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L’échelle d'entraînement (II)
L'échelle comme outil de progression

Par Pierre Beaupère
Cavalier professionnel de dressage.

N°13 Septembre 2010
6 Commentaire(s)
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Nous avons présenté dans notre précédent numéro l’échelle d’entraînement et l’avons rapidement parcourue. Il est temps de l’étudier point par point et de montrer ses implications dans le travail quotidien du cheval.

L’échelle peut être utilisée à long terme, en suivant la progression du jeune cheval à travers les années et dans la recherche d’un rassemblé classique, comme elle peut être utilisée afin de contrôler le travail effectué au cours d’une séance, d’isoler les points à travailler ou les causes d’une difficulté.

Une erreur s’est glissée dans l’article du mois dernier. Contrairement à ce qui a été écrit, ce ne sont pas le contact et l’impulsion qui sont souvent inversés mais l’impulsion et la rectitude ! Et contrairement à ce qui est précisé, c’est une inversion que j’approuve totalement quoique je comprenne que l’échelle « de base » place l’impulsion avant la rectitude. Toutes mes excuses pour cette erreur. Nous reviendrons sur ce point en détail.

Nous allons donc tout d’abord étudier « l'échelle » en tant qu’outil de progression, en reprenant chaque point et en le comparant à l’évolution du travail du cheval depuis ses premières années sous la selle jusqu’à son dressage abouti.

Nous la reprendrons ensuite en tant qu’outil de contrôle du travail et de diagnostic.

Nous prendrons alors des exemples concrets afin de montrer à quel point l’échelle permet d’isoler la cause des problèmes rencontrés dans différentes situations mais aussi comment elle nous aide à les résoudre.

L'échelle en tant qu'outil de progression

Lorsque l’on envisage l’échelle d’entraînement sous la forme d’une progression à long terme, il est nécessaire de comprendre l’idée qu’elle fonctionne sous forme de couches successives mais aussi de garder à l’esprit l’interdépendance des différents points.

Rappelons-les brièvement :

  1. Rythme (takt)
  2. Décontraction (losgelassenheit)
  3. Contact (anlehnung)
  4. Impulsion (schwung)
  5. Rectitude (geraderichten)
  6. Rassemblé (versammlung)

Sellons donc notre poulain, tout juste sorti du débourrage. A ce stade, il est calme et patient au montoir, accepte que nous passions la jambe et que nous nous installions dans la selle sans bouger, est confiant dans son cavalier et ne s’effraye pas des mouvements de celui-ci sur son dos. Il a été longé quelques minutes afin de se détendre et n’aura donc pas de réactions violentes lorsque nous lui demanderons le mouvement en avant.

Voici son évolution idéale au travers des années, en fonction bien sûr de ses qualités et de ses aptitudes naturelles mais aussi du niveau et de l’expérience de son cavalier.


1) Le rythme


Notre première préoccupation avec le poulain va être d’établir un rythme régulier et constant. Cette notion apparemment basique pose dores et déjà quelques problèmes de compréhension dans la mesure où, comme je l’avais précisé, les termes sont traduits de l’Allemand. Car le mot Takt implique une notion de régularité mais aussi de qualité de l’allure, d’équilibre et d’un minimum d’énergie (comme le tempo d’une musique).

«Le jeune cheval est en général trop réactif aux aides et ses allures vont se dérégler à la moindre action trop brusque des mains ou des jambes»

En effet, un cheval boiteux peut être très régulier dans sa boiterie. Ce n’est absolument pas ce que nous recherchons. Nous voulons la pureté de l’allure, un cheval dont la régularité naît d’un équilibre de base correct qui permet de rétablir les allures naturelles du cheval malgré le poids du cavalier qui, à ce stade, peut encore le gêner dans son déplacement.

Le jeune cheval est en général trop réactif à nos aides. Il va s’arrêter au moindre déplacement du poids du corps du cavalier vers l’arrière, ses allures vont se dérégler à la moindre action trop brusque des mains ou des jambes. Notre premier objectif est donc de lui apprendre à se poser dans ses allures et à lui donner l’envie de se porter franchement en avant sans pour autant se précipiter.

J’ai beaucoup insisté durant l’année passée sur cet équilibre de base. Sur le fait que le cheval doit pouvoir se passer des aides mais aussi se fixer dans une attitude et un équilibre horizontal sans que le cavalier n’ait à agir continuellement ni ne le gêne par des actions non nécessaires.

Il n’est donc pas question à ce stade de rechercher la mise en main. C’est la régularité dans l’équilibre correct, avec la volonté de se porter en avant, qui importent. Le cheval doit donc être dans une attitude d’encolure naturelle, sans ramener et l’on recherche uniquement la stabilité du contact et de l’attitude. La main est fixe et légère et agit de manière lente et délicate, les cercles se font par de larges rênes d’ouverture et l’on prend bien garde à ne pas coincer le cheval ni à opposer la main et la jambe.

