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Le mors en or

Le mors, objet accessoire ou indispensable ? Qu'il soit en or comme dans la légende antique, ou manié avec des doigts d'or, il reste le moyen d'accéder à "des jours tissés de soie et d'or !"

Petit voyage dans la nuit des temps...

Au Vème siècle avant J.C., Pindare relate, en Odes fameuses, les exploits des athlètes aux Jeux Olympiques, mais aussi ceux des héros qui peuplent la mythologie grecque. Ainsi nous conte-t-il la légende de Bellérophon le Corinthien, et du cheval ailé.

Pégase, puisqu’il faut le nommer, s’abreuvait un beau matin à la source de Pirène quand Bellérophon s’approcha de lui, tenant dans sa main un mors en or. Depuis longtemps le jeune héros « brûlait du désir de dompter Pégase qui devait le jour à l’une des Gorgones, aux cheveux hérissés de serpents », mais ses efforts avaient jusque là été inutiles. Or, durant la nuit précédant l’instant qui nous occupe, Bellérophon, réveillé en sursaut d’un sommeil profond, entend Pallas Athéna prononcer ces paroles : « tu dors, roi, descendant d’Eole ! Prends ce philtre, seul capable de rendre les coursiers dociles…»


The winged horse
Bellerophon et Pégase sont représentés sur ce magnifique dessin de Mary Hamilton Frye, The winged horse (1914).

Pindare nous raconte, que, saisissant le frein merveilleux dont la déesse lui avait fait don, et « tressaillant d’allégresse, l’intrépide Bellérophon saisit le cheval ailé : tel qu’un breuvage calmant, le frein (d’or) dont il presse sa bouche modère sa fougue impétueuse ; alors, s’élançant sur son dos, revêtu de ses armes, il le dresse au combat en se jouant » (Pindare Odes, Olympiques XII, 13)

Un cheval ailé, indomptable fils de la Gorgone, Pallas Athéna la déesse casquée, fille du dieu à qui « la foudre sert de lance », mais aussi mère des arts et de la sagesse, Bellérophon, héros intrépide qui devra affronter la Chimère : tels sont les protagonistes d’une légende toute entière conditionnée par un objet fabuleux, le mors en or...

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6 commentaire(s) »

eleonore :
Le 02/01/2011 à 09h28

A en juger par les illustrations de cet article, les peintres anciens connaissaient mieux la légende que notre peintre contemporaine Mary Hamilton Frye. La légende veut que Pégase ait pu, aussitôt après avoir été séduit par le mors en or, être monté par Bellérophon SANS MORS !! ce qui est visible sur les deux illustrations suivantes de votre article. J'y vois un argument supplémentaire pour relier la légende du mors en or à la descente de main. Et vous?

nellyvalere :
Le 05/02/2012 à 00h06

Eléonore, voici un an que vous attendez une réponse: toutes mes excuses.
Quelle perspicacité! on aurait pu penser que l'absence de mors correspondait au rejet du mors de certains de nos contemporains. Je pense comme vous, que cette "absence" peut correspondre à la phrase de La Guérinière lorsqu'il écrit au sujet de la descente de main:"et alors, le cheval se trouve tout à fait libre, sans bride".

valren :
Le 21/03/2012 à 00h10

Bonjour,

J'ai écrit l'article Wikipédia du cheval ailé Pégase sur la base d'un ancien travail universitaire (cinquante pages) et celà me fâche toujours un peu lorsque je sais que des sources y sont prises sans que les rédacteurs de WP soient cités.

Il n'y a qu'un auteur qui parle du mors en or, c'est Pindare (dans les Odes), il ne précise pas que Bellérophon puisse chevaucher sans mors après. Par contre, les Odes sont composées dans le cadre des jeux Olympiques, pour célébrer la maîtrise de l'homme sur le cheval. Il est donc tout à fait possible que cette histoire de mors en or ait été "inventée" par Pindare. Pégase est déjà connu antérieurement (depuis Hésiode et via les peuples cavaliers louvitophones d'Asie mineure) comme la monture de Bellérophon et le porteur de la foudre de Zeus.

