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Le savoir-parler

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Les comportements que nous trouvons "idiots" chez les chevaux (tirer au renard par exemple) ne le sont pas forcément de son point de vue : ils sont simplement désadaptés dans une vie "civilisée". Le cheval domestique doit sans cesse faire des efforts. Faire taire notamment son instinct grégaire et son instinct de fuite, essayer de saisir nos demandes, dans un environnement parfois contre-stimulant.

J'ai récemment été frappée par le comportement d'une jeune mère qui prenait le temps de parler longuement à son bébé de trois mois comme s'il s'agissait d'un adulte. Pendant le déjeuner, le couffin étant posé à côté d'elle, elle s'adressait régulièrement au nourrisson, "Là, tu vois, nous allons commencer le plat de résistance"... Une visite chez le pédiatre quelques jours plus tard a mis en évidence que cet enfant présentait un développement pyscho-moteur très avancé pour son âge.

Certains (idéalistes) prétendent que le cheval peut comprendre 200 mots ou même davantage. Disons qu'un cheval très éduqué en comprend vingt ou trente, et c'est déjà bien. Mais ce ne sont pas les mots qui comptent. Le nourrisson sus-cité ne comprenait évidemment pas la locution "plat de résistance", mais recevait le message d'intérêt et d'amour de sa mère. L'enfant est programmé pour devenir un être de parole, ce qui n'est pas le cas pour le cheval. Mais au delà des mots que le cheval ne reproduira jamais, il y a l'émotion positive qu'il peut ressentir, et qui lui permet de mieux s'ouvrir aux apprentissages et aux échanges, de devenir plus "comprenant". Et aussi plus "compréhensible " pour le cavalier qui fait l'effort d'être à l'écoute.

La première chose que l'on enseigne au débutant est de ne jamais arriver derrière un cheval sans lui "parler". Pourquoi ces deux ou trois mots destinés à nous éviter un coup de pied resteraient-ils isolés ? Dans notre vie de cavaliers toujours pressés, passer quelques minutes au box, "pour rien", en dehors des soins et du pansage, pour raconter sa journée à son cheval, est-ce incongru, farfelu ? Est-ce la manifestation d'un anthropomorphisme regrettable ? Konrad Lorenz, qui tenait de longs discours aux oies cendrées, était-il fou à lier ?

Et une fois en selle, la "conversation" doit-elle être uniquement celle des aides, parmi lesquelles la voix (sauf en attelage) est presque toujours oubliée ? Voyez-vous beaucoup de moniteurs dire à leurs élèves "parle-lui" quand un problème surgit ? Non, en général, les conseils criés sont uniquement d'ordre technique.
Il est interdit de parler à son cheval en concours de dressage mais rien n'empêche de le faire au manège. Un promenade "commentée" n'est-elle pas pour le cheval comme pour le cavalier source d'harmonie ?

Mais soyons clairs : il ne s'agit pas d'abrutir le cheval avec un incessant babil qui le prive de sa liberté mentale et émousse l'efficacité de nos discours utiles. Car la voix doit conserver son rôle rassurant, calmant, incitatif, qui permet (en extérieur notamment) de résoudre bien des difficultés et parfois d'éviter la chute. Il s'agit davantage de ménager des temps de "communication éducative" où la parole s'associe éventuellement au jeu. Dix minutes suffisent, car l'attention du cheval se dissipe vite.

En matière de communication avec l'animal, le savoir-être, auquel nous accordons tant d'importance dans notre revue, passe indéniablement par le savoir-parler. En gardant à l'esprit la formule de L'Hotte définissant le tact équestre : "la mesure jointe à l'à-propos".

Photo de couverture : cheval de race Marwari, photographié au Musée Vivant du Cheval de Chantilly.
© Zsuzsanna Wagenhoffer

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4 commentaire(s) »

caleche :
Le 15/03/2011 à 09h31

Tout à fait d'accord avec cette intéressante analyse, d'autant que ne pas parler revient à commettre un non-dit, terreau d'une relation décevante. Professionnel du débourrage attelage, j'utilise la parole pour expliquer à mon élève équin le sens de l'exercice demandé. Au delà de l'effet apaisant sur le cheval, cela permet, selon un principe cher à Henry BLAKE, de mettre en adéquation la pensée et le langage corporel par la projection d'images mentales claires. Comme M. JOURDAIN, nombre de cavaliers et meneurs émérites utilisent ces projections mentales de manière intuitive. Sujet d'un prochain article ?

dina :
Le 15/03/2011 à 15h25

Très intéressant article! Je suis non-voyante, et je parle beaucoup à mon cheval. en liberté, comme il a été dit sur le commentaire précédent,cela m'aide à ancrer les codes corporels. Montée, cela me permet d'attirer son attention, de l'appaiser si besoin est.
Il est très attentif à ma voix d'après les personnes qui nous voient évoluer. Je pense qu'il "comprend" que la voix fait partie de notre façon de communiquer, comme le toucher aussi, dont je me sert beaucoup, notamment dans toutes les manipulations au boxe ou le travail en main.
Merci pour vos articles...

eleonore :
Le 20/03/2011 à 07h34

Votre N°1 comportait un article de Vinciane Despret de l'Université de Liège intitulé "l'intelligence est affaire de relation". Je propose aux lecteurs intéressés de s'y rapporter, l'ayant moi-même relu avec beaucoup d'intérêt parla grâce de cet éditorial.

schizo :
Le 04/04/2011 à 12h27

La voix du cavalier, à pied comme à cheval, fait partie intégrante de l'éducation du cheval et l'intonation est au moins aussi importante que le mot lui-même.
C'est dommage que la voix soit interdite en compétition de dressage car c'est une aide très utile, notamment pour les jeunes chevaux. C'est d'ailleurs l'avis d'un(e) de nos juges les plus titré(e)s.
A condition bien sûr que cette aide, comme les autres, reste discrète. Le cri d'indien pour allonger le galop n'est pas forcément un plus !

Article publié le 13-03-2011

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