Jambo Cen
© Céline Brabant.
Topkapi
Jambo Cen et Topkapi à 4 ans. Deux exemples de l’attitude naturelle du jeune cheval où l’on recherche uniquement un contact léger et stable avec la main. Notez malgré tout l’équilibre horizontal correct et la volonté de se porter en avant (oreilles et propulsion des postérieurs). © Jean-Michel Quillère.

2) La décontraction


Autre terme souvent mal compris car le mot allemand implique autant une décontraction mentale que physique (absence de tensions et de raideurs) qu’une notion de souplesse.
...

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6 commentaire(s) »

quitus :
Le 09/09/2010 à 18h32

Bonjour
Comment définissez vous la rectitude en termes anatomiques et que pensez vous du problème soulevé par certains par la dissymétrie naturelle du cheval dans le défaut d'alignement du latéral droit, qui engendre un défaut de pousser et d'engagement préjudiciable à l'équilibre dans l'impulsion ?
quitus

pierrebeaupere :
Le 09/09/2010 à 22h05

Bonjour,

C'est une question très intéressante. On définit en général la rectitude dans l'échelle d'entraînement comme étant l'égale facilité d'incurver le cheval à main gauche et main droite. Comme je l'ai dit dans l'article, on peut comprendre cette rectitude de plusieurs manières et ces différentes interprétations peuvent mener à des difficultés à comprendre et accepter l'échelle. Car le fait que le cheval se déplace sur une piste (sans déviation des postérieurs due à la dissymétrie naturelle) est supposé être une condition préalable à tout travail (en tout cas dans la conception première de l'échelle).

Le problème à mon sens est que la correction de la dissymétrie naturelle du cheval est un point EXTREMEMENT important trop souvent passé sous silence ou en tout cas traitée trop rapidement.

Ce travail, qui me passionne réellement (mes élèves m'appellent l'obsédé de la dissymétrie!), fera l'objet d'une (longue!) série d'articles qui suivront la série traitant de l'échelle d'entraînement.

Comme toujours le dressage d'un cheval comprend une quantité énorme de points à contrôler, à corriger et à "gérer". J'essaye d'établir un ordre de priorité subjectif afin que tous les points traités dans les articles finissent par se mettre en place pour donner une vision claire et globale de l'évolution du travail.

Encore un peu de patience donc, et ce sujet sera traité en détail car c'est un point capital qui bloque de nombreux cavaliers dans leur progression et cause de très très nombreux problèmes physiques aux chevaux dont on n'a pas corrigé la dissymétrie (on estime à 80% le pourcentage de chevaux dont les problèmes physiques proviennent de cette dissymétrie). Mais à mon sens, les cavaliers avaient besoin de tous les éléments traités depuis un an pour saisir ce problème et sa correction en détails.

Pierre.

arobase :
Le 27/09/2010 à 12h38

bonjour:
Jusque là tout va bien.La progression proposée est tout à fait celle que les enseignants utilisent dans notre écurie. il est néanmoins très difficile de lutter contre l'assymétrie naturelle, et il faut "100 fois sur le métier remettre notre ouvrage" Dans quel ordre travaillez vous les deux pistes: nous, faisons cessions, puis épaule en dedans et les appuyers ne viennent que plus tard ? çà dépend peut être des aptitudes de chaque cheval. chez les jeunes chevaux "vierges" , pas de problème, mais quand on tente de reprendre l'éducation d' un cheval plus âgé, mal démarré c'est très long et fastidieux.... Is not it?

beatricelemeri :
Le 29/09/2010 à 15h13

Bonjour,
Autre question,
il est souvent admis de travailler les chevaux de manière égale, aux deux mains, dans un soucis d'équilibre et de rectitude (je crois). Certains par contre recommandent de distinguer le travail d'une main par rapport à l'autre, expliquant que les besoins ne sont pas les mêmes. Personnellement je conçois les deux méthodes, d'autant que le cavalier lui même est latéralisé differemment .
Un éclairage SVP.
Merci d'avance
Béatrice L

eleonore :
Le 07/10/2010 à 00h25

La traduction de Anlehnung par contact tourne autour du pot de la discorde, ce me semble...car Anlehnung veut clairement dire appui, soutien. Faut- il passer cette divergence sous silence?
Eléonore

pierrebeaupere :
Le 21/10/2010 à 13h35

Bonjour à tous,

Pour répondre à vos questions, je vous demande un tout petit peu de patience car les sujets que vous soulevez (la notion de contact, d'appui, le travail aux deux mains, l'égalité de contact entre les deux rênes et la manière d'envisager le travail de deux pistes) vont faire l'objet d'une série d'articles qui traiteront principalementde la manière de redresser les chevaux et d'obtenir un contact parfaitement identiques sur les deux rênes. Touts ce notion seront alors traitées en détail, ce qui me semble plus judicieux que de répondre à des questions aussi importantes en quelques lignes...

Pierre.

Article publié le 02-09-2010

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