Accueil » Elevage du cheval

Le Poulinage

C’est le moment tant attendu des éleveurs, celui où après presqu’un an de patience, le croisement imaginé va prendre forme.
Dans la nature, 80% des poulinages se passent bien. Toutefois, il reste indispensable d’anticiper l’heureux événement et d’en surveiller le bon déroulement.

La durée de gestation de la jument est classiquement de 11 mois et 10 jours, comptés à partir de la dernière saillie ou insémination. Mais cette durée peut varier de plus ou moins 15 jours. La gestation peut parfois aller jusqu'à un peu plus de 12 mois. Certains records de gestation sont de 12 mois et 10 jours.
Quels sont les signes précurseurs ? Dans la majorité des cas, certains signes ne trompent pas. Le ventre de la poulinière est plus bas, les mamelles gonflent, le colostrum (premier lait) perle au bout du téton, la veine mammaire à l'avant de la mamelle se gonfle, la croupe se creuse, la poulinière boude plus ou moins la nourriture, elle semble tracassée. Le poulinage est imminent et peut avoir lieu dans les 48 heures. Mais attention aux exceptions : certaines juments perdent du lait 8 ou 10 jours avant de pouliner.

Chaque jument a ses habitudes

Généralement une jument qui a déjà pouliné va mettre bas de la même façon d'une année sur l'autre : la durée de gestation reste la même d'une année sur l'autre, et les signes précurseurs se répètent.
S'il s'agit d'un premier poulinage, on se retrouve avec des incertitudes. La surveillance est importante et primordiale si l'on ne veut pouvoir surveiller la naissance.
La surveillance commence dans les quinze jours précédant les onze mois de gestation. Tous les jours, la mamelle sera attentivement regardée et palpée. La croupe sera observée, ainsi que la vulve, qui pourra faire apparaître une glaire venant du colutéria, appelée " glaire cervicale ". Cette glaire correspond à un bouchon muqueux qui se détache quelques temps avant le poulinage. En pressant la mamelle, quelques gouttes d'un liquide incolore mais collant (car sucré) apparaît : c'est le début de la production du colostrum. La croupe se " casse ", s'effondre, signe que le poulain commence à s'engager dans le bassin. Le colostrum, très incolore au début, vire au blanc… Le poulinage s'annonce.

Les moyens modernes de détection du poulinage

Plusieurs systèmes existent. Si on ne veut pas veiller à côté du box, car les poulinages sont souvent nocturnes, on peut avoir recours à des moyens qui préviennent l'éleveur du début du poulinage.
- La ceinture de sudation
Elle se pose à l'aide d'une sangle et d'un collier, type collier de chasse, qui passe autour de l'encolure. Il est muni d'un détecteur de sueur relié à un boîtier qui envoie un puissant signal sonore avec une portée de 300 m. L'inconvénient de ce système réside dans le fait que la jument peut transpirer par temps chaud, sans pour autant mettre bas.

- La ceinture "Birth Alarm Gallagher"