition bien sûr que chaque nouvelle demande commence au niveau d’intensité des aides le plus bas pour laisser au cheval la possibilité de réagir et de montrer qu’il a compris.

S’il est important de savoir comment créer de l’impulsion ou libérer l’impulsion naturelle de son cheval, il est nécessaire de différencier celle-ci de l’excitation du cheval trop sensible ou nerveux.
Que votre Loulou soit chaud ou plutôt mou ne change rien à l’extrême importance de ce chapitre car tout cavalier, aussi expérimenté soit-il, va être confronté, lorsqu’il développe l’impulsion ou aborde des exercices demandant un rassemblé supérieur (piaffé, passage pirouettes,…) à ces moments où l’on flirte avec la « zone rouge », où l’effort et l’influx nerveux demandés au cheval risquent de l’exciter.

Ne pas flirter avec la « zone rouge »


Le Maître Oliveira écrivait que « la marque d’un bon dressage, c’est le calme, pas les gesticulations voyantes. » Si le cavalier sensible saura quand s’approcher de cette limite et à quel moment il aura dépassé la capacité de tolérance du cheval, s’il sera capable d’accepter d’attendre que le cheval soit mentalement et physiquement prêt à donner plus sans s’exciter, le cavalier inexpérimenté ou manquant de tact provoquera des dommages parfois irrécupérables au mental et au physique du cheval en s’approchant et en dépassant cette limite trop souvent et trop longtemps.
Il est donc impératif d’être capable de déceler à quel moment on atteint cette zone rouge et savoir comment en sortir. Pour cela, l’étude des chevaux très nerveux et excessivement fins est d’un grand secours.

«Nombreux sont les cavaliers qui confondent cheval devant les jambes et cheval qui n’accepte pas les jambes»


Il est impressionnant de constater à quel point les cavaliers sont capables de se trouver des excuses. Et lorsqu’ils ne le font pas, ils s’accablent de tous les défauts, le résultat étant exactement le même : personne ne fait rien pour corriger le problème…
Au risque d’en offusquer plus d’un, il n’y a AUCUNE raison valable pour qu’un cheval ne marche pas correctement au pas rênes longues, que ce soit un poulain juste sorti du débourrage ou un cheval espagnol qui vient, qui plus est (!) de piaffer. Pas plus qu’il n’y a de raisons qu’il ne puisse pas partir immédiatement au trot et travail en descente d’encolure. Bien sûr, s’il n’y aucune raison pour accepter cela, cela reste néanmoins parfois extrêmement difficile à obtenir. Mais cela signifie que c’est le point à travailler en priorité ! Il y a un proverbe (taoïste je pense mais qui pourrait bien être arabe, Pardon pour ce manque de précision) qui dit « travaille tes faiblesses, elles deviendront tes forces. »
Soyez conscients que votre discipline à obtenir un pas correct et décontracté à tout moment vous permettra d’accéder à une impulsion beaucoup plus importante tout en gardant un cheval « bien dans sa tête. »

Guili-guili


Nombreux sont les cavaliers qui confondent un cheval devant les jambes et un cheval qui n’accepte pas les jambes. Avec ces chevaux chatouilleux ou fébriles, qui semblent toujours pressés, il est important de comprendre que sans jambes, ou sans la tolérance du cheval à nos jambes, nous n’avons jamais la possibilité ni de nous détendre, ni de détendre le cheval (qui, travaillant alors continuellement avec le dos contracté, finira par dissocier ses diagonaux au trot et à tendre vers un pas à deux temps ou irrégulier ; ce qui est fréquent chez les juments). Il nous sera de plus impossible d’accéder à un réel engagement des postérieurs et donc au rassemblé.
Les lecteurs attentifs auront peut-être déjà compris comment nous allons désensibiliser le cheval à nos jambes, pour qu’il accepte leur contact. Si pour rendre un cheval plus fin et sensible, il faut utiliser les aides les plus discrètes possibles et éviter au maximum de les utiliser, nous allons avec les chevaux chatouilleux utiliser beaucoup les jambes jusqu’à ce qu’ils ne les craignent plus et n’y réagissent plus violemment, de la même façon que le fait d’entendre systématiquement le même bruit fait que l’on fini par ne plus l’entendre.

