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Kentucky 2010 Réflexion sur le dressage lors des Jeux Equestres Mondiaux

Par Pierre Beaupère
Cavalier professionnel de dressage.

N°15 Novembre 2010
4 Commentaire(s)
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La Rédaction de Cheval Savoir m’a demandé d’écrire quelques lignes de commentaires sur les Jeux Equestres Mondiaux de dressage qui ont eu lieu aux Etats-Unis.

L’exercice étant périlleux car il tourne rapidement à la critique aveugle et facile, je vais tenter d’apporter avant tout au lecteur quelques éléments de réflexion, et d’éviter à tout prix la condamnation ou l’éloge d’un cavalier ou d’un cheval en particulier.

Je me souviens avoir regardé les Jeux Mondiaux il y a quatre ans et j’ai été vraiment intéressé de constater à quel point mon regard a changé. Si l’enthousiasme et la passion pour le dressage sont identiques, si l’amour du cheval est toujours aussi grand, je me rappelle mes yeux émerveillés et le regard candide que je portais sur les compétitions à l’époque.

Podium Lexington
A Lexington, médaille d'or pour Edward Gal médaille d'argent pour Laura Bechtolsheimer, médaille de bronze pour Steffen Peters. © Dirk Caremans/FEI

Quatre ans d’expérience équestre plus tard, de discussions (parfois, souvent même, enflammées) avec de nombreux cavaliers de tous niveaux et venant de différentes parties du monde et d’intérêt pour l’évolution de notre Art (bien que beaucoup aujourd’hui le considèrent comme un sport) m’apportent aujourd’hui une vision beaucoup plus nuancée du dressage moderne (du moins je l’espère). Lorsque je visionne à nouveau les vidéos de 2006, je constate avec effroi que certains chevaux dont j’admirais le travail présentent des irrégularités flagrantes dans leur déplacement ou un travail que beaucoup considèrent aujourd’hui comme incorrect (voir pour cela les nombreux articles écrits sur les « leg movers », les chevaux au dos rigide). Je constate d’autre part que, grâce surtout aux longues discussions avec mon Maître Elisabeth, cavalière d’un immense classicisme mais qui a néanmoins toujours eu suffisamment d’ouverture d’esprit pour ne pas rejeter aveuglément les compétitions, ont aiguisé mon œil, qui voit aujourd’hui une quantité de détails auxquels je n’aurais pas prêté attention auparavant.

Illustration

Un sujet brûlant

Si j’ai souhaité rappeler les JEM de 2006, c’est qu’il est à mon sens intéressant de constater l’évolution du dressage durant ces quatre années.

La réaction extrêmement enthousiaste du public de ces jeux 2010 durant la reprise de l’espagnol Juan Manuel Munoz Diaz et son cheval Fuego XII et son ovation après le salut final fait non seulement un contraste intéressant avec la même ovation reçue il y a quatre ans par un cheval et un cavalier qui ont défrayé la chronique et été de nombreuses fois cités comme exemples, tant de la mauvaise que de la bonne équitation : Andreas Helgstrand et Blue Hors Matiné.

Car en quelques années, le public a découvert la « face cachée » du dressage de compétition. Depuis 2006, les photos et les vidéos des chevaux en hyperflexion (rollkur) se sont généralisées sur le net et il est aujourd’hui bien difficile pour un amateur de dressage de ne pas en avoir entendu parler. Mais là n’est pas le seul facteur de prise de conscience des spectateurs.

Si l’avenir nous dira s’il convenait d’y accorder autant d’importance, la sortie du livre du docteur Gerd Heuschmann a présenté le cheval de compétition tel qu’il est bien trop souvent : un animal malheureux et plus ou moins torturé. Pour l’amateur, les techniques d’entraînement décrites étaient jusque là « masquées » par ce que les présentations de dressage peuvent avoir de « glamour » (je pense aux bottes, aux brides et aux selles brillantes, à la belle tenue et aux beaux discours qui accompagnent une discipline à priori propre et austère). En mettant au grand jour ce qui se passe généralement loin du regard des spectateurs, il devenait impossible de dire « je ne savais pas ».

«La plupart des cavaliers n’ont pas changé leurs méthodes de travail mais sont par contre capables de mieux présenter les chevaux»

Face aux manifestations évidentes de tensions et de raideurs de certains chevaux très bien placés lors des Jeux de 2006, aux injustices, aux incompréhensions et aux incohérences liées au classement des cavaliers, aux écarts de notes entre juges, aux livres et DVD du docteur Heuschmann qui apportaient le poids de ce que l’on appelle « l’argument scientifique » (le fait qu’une explication soit donnée par un scientifique, dans ce cas un vétérinaire reconnu, apporte bien plus de valeur à celle-ci) ; au courageux travail de dénonciation des brutalités infligées aux chevaux de concours fait par le magazine allemand St.Georg, le public s’est à juste titre tourné vers la Fédération Equestre Internationale, dont le rôle supposé était de « nettoyer » l’image du dressage de compétition.

La réaction de la Fédération, qui a été débattue dans un précédent article traitant des méthodes d’entraînement et qui a, pour des raisons aussi inacceptables que compréhensibles, choisi d’occulter le problème en modifiant son règlement tout en ne modifiant au final que peu de choses, a laissé un grand nombre de spectateurs insatisfaits.

Le monde du dressage divisé

Aujourd’hui plus que jamais, le monde du dressage se trouve divisé et les passions se déchaînent. Certains cavaliers ayant rejeté définitivement les compétitions et leur principe, se tournent vers une équitation d’un classicisme extrême en la considérant comme la seule équitation véritablement juste et valable. D’autres ont décidé d’ignorer l’éthique, se jetant aveuglement dans l’utilisation de méthodes cruelles et les défendant avec acharnement souvent plus par lassitude de la critique aveugle que par conviction profonde. D’autres encore se trouvent bien plus perdus aujourd’hui qu’il y a quatre ans. D’autant plus que tout se mélange et que St.Georg, sans doute dans un excès de zèle et de sensationnalisme, a publié des photos du Docteur Heuschmann qui laissent penser qu’il pratiquerait des méthodes brutales (alors que pour un œil averti, il est évident qu’il est en grande difficulté, voire danger, avec un cheval compliqué et que c’est principalement l’angle de la photo qui laisse à penser que le cheval est en hyperflexion) et que la « starification » de celui-ci, on pourrait presque parler de déification, a sans doute nui à son propos.

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4 commentaire(s) »

laponia :
Le 15/11/2010 à 15h56

Merci beaucoup pour cet article très pertinent.

C'est décevant de voir que l'équitation perd de son Art au profit du sport et des performances.

Je pense que le cœur du combat se situe surtout au niveau fédéral, des juges déjà ébahis devant l'arrivée de Totilas sur le carré en dit long...

Le monde hippique tout entier devient source à controverses, les cavaliers de CSO usant d'embouchures de plus en complexes et sévères, scandales du dopage, des obstacles de cross trop dangereux etc...

Il est temps de remettre les points sur les i et notamment sur les carrés de dressage internationaux.

romain :
Le 15/11/2010 à 22h19

"L'art, c'est la sublimation de la technique par l'amour." Nuno Oliveira

charly :
Le 03/12/2010 à 15h14

Un article pertinent et plein de piquant.
Bravo à la plume.

DEB

ludo :
Le 23/02/2013 à 18h13

Je serais curieux de vous entendre approfondir votre critique vis à vis des illustrations utilisées. Les chevaux de Beudant au "piaffé brillant" sont-ils brillants?

Article publié le 06-11-2010

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