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« Parler aux chevaux autrement »,
de Carlos Pereira

Carlos Pereira est non seulement écuyer de tradition portugaise, mais maître de la science de signes (sémiotique) appliquée aux animaux. Qu'est-ce qui fait que certains gestes sont reconnus comme des signes, auxquels nous associons un sens, leur répondant par un autre signe ou par une modification de notre comportement?
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« Parler aux chevaux autrement », de Carlos Pereira - Editions Amphora (novembre 2009) / 24,90 euros. ©

Enseignant à la Sorbonne Nouvelle, le chercheur démontre dans un ouvrage stimulant, aussi agréable à consulter qu'à dévorer d'un bout à l'autre comme une histoire de la communication, que l’art équestre n’est rien d’autre que le langage qui unit l’homme et le cheval. Un postulat qui lui permet de relire les différentes cultures équestres comme autant de façons particulières de communiquer. Et de nous initier à la mise sur pied d'un véritable code pour échanger d'espèce (humaine) à espèce (équine). Pas d'équitation supérieure aux autres sur le plan du langage, souligne-t-il pourtant. « Chaque équitation est un mode unique de parler aux chevaux. Notre devoir est de protéger toutes les langues équestres ».

Cheval Savoir l'a rencontré.

Carlos Pereira :

«La communication avec l'animal s'inscrit dans un rapport dualiste pouvoir/amitié»
Propos recueillis par Joséphine Bataille.

Cheval Savoir : Sur quoi repose votre intuition qu'un langage spécifique unit l'homme au cheval?
Carlos Pereira : J’étudie depuis une dizaine d'année l'équitation portugaise, et cherche à mettre en avant ce qui la différencie de l'équitation allemande ou anglo-saxonne. Le plus souvent, on parle d’équitation en termes biomécaniques (ayant trait au mouvement du cheval). Moi je l'ai regardée avec des yeux de linguiste. Je pense profondément qu'il n'y pas une, mais plusieurs équitations, qui fonctionnent selon leur propre code. Comme le portugais et le français sont issus du latin, l'équitation portugaise et l'équitation française ont bien entendu des racines communes, mais elles constituent des façons différentes de dialoguer avec le cheval. A Saumur, comme à La Cense, chez les « chuchoteurs », ou dans les haras portugais, le cheval est identiquement soumis, c'est-à-dire qu'il a accepté de rentrer en communication avec son cavalier.

C.S. Lorsque vous parlez de l’équitation comme d’un système de signes, n’évoquez-vous pas tout simplement le système des aides?
C.P. C'est exactement ça. La posture et le poids du corps sont en soi un signe. Et l’on sait combien la posture des écuyers portugais justement, est caractéristique. Il y a aussi les signes vocaux, tactiles, gestuels… La voix par exemple, est d’un grand usage en attelage. Mais il ne suffit pas de connaître les aides, il faut savoir les accorder. L'accord des aides, c'est la syntaxe de l'équitation, c'est-à-dire la façon correcte d'en accorder les termes. Et cela n'est pas facile; synchroniser les signaux, avec la précision requise, suppose un véritable doigté. La même chose est vraie dans toutes les autres disciplines. Travail à pied, attelage, voltige, travail de cirque, travail en liberté : ce sont autant de langues que l’on peut parler avec un cheval.

C.S. Malgré tout, tous les codes ne se valent pas, il y en a bien qui marchent mieux que d'autres?
C.P. L’équitation est un langue façonnée par une culture. Mais toujours à partir du corps du cheval. A la différence du langage humain, le langage de l’équitation n’est donc pas un code totalement arbitraire et artificiel : pour fonctionner, il lui ...

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Article publié le 12-08-2010

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