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Photo 1 : collection personnelle Pierre Beaupère ©
Photo 2 : Emmanuelle Peppe ©
Si l’attitude des deux chevaux est largement perfectible car ils ne sont, au moment de la photographie, qu’en tout début de travail, notez que la jument sur la première photo présente une légère dissociation des diagonaux (antérieur droit et postérieur gauche) due à une extrême sensibilité aux jambes qui l’empêche le cavalier de réellement se décontracter.
Le deuxième cheval, qui accepte beaucoup mieux les jambes, ne présente pas cette dissociation malgré le fait que la décontraction générale soit largement perfectible.


Pour cela, je commence par travailler ces chevaux dans un tout petit trot, en les contrôlant suffisamment pour les empêcher d’accélérer. Je les garde dans une attitude basse, même si cela implique qu’il soit un peut trop « fermés devant » (par exemple si le cheval s’enferme pour se soustraire à la difficulté, ce qui est fréquent chez ce genre de chevaux). Cette petite cadence me permet d’avoir toujours le cheval sous contrôle, ce qui va déjà...

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12 commentaire(s) »

nazasu :
Le 22/06/2010 à 13h56

comment faire pour lire les articles du journal en gris (encore a paraitre dans ce n) ) merci

laetitia :
Le 22/06/2010 à 18h24

Cher Nazazu

En réponse à votre question,les articles "encore en gris" ne sont pas encore parus. En effet, nous échelonnons nos parutions pour favoriser l'interactivité dans le journal et vous offrir de nouveaux articles tout au long du mois. pour les lire, il faut juste...patienter un peu 8 Rassurez-vous, une nouvelle moisson sera mise en ligne jeudi !
Merci de votre intérêt pour notre revue, cela nous fait plaisir et nous encourage !
Laetitia

romain :
Le 22/06/2010 à 23h25

Bonjour a tous

Cet article est excellent, une vrai éloge de la légèreté.
Les chevaux et les photos présentées ont également beaucoup de qualité. Cependant un point me chiffone l'esprit : pour l'utilisation systématique d'une muserolle croisée ??

J'ai en mémoire les merveilleuses photos du capitaine beudant montant sans meme une muserolle...
Pour moi l'utilisation de noseband renvoie a l'idee de museler le cheval, d'étouffer ses protestations ... bref au cela a dans mon esprit une connotation fort négative.
Suis le seul a voir les choses de cette façon ?

Je termine en citant Etienne beudant : "Et lorsque dans la bouche entr'ouverte, la langue goûte le frôlement du mors, impressionné par le seul poids des rênes, l'animal est en équilibre "

pierrebeaupere :
Le 23/06/2010 à 22h48

Cher Romain,

C'est une question qui me revient souvent, d'autant plus que je défends de nombreux principes classiques et ai, comme vous le savez sans doute, beaucoup de respect pour les maîtres anciens, malgré le fait que je tente de combiner l'équitation et les principes classiques aux exigences de la compétition.

Si je comprends que l'on puisse voir la muserole comme un moyen de museler le cheval en ne lui laissant aucun choix de montrer son inconfort et son manque "d'acceptation" du contact, il convient à mon sens de comprendre que ce n'est pas sa seule utilisation. En effet, mes museroles sont TRES lâches et ne vont absolument pas à l'encontre de la conception de la légèreté de Beudant lorsque vous le citer.

Oui mes chevaux ont la langue mobile et déglutissent leur mors, oui je peux les monter au seul poids des rênes (en fonction de leur conformation et de leur âge car j'évite à tout prix la fausse légèreté et l'absence de contact qui est à mon sens tout aussi nuisible au cheval que les museroles trop serrées et les chevaux emboutis). Oui mes chevaux cèdent à l'éperon et se travaillent à l'assiette (en tout cas je fais mon possible pour les monter de cette manière). Mais aussi oui, ils ont des museroles.

Pourquoi?