Le mot "philtre" est propre à la traduction des Odes par Perrault-Maynand, il figure dans WP car j'ai travaillé sur cette version là, bien sûr d'autres traductions existent, et n'étant pas philologue mais plutôt folkloriste, je ne saurais dire si la notion de philtre est présente en grec ancien. Le rapprochement me paraît un peu hasardeux.

Une chose est sûre, en Grèce comme dans tout le monde Antique, l'or est reconnu comme un métal précieux. D'après l'analyse de Paul Diel (je crois, à vérifier), Pindare a célébré de façon poétique la domestication du cheval par les Grecs (dont la cavalerie est réputée médiocre) en lui donnant de l'importance, via l'histoire du mors en or.

Amélie Tsaag Valren

nellyvalere :
Le 25/03/2012 à 17h41

Amélie, bonjour!
Il se trouve que je possède moi aussi la traduction utilisée par vous, mais également avec le texte grec en regard, mais comme C S est une revue, et pas une publication littéraire, je peux difficilement citer plus que l'auteur quand une traduction est nécessaire. Le mot philtron en grec est bien présent dans le texte original, traduit par d'autres auteurs par "charme", avec bien sûr toujours cette étymologie de philein, aimer. C'est pourquoi je me suis permis cette interprétation d'"accordage"(joli mot utilisé par Vinciane Desprès dans son article C S N°1 sur l'intelligence des chevaux). Le mot philtron est aussi utilisé en grec pour désigner, en agriculture, un objet ayant une "action sur", probablement bénéfique étant donnée l'étymologie. Comme nous sommes là dans le domaine des légendes et de l'imagination, j'ai pris plaisir à approfondir le premier sens du mot, en l'orientant vers ce que j'aime de l'équitation, c'est à dire vers ce qu'il y a d'improbable dans l'intimité entre 2 êtres de natures différentes, mais tellement magique quand leurs langages s'accordent. De même, la remarque d'Eléonore sur le fait de voir Pégase représenté monté sans mors dans l'iconographie ancienne, m'a rappelé en effet une version de la légende dont l'auteur m'échappe (Hawthorne, peut-être?).Toute l'interprétation, que vous trouverez "hasardeuse", en authentique chercheuse que vous êtes, reste en effet mienne,et n'avait d'authentiquement exact que le texte de départ...et la statue d'"Athéna au mors" à Corinthe...ce que je ne pouvais pas laisser sans sous-entendu, quand on connait Baucher!!
En tous cas, merci de vos précisions.

valren :
Le 07/04/2012 à 16h55

Pas de souci, et merci de votre réponse (désolée si j'ai été un peu sèche). Je me demandais juste si la notion de philtre relevait de la source originale ou d'une traduction, dans le second cas vous le signaler me paraissait nécessaire.

J'ai eu la version d'Hawthorne sous les yeux, il est possible en effet que Pégase soit monté sans mors après. Quoi qu'il en soit, de mémoire - j'ai eu quasiment toutes les traductions ... hélas je ne lis pas le grec ! - des différents éléments du mythe de Pégase sous les yeux et de mémoire il n'est question de mors en or que chez Pindare.

Merci à vous, et au plaisir de futurs travaux en commun pourquoi pas ?

nellyvalere :
Le 09/04/2012 à 10h40

Je ne sais pas la composition de la statue retrouvée au début du siècle dernier. Il faudrait voir ça au musée de Corinthe, sans doute. Par contre Pausanias (IIème siècle après JC) parle de la statue de Corinthe comme d'une statue en bois aux extrêmités de marbre (acrolithe)ces statues de bois(xoanon)étant souvent recouvertes de feuilles d'or et de peintue. Elle figure sur des pièces de monnaie. Pindare qui la connaissait sûrement, doit avoir rapporté la légende en relation avec ce qu'il avait vu, mais ceci 7 siècles avant Pausanias!! On ne peut que le supposer, mais ça paraît plausible et sert bien une légende qu'on peut faire passer par François Baucher...C'est ainsi que vivent les légendes quand elles émergent du monde des idées, et s'enrichissent sans perdre leur message en se prolongeant dans le temps.
En tous cas, j'aime beaucoup avoir tenté ce pont par dessus les siècles.

Article publié le 23-07-2010

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