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Où en est le lusitanien aujourd'hui ?

Par Laetitia Bataille, éleveur de lusitaniens*


N°13 Septembre 2010
2 Commentaire(s)
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Le lusitanien ne laisse personne indifférent : adulé par les passionnés qui ne voient que ses qualités, considéré comme un cheval de loisir plus ou moins anecdotique par ceux qui ne le connaissent pas bien, il suscite souvent la simple curiosité.

Si cette race extrêmement ancienne s'est maintenue dans son type pendant quatre siècles, le lusitanien, comme de nombreuses races équines aujourd'hui, évolue.

Pour ceux qui le connaissant mal, le lusitanien est un petit cheval rond, plein de charme et de crins, qui n'allonge pas au trot et qui billarde. Dans un club de propriétaires, il est parfois regardé avec amusement : il est anecdotique...

En tant que cheval indéniablement "ibérique", il subit le contrecoup de cette appellation qui recouvre toute une gamme de chevaux fort différents du point de vue de la qualité et de la fonctionnalité.

Lusitanien
Le lusitanien de type plutôt baroque, surdoué pour la haute école, reste très apprécié dans le spectacle équestre. © L.Bataille.

Pour ceux qui le connaissent un peu, le lusitanien est un cheval réservé à la haute école et au spectacle ; il peut se montrer fort brillant, mais en aucun cas participer à une quelconque épreuve sportive.

Parallèlement à ces réserves qu'il suscite encore très souvent, le lusitanien a aussi son fan-club, composé de passionnés aux réactions...passionnelles, qui n'ont pas toujours une totale objectivité pour évaluer ses aptitudes et ne fonctionnent qu'au coup de foudre.

La réalité, dans tout cela, n'est pas unique mais plurielle.

Une fonctionnalité orientée vers le sport

La race andalouse, extrêmement ancienne, s'est maintenue dans son type pendant quatre siècles, et aujourd'hui encore, certains sujets semblent tout droit sortis d'une gravure de Parrocel. Mais, comme c'est le cas pour pratiquement toutes les races équines, le lusitanien (comme d'ailleurs le cheval de pure race espagnole) a beaucoup évolué et continue de le faire.

Il est clair que dans la production du lusitanien cohabitent encore des souches nettement marquées, et des options d'élevage très différentes.

Au Portugal, les éleveurs sont confrontés à un véritable choix d'orientation: produire des lusitaniens "traditionnels", destinés au marché du spectacle, de la tauromachie ou de l'équitation de dressage "latine". Ce sont alors les souches traditionnelles qui sont privilégiées, et la production montre des sujets montrant beaucoup de souplesse, d'équilibre et de brillant, même s'ils manquent de taille.

Il est de plus en plus net, dans les concours l'élevage et les réunions comme la foire de Golega, que les éleveurs considèrent qu'il y a bien désormais deux types de lusitaniens : ceux destinés au dressage de compétition...et les autres.

«Dans la production du lusitanien aujourd'hui cohabitent encore des souches nettement marquées, et des options d'élevage très différentes.»

Rares sont les éleveurs qui choisissent de rester strictement dans le souches produisant du lusitanien traditionnel, petit, brillantissime, et...inutilisable en compétition.

Des efforts sont donc faits pour concilier la chèvre et le chou, ou, (en utilisant une expression plus actuelle) pour avoir le beurre et l'argent du beurre. Exercice périlleux en matière d'élevage...

Une harmonie à préserver

Les sirènes de la compétition de dressage poussent de nombreux éleveurs à rechercher une fonctionnalité orientée non plus vers un parfait équilibre sur les hanches (nécessaire pour la tauromachie) mais vers le développement de l'étendue des allures.

Le lusitanien traditionnel est un cheval eumétrique, toisant généralement entre 1,55 et 1,60 m. Sans aucune ligne heurtée, c’est un cheval qui dégage une forte impression d’harmonie et de noblesse. Fait en montant, le lusitanien, surtout dans le type le plus "baroque" présente une morphologie qui le prédispose au soutien souverain de l'avant-main et à l’abaissement maximal des hanches. Sa souplesse et la flexibilité de ses ressorts lui permettent un remarquable engagement des postérieurs, parfois si délicat à obtenir avec des chevaux marqués de sang anglais.

Mais pour être compétitif en dressage et même en attelage, le lusitanien doit présenter un type plus "moderne", et des allures adéquates.