Ma modeste expérience m'a montré que bien souvent monter les chevaux sans muserole PEUT leur procurer une certaine forme d'inconfort. En effet, bien souvent, le mors bouge trop dans la bouche du cheval et celui-ci, ayant la possibilité d'ouvrir grand la bouche peut ainsi se soustraire à son action. De ce que j'ai pu expérimenter, lorsque la main agit, même délicatement, c'est la mâchoire inférieure qui s'abaisse. Il y a alors un jeu de près de 10 cm sans que le mors n'ait d'action sur les barres. A mon avis, ce jeu est inutile et n'AIDE pas le cheval à accepter la main. Si le cheval a une ouverture de bouche légèrement plus limitée, le mors agit je pense de manière beaucoup plus précise.

De part l'utilisation de la muserole, j'ai la liberté de jouer avec son ouverture en fonction de ce que je recherche.

D'autre part, j'ai connu des chevaux qui se sentent mieux avec la muserole plus ajustée tandis que d'autres travaillent bien plus "juste" avec une muserole très ouverte.

Personnellement je tiens compte du cheval et de ce qui est le plus confortable pour lui.

Je pense qu'une bouche grande ouverte est aussi néfaste qu'une bouche figée par une muserole que l'on sert de toutes ses forces.

Mais je vous garantis que vous pouvez monter mes chevaux sans aucune muserole!

En espérant avoir répondu à votre question et vous avoir confirmé mon respect pour les principes classiques, je vous prie d'agréer l'assurance de mes salutations les plus distinguées.

Je vous remercie d'autre part pour vos gentils commentaires.

Pierre.

romain :
Le 23/06/2010 à 23h45

merci pour la réponse elle est très claire !

J'avoue que j'ai de plus en plus de mal avec le dressage de compétition, qui va a mon gout trop souvent dans les excès (rollkur, muserolles serrées, "détentes" de 2h avant la reprise) ...
Et par défaut j'avoue volontiers avoir un doute sur les méthodes employées a chaque signe suspect.

Mais quand on voit certains "professionnels" du dressage commencer leur "stage" par serrer toutes les muserolles a fond, quitte a rajouter des trous, on perd vite confiance en dans ce milieu :(

C'est dans cet esprit que j'accorde beaucoup d'importance aux demandes de Philippe Karl dans sa pétition (http://www.philippe-karl.com/704), en particulier les règles 2, 5 et 6:
2. "Au travail comme en présentation, les muserolles serrées sont interdites. (Présenter sans muserolle est autorisé.)"
5. L’encapuchonnement (chanfrein en arrière de la verticale) est sanctionné à chaque figure par une note n’excédant pas 3.
6. Les mâchoires bloquées, langues remontées ou sorties, grincements de dents, sont sanctionnés à chaque figure par une note n’excédant pas 4.

En espérant que les personnes comme vous soient de plus en plus nombreuses sur les carrières,

cordialement

Romain

senael :
Le 26/06/2010 à 10h51

Bonjour,
merci pour ces articles, les photos et les vidéos... quel plaisir de lire et de voir tout ça!
Dans la partie II du numéro précédent, il y a une sous partie de paragraphe : "note sur l'aculement" mais ce n'est pas développé?
est-il possible de nous en livrer le contenu?
merci,
Senael

senael :
Le 26/06/2010 à 23h02

j'ai relu encore une fois les 3 articles et j'ai une nouvelle interrogation : comme vous, j'ai de trés longues jambes : comment faire pour agir avec les éperons (sur des chevaux qui ne font pas 1.80!), sans remonter le talon et du coup destabiliser sa position assise(cf photos de l'article du mois précédent)
merci
Senael

pierrebeaupere :
Le 05/07/2010 à 12h33

Cher Senael,

Pour ce qui est de vos jambes, il n'y a aucun problème à remonter le talon. Tout d'abord car cela fait partie de l'eventail des touches d'éperons possibles et qu'il est parfois aussi utile qu'indispensable de remonter le talon pour certains actions très précises mais aussi car le cavalier qui a de longues jambes n'a pas d'autre choix.

Toutefois, voici quelques conseils: Pour parvenir à toucher avec l'éperon à la sangle, n'hésitez pas à sortir les pointes de pied afin que votre jambe n'agisse pas trop en arrière. Effectivement c'est moins joli mais de part notre taille nous n'avons absolument pas le choix lorsque la situation exige une touche d'éperon. MAIS évitez les au maximum.

