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Sylvie Brunel a lu pour vous :
La main du maître Réflexions sur l'héritage équestre

Spécial Cadre Noir

Paru l’an dernier, l’ouvrage de Patrice Franchet d’Espèrey, chef du bureau de la Documentation de l’ENE, témoigne de l’aboutissement d’une vie d’écuyer et d’érudit.
La main du maître

" Comment les chevaux comprennent-ils ce que nous voulons dans le fatras de nos incohérences ? Je voulais posséder un tel tact qu'elles disparaissent entièrement du moindre de mes actes. "

Ce livre fascinant, agrémenté de multiples photographies de l'auteur à cheval et de gravures d'époque, relate à la fois l'itinéraire de Patrice Franchet d'Espèrey, écuyer du Cadre Noir (et aujourd'hui responsable du centre de documentation de l'Ecole Nationale d'Equitation) et ses réflexions sur les fondements du dressage depuis Xénophon.

Pour ce disciple de Baucher, un dressage réussi restitue au cheval les allures et postures qu'il prendrait en liberté lorsqu'il a envie d'en imposer, tel par exemple l'étalon face à la jument. L'auteur déplore que ce dressage si miraculeux qu'il en devient invisible ait été nié par les deux exigences de la cavalerie militaire à partir du milieu du XIX° siècle: mécaniser au maximum le cheval pour pouvoir le faire monter par n'importe qui, accélérer les allures pour développer une équitation de vitesse.

Confronté à cette équitation militaire dès l'adolescence, PFE décide de devenir écuyer, c'est-à-dire de revenir aux sources de l'équitation, qu'il identifie dans l'enseignement de son maître à penser, René Bacharach, fidèle adepte du bauchérisme. " Le véritable rassembler consiste à réunir au centre les forces du cheval pour alléger ses deux extrémités et les livrer complètement à la disposition du cavalier. L'animal se trouve transformé en une sorte de balance, dont le cavalier est l'aiguille " écrit Baucher en 1842.

Contrairement aux préceptes les plus répandus actuellement pour le dressage du cheval, qui indiquent de le comprimer comme s'il était poussé contre un mur invisible, ce qui le bloque sur la main, rênes tendues, en appui sur le mors (le ramener étant obtenu alors par la contrainte et une action prioritaire des jambes), le bauchérisme préconise exactement l'inverse : partir d'abord du ramener, en sollicitant une élévation de l'encolure et un engagement des postérieurs, pour parvenir à une mise en main du cheval, mâchoire mobile, rênes lâches.

Ce cheval apparemment en liberté, léger, brillant, l'encolure haute, est " beau par nature et digne des Dieux ". Dès l'antiquité, Xénophon l'avait compris : " Si quelqu'un, montant un bon cheval de guerre, veut le faire apparaître avantageusement et prendre les plus belles allures, qu'il se garde bien de le tourmenter, soit en lui tirant sur la bride, soit en le pinçant de l'éperon ou en le frappant avec un fouet, par où plusieurs pensent briller. "

Pas de mors brutal, pas de cravache, pas d'éperons agressifs, des aides invisibles et une main légère, voici l'homme devenu centaure, ne faisant qu'un avec sa monture, pouvant monter en liberté, sans bride, comme les cavaliers numides à l'époque romaine … et les " nouveaux " maîtres de l'équitation aujourd'hui !

Réflexion profonde sur les fondements du dressage, livre brillant, remarquablement documenté et pédagogique - son auteur est non seulement écuyer mais docteur en sciences de l'éducation -, la Main du maître passionnera tous ceux qui s'interrogent sur la relation à leur monture et cherchent à tirer le meilleur de leur cheval tout en refusant de le transformer en machine.

"La main du maître"
Par Patrice Franchet d'Espèrey,
Odile Jacob, déc 2007 - 39,90 euros