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Une race équine menacée : le poney Garrano

Très ancienne race autochtone, le poney Garrano vit encore de nos jours en complète liberté dans la région du Minho, au Nord-Ouest du Portugal, dans le parc national de Peneda Gerês. Très menacée d’extinction, cette race est aujourd’hui protégée.
Poney Garrano
© L.Bataille

Le parc naturel de Gerês s'étend sur un massif montagneux marqué par des hivers rigoureux et des étés très chauds. Les poneys Garranos vivent dans un écosystème particulier avec une végétation variée. A quelques kilomètres de distance, l'on peut trouver une végétation méditerranéenne de chênes lièges, de cistes et d'oliviers, ou une végétation typiquement atlantique avec des chênes pédonculés, ifs, platanes, houx, hêtres, noisetiers, bouleaux et genêts ainsi que des arbres fruitiers. Mais aussi des paysages sauvages avec d'énormes rochers de granits, des bruyères et les fougères. Le Parc National participe à la sauvegarde d'un groupe d'environs 350 loups ibériques. Ces loups sont les principaux prédateurs des poneys Garranos, car 88,7% de la mortalité des jeunes seraient attribuée au loup. C'est dans cet écosystème que le poney portugais a su développer des qualités de rusticité et une capacité d'adaptation aux divers dangers et obstacles.

Poney Garrano
Si l'on se rend dans le parc naturel de Penada Gerês, l'on peut, avec de la patience, apercevoir l'un de ces troupeaux de poneys vivant en totale liberté. © L.Bataille

Ces poneys très rustiques peuvent se nourrir naturellement dans le parc du Gérès lorsqu'ils sont élevés en liberté. Leurs ganaches sont très développées et leurs molaires présentent une aspérité centrale, ce qui leur permet de consommer des fourrages grossiers, des plantes ligneuses et même des branches d'arbustes ou des broussailles. Leurs lèvres épaisses les protègent des épines des ajoncs.

Poney Garrano
Grâce à leurs ganaches développées et à leurs dents spécifiques, les poneys Garrano sont adaptés à la consommation d'une végétation grossière. © L.Bataille

Un témoin de la faune glaciaire ?

Certains spécialistes portugais disent que les Garranos ressemblent fortement aux équidés que l'on voit sur les gravures paléolithiques situées dans la vallée de Côa (site archéologique de Foz Côa).
Alors que, Ewart (1911) classe le Garrano parmi les poneys celtiques (equus caballus celticus), Ruy de Andrade (1938) soutient que ce poney est une race autochtone péninsulaire remontant au quaternaire, " une relique de la faune glacière de la fin du paléolithique qui a résisté grâce à sa rusticité et c'est adapté aux variations du climat ibérique ". Ce cheval de petit port, au profil concave et au " ventre de vache " à été amplement représenté sur les peintures rupestres du paléolithique supérieur.

«Cinq nouveaux gènes ont été trouvés sur cette race, inconnus sur d'autres races déjà étudiées»

D'après une étude génétique réalisée par le centre des sciences animales de l'université de Porto, le Garrano présente, outre un vaste patrimoine historique et ethnologique, des valeurs génétiques. Les résultats obtenus ont démontré qu'il s'agit d'une race de poneys avec un grand indice de variabilité génétique : cinq nouveaux gènes ont été trouvés sur cette race, alors qu'ils sont absents sur d'autres races déjà étudiées à ce jour.
Maria Portas, Présidente du livre Généalogique de la race Garrano au Serviço Nacional Coudélico, soutient la thèse que les Garranos sont présents dans le territoire du Minho depuis le quaternaire. Mais à l'âge de fer, des poneys de petite taille et très résistants (equus caballus asiaticus), ont étés introduits par les Celtes lors de leurs déplacements. Ces animaux ont eu une influence déterminante sur la population à naître, ancêtres des actuels Garranos, mais aussi du cavalo Galego (en Galice), de l'Asturcon (Asturies), du Pottok (Pays Basque), de l'Exmoor (Grande Bretagne). Selon Maria Portas, l'hypothèse des origines celtiques des Garranos est renforcée par des arguments étymologiques : " garrano " dériverait de " garra " (du radical celtique gaulois garr ou celtique breton gâr) ou bien " gerran " (du radical indoeuropéen gher), d'où vient le mot celtique cavalo qui signifie cheval. Internationalement, on définit un cheval de petite taille par le mot poney. En Irlande gearron, en Ecosse garron…et au Portugal garrano. Carlos Pereira, Docteur ès lettres, diplômé de l'Université Paris-Sorbonne, explique qu'étymologiquement gearran désignait à l'origine un cheval hongre. Dans les dictionnaires portugais, on trouve essentiellement la forme féminine garrana qui désigne une petite jument mais pas une pouliche. Dans l'univers hippique au Portugal, le terme sert souvent à désigner un poney de race quelconque. Il peut même avoir aussi une connotation péjorative : le garrano, petit cheval de paysan, est à l'opposé du Lusitanien, cheval de l'aristocratie.

Poney Garrano
A heure fixe, les petits groupes se déplacent vers les points d'eau. © L.Bataille
Poney Garrano
© L.Bataille

La menace d'extinction

Le premier plan de conservation de la race a été mis en place dans les années 1970, avec la création d'un dépôt d'étalons, qui eut peu de succès du fait de la distance avec le berceau de race. Il fallait freiner le déclin de la race dont les effectifs avaient fortement diminué. Des mesures ont été prises par la CEE pour aider les éleveurs qui s'engageraient à produire une lignée pure et inscriptible dans un stud book.

«En dix ans, ce sont deux générations de poneys qui ont été sélectionnés et inscrits au stud-book»

Jusqu'au début des années 1990, la race connaît sa période la plus noire, mais en 1993, le livre généalogique est ouvert. Les Haras nationaux portugais (Serviço national coudélico) élaborent les critères et les caractéristiques de la race pour établir le standard.
L'Association portugaise du Garrano (ACERG) a mis en place un véritable plan de dynamisation de l'élevage local. Il aura fallu beaucoup de travail pour mener à terme l'identification et le marquage de tous les sujets. En dix ans, le Portugal a vu naître deux générations de ces premiers animaux sélectionnés selon le standard de la race.
Ces poneys Garranos, volontaires et rustiques, peuvent aujourd'hui être appréciés pour diverses formes d'équitation de loisir, voire d'instruction, au Portugal, mais aussi en France où la race est encore très méconnue.

Poney Garrano
Les Garranos présentent tantôt un profil rectiligne, tantôt un profil légèrement camus. Leur physionomie expressive montre bien leur caractère fier et assez farouche. © L.Bataille

Lors de nos déplacements au Portugal, nous avons pu observer deux lignées différentes, correspondant à deux types assez disctincts : l'un est plus massif avec une tête plus longue et un peu " primitive ", pas vraiment concave. L'autre type montre une tête plutôt courte et un profil concave, de grosses ganaches mais un nez plus fin ; il a un poitrail profond avec " de l'air " sous le ventre, des membres plus fins, et des allures plus légères.
Nous avons remarqué aussi des différences dans les crins : certains ont des crins plus crépus, d'autres des crinières longues formées de crins plus fins. Les croisements réalisés entre les deux lignées donnent petit à petit un poney plus harmonieux. Les éleveurs portugais réalisent un travail de qualité. Nous devons soutenir leur travail, et ouvrir les portes de notre pays à ce poney fabuleux. L'élevage du poney progressera encore plus si les Français s'intéressent aux Garranos. La pratique sportive (comme l'attelage, le dressage, l'équitation portugaise…) donnera aussi un élan positif pour la valorisation de cette race.

Le standard

Poney Garrano
Les produits issus de la sélection de ces dix dernières années montrent un modèle plus qualiteux. © L.Bataille
Type : ce sont des poneys d'apparence rustique, trapus, avec des membres courts et une forte ossature. Leur poids avoisine les 250Kg

Taille moyenne : 1,23m à 1,35m.
Cependant, les animaux bien nourris dans des élevages ont vite pris de la taille : le Garrano peut désormais atteindre 1,40 m au garro

Robe : Baie, pouvant être foncée, presque toujours sans aucune marque blanche (bien que certaines soient tolérées, comme les en-tête).
La robe est plus claire près des naseaux, parfois sur le ventre et les membres. Les crins sont noirs tombant des deux cotés, le toupet est fourni. La queue est noire aussi, avec une houppe de poils crépus à la racine.

Tempérament : Le caractère est sauvage et farouche. Le mâle entier est très vif, mais après le débourrage il devient doux et tolère le travail. C'est un poney, résistant, sobre et facile à dresser.

Allures : De petite amplitude, relevées mais rapides. Sur les chemins de montagne, le Garrano montre des allures énergiques tant en montée qu'en descente, ainsi qu'une grande sûreté de pied. Le Garrano peut être facilement dressé à l'amble et au passo travado.

Aptitudes : La selle et le bât (avec une excellente adaptation aux chemins de montagne) et les travaux agricoles légers.

Tête : fine, mais chez les mâles elle est grande par rapport au corps (proportionnellement plus que chez les chevaux). Profil droit, parfois concave. Le crâne est inséré avec une grande inclinaison, de telle façon que la partie supérieure du front est convexe de profil ; la crête occipitale est peu saillante par rapport aux condyles. Les orbites sont saillantes sur le front qui est transversalement plat. Les yeux sont ronds et expressifs. Les naseaux sont larges. Les oreilles sont moyennes. Les dents sont spécifiques. Les ganaches sont fortes et musclées.
Poney Garrano
© L.Bataille
Encolure : bien dirigée et musclée, mais courte et épaisse, particulièrement chez les mâles.

Epaule : est verticale et courte.

Garrot : bas avec un dos droit.

Poitrail : ample.

Côtes : plates et verticales en général.

Croupe : hanches saillantes, croupe forte, large et plutôt horizontale.
Poney Garrano
Les pieds du Garrano sont petits, sphériques, avec des talons plutôt hauts. Remarquez les paturons très courts et droit-jointés, ainsi que la robustesse des canons. © L.Bataille
Membres : forts, d'aplomb, courts et épais. Paturons droits, garnis de fanons drus. Sabots cylindriques.

Nota : Ce standard à été publié par l'Association des éleveurs de garranos. Cette association a été insérée dans divers programmes européens comme : INTERREG III A ET II B, MEDIDA AGRIS, LEADER et EQUISAVE…

Le stud-book

Il comprend le livre des naissances et le livre des adultes.
Tous les poneys inscrits sont marqués au fer. Le marquage se fait d'abord à l'épaule droite, à l'âge d'un an. Ensuite, après les tests de filiatio, un deuxième marquage est appposé sur la cuisse droite : il s'agit d'un symbole en forme de G dans une petite maison. Les animaux ainsi identifiés peuvent être incrits au Livre des adulte

Marquage poney Garrano
La marque de la race, apposée sur la cuisse droite © L.Bataille

Le marquage au fer peut choquer certains, mais il s'agit d'une pratique très ancrée dans la péninsule ibérique (et d'ailleurs utilisée aujourd'hui pour de nombreuses races équines, dont le Selle Français). Avant l'invention de la puce électronique, c'était le seul moyen de marquer les animaux. Cette pratique devrait être aménée à disparaître.

Les courses de "passo travado" : une tradition face à la concurrence

Les courses de passo travado (littéralement, " pas freiné " constituent une pratique équestre originale codifiée vers la fin du XVIIIème et spécifique au monde lusitanien. " C'est Manuel Carlos de Andrade, écuyer zootechnicien, qui définit en 1790 le passo travado ", explique Carlos Henriques Pereira, de l'Université Paris III Sorbonne Nouvelle. " Cette allure est aujourd'hui exclue des airs d'école enseignés dans les académies d'art équestre, mais l'écuyer portugais du XVIIIème siècle devait la maîtriser ". Ce pas dit " freiné " est en fait une allure intermédiaire entre le pas et le trot. Le juge de la course doit veiller à bien écouter quatre battues comme dans le pas et les mouvements doivent se faire avec une grande rapidité. Cette allure confortable, plus rapide que le pas naturel, permettait aux paysans de parcourir de grandes distances sans fatigue, notamment dans des régions montagneuses. "
Cette définition classique semble couvrir un autre sens puisque le " passo travado " peut signifier allure de l'amble dans la région du Minho. Selon la zootechnicienne Conceição da Silva, les courses de " pas freiné " sont en fait des courses de chevaux ambleurs. Le terme utilisé dans le Nord du Portugal pour désigner l'amble est le terme de " pas bas " (passo baixo).
La course est réalisée sur une courte distance. Certains Garranos amblent naturellement, mais d'autres doivent suivre un entraînement spécifique : les cavaliers fixent des anneaux aux postérieurs (voire aux antérieurs) et les enlèvent lorsque le cheval est adapté au mouvement. Le procédé peut paraître brutal pour certains, mais cette pratique sortie d'un autre âge constitue une tradition populaire qui valorise une race équine locale.
Ces derniers temps ont fait leur apparition dans les courses de pays des trotteurs français réformés des courses hippiques. Cette concurrence " déloyale " a poussé les organisateurs à réadapter le règlement. En effet, en 2000, la course de pas " freiné " de Ponte de Lima prévoyait trois catégories : poneys garranos, autres races de moins de 1m50 et autres races de plus de 1m50. Face à cette évolution, l'association du Garrano a tenté des actions de promotion. Elle a établi une réglementation mettant fin à l'utilisation d'autres races venant dénaturer la tradition.
" Le monde des courses portugais est strictement amateur " explique encore Carlos Pereira, " et ces courses visent à valoriser le Garrano, produit d'une culture et d'un environnement. La course traditionnelle peine à se positionner dans le nouvel univers équestre. Véritable patrimoine vivant, ces courses de pays peuvent pourtant constituer un produit touristique attractif pour valoriser des paysages et surtout une région. Les efforts de l'ACERG (association des éleveurs de poneys Garranos) semblent limités dans ce domaine : les éleveurs veulent toucher d'autres pratiques équestres et notamment l'attelage ".

  • ACERG : Association des éleveurs de poneys de race garrano. Rua João de Deus ; 4850 Vieira do Minho.
  • " Os milénios do garrano " premier livre sur les garranos ; par l'ACERG.
  • " Le poney garrano, une race autochtone, sa valorisation dans les courses de pays et dans les pratiques équestres " par Carlos Pereira- CREPAL- Université Paris III Sorbone Nouvelle.
  • Cécile et François Ferreira Da Silva

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