N'oubliez pas que l'éperon sert d'outil de précision et à sensibiliser le cheval. Votre but est de parvenir à monter le cheval sans avoir à bouger les jambes! C'est à ça que sert le dressage, à avoir un cheval tellement fin et équilibré qu'il se manie à l'assiette. Les grands cavaliers plus que les autres doivent développer d'autant plus cette qualité car effectivement lorsque nous agissons avec les jambes cela est très inesthétique.

D'autre part, nombreux sont les moments où il est amplement suffisant de ne toucher qu'avec le haut du mollet et où l'éperon n'est pas absolument nécessaire. Il est aussi primordial d'utiliser les éperons de manière furtive et de remettre la jambe en place aussi vite que possible.

Enfin, pensez que sensibiliser le cheval n'a ni limite ni "code" particulier. C'est la répétition d'une progression de signaux qui rendent le cheval sensible. Donc même pour des effets aussi fin et précis que faire céder le cheval à l'éperon, il est possible si on vibre avec le mollet avant de vibrer avec l'éperon d'amener le cheval à céder par simple pression du haut de la jambe...

Enfin, que cela corresponde ou non à votre type d'équitation, je vous invite à regarder (il y en a beaucoup sur youtube) des vidéos du cavalier suédois Jan Brink qui est lui aussi très grand et est parvenu à utiliser ses jambes de manière très discrète, ce qui lui permet d'être fort élégant à cheval.

En espérant avoir répondu à votre question.

Pierre.

pierrebeaupere :
Le 05/07/2010 à 12h58

Cher Senael,

Après des recherches approfondies (vous lisez l'article avec beaucoup d'attention!) j'ai (enfin!) trouvé d'où venait le problème. Le titre "note sur l'acculement" qui faisait partie de mon plan lors de la rédaction de l'article s'est caché derrière une photo et n'est sans doute apparu qu'au moment de la mise en page, lorsque les photos ont été déplacées. Je vous prie de m'excuser pour cette coquille.

Comme il est vrai que je n'ai pas énormément développer le sujet de l'acculement, je peux vous en dire ceci:

1) Vous le savez sans doute, l'acculement est la défense la plus grave que peut présenter un cheval. Les cas sévères mais aussi dès que la situation commence à ne plus évoluer vers une résolution (donc s'empire de manière régulière), doivent ABSOLUMENT être confiés à un (vrai et bon!) professionnel pour être remis dans les aides et au respect.

2) Comme le disait le Maître Oliveira, le refus de la mise en avant est le seul moment où la punition du cheval est acceptable. Toutefois, les sucres et la motivation, l'envie de travailler et la douceur doivent suivre cette punition dès le moment où le cheval fait un effort car ce sont ces renforcements positifs qui vont rétablir l'envie de se porter en avant afin que ce ne soit plus une contrainte pour le cheval.

3) le sujet mérite un article à part entière, voilà pourquoi je ne l'ai pas développé!

4) Une chose très important car je la vois très souvent: L'ACCULEMENT DEBUTE LORSQUE LE CHEVAL EN LONGE PREND SYSTEMATIQUEMENT LE GALOP AU LIEU D'AVANCER PLUS DANS LE TROT QUAND LE LONGEUR LE POUSSE EN AVANT.

C'est aussi ma priorité lorsque je travaille un cheval acculé... Et bien souvent un moyen de corriger une grosse part du problème en l'espace de quelques minutes et sans risques!

Pierre.

senael :
Le 06/07/2010 à 10h24

merci pour ces réponses détaillées, et du temps que vous nous consacrez ainsi et ici!
Senael

indy :
Le 06/07/2010 à 13h07

merci pour tous ces articles si riches...Vous abordez des points fondamentaux et rarement abordés...organisez-vous des stages ?

pierrebeaupere :
Le 13/07/2010 à 22h00

Chère Indy,

Merci pour vos gentils commentaires.

Oui j'ai encore des disponibilités pour des stages, vous pouvez me contacter via l'adresse mail suivante: pierrebeaupere@hotmail.com.

Pierre.

Article publié le 13-06-2010

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