En effet, les rectangles de dressage imposent trois très bonnes allures, avec un très bon pas (c'est assez rare), la potentialité d'un trot très allongé que le travail peut développer, mais aussi un galop présentant suffisamment de projection pour des changements de pied brillants.

Mais les allures ne suffisent pas ; le cheval doit aussi avoir une taille suffisante, gage d'élégance, ne serait-ce que parce que les juges ont l'oeil formé par des chevaux du nord de haute stature.

Lusitanien
Félix Brasseur, qui fut plusieurs fois Champion du Monde d'attelage avec des chevaux lusitaniens, menant un team de jeunes lusitaniens. © L.Bataille.
[p]Les éleveurs cherchent donc à grandir les chevaux, de manière parfois exagérée : l'on trouve actuellement des sujets toisant 1,80 mètre. L'on ne peut s'empêcher de penser que la densité des tissus ne saurait être la même. En nourrissant "fort" les poulains pour favoriser une croissance disproportionnée avec la génétique de l'animal, l'on s'expose à des problèmes d'ostéochondrite, pathologie à laquelle le lusitanien semble prédisposé.
...

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2 commentaire(s) »

soffad :
Le 17/07/2011 à 16h33

On peu lire sur cet article de "Cheval Savoir" les améliorations tentées par les éleveurs pour supprimer le "billardage" et améliorer l'étendue du geste de devant lors des demandes d'allongements...

D'apres L.Bataille, auteure de cet article, les résultats de cette recherche sont dans certains cas réussis mais je me demande (c'est une interrogation toute personnelle) a cause du travail tres spécifique demandé et pas a la portée de tout un chacun, mais aussi des différences supportées par les gènes originelles, si ce constat ne débouche pas sur une "cassure" dans la race, d'un coté le Lusitanien de compétition dévolus par la complexité du travail a accomplir aux dresseurs expérimentés.... et d'un autre coté, beaucoup plus nombreux, les autres qui se satisfont des qualités (ou défauts) du Lusitanien de souche ?

J'ai peu vu lors de mes déplacements a GOLEGA dans les années 2000 des allongements spectaculaires sur les centaines de Lusitanos déambulant ou se montrant en spectacles !

laetitia :
Le 21/07/2011 à 16h30

Cher Soffad
Ne parlons pas de l'amélioration des allures imputables au travail, car comme le souligne notre ami Pierre Beaupère, un travail approprié permet à des chevaux ibériques ne possédant pas d'aptitudes exceptionnelles de donner de bons allongements. L'on voit effectivement à Golega de beaux allongements, dûs à un bon travail effectué sur...un bon cheval.
Parlons de l'aspect "génétique". Il est clair qu'une sélection orientée a été faite par les éleveurs de lusitaniens. Il existe au Portugal aujourd'hui un concept de lusitanien plus moderne, doté de ce que les éleveurs appellent des "allures dressage". En France, nous parlons plutôt de lusitaniens de sport. Ces sujets ont de la taille, parfois de la force et en tous cas une aptitude aux allongements au trot. Parfois ils ont aussi une meilleure projection au galop, et (beaucoup plus rarement !) un bon pas. Lorsqu'ils ont trois bonnes allures, ces lusitaniens sont très cotés.
La cassure que vous évoquez est réelle. D'un côté il y a les souches plutôt baroques, avec aptitude à la tauromachie, à l'équitation de travail et à la haute école (ce sont les lusitaniens dont certains "se contentent" comme vous dites, et ils ont bien raison !) D'autre part, il y a les souches "dressage". Comme vous le soulignez à juste titre, une volonté de concilier les aptitudes des uns et des autres (ce qui est d'ailleurs difficile à réaliser) risque de dénaturer la race. Il me semble qu'il faut accepter aujourd'hui l'existence de lusitaniens de types différents (comme il existe de pur-sang arabes de course d'endurance et des PSar de show !) La cohabitation de ces deux types (et de types intermédiaires) vaut sûrement mieux qu'une unification qui ferait perdre l'aptitude à la haute école. L'élevage est une science régie par une loterie : les résultats sont incertains et l'évolution ne doit pas être trop rapide, afin de permettre...de faire marche arrière !
Merci de vos réflexions pertinentes, qui, comme vous le voyez, rejoignent tout à fait mon sentiment personnel sur cette question.

Laetitia Bataille

Article publié le 24-09-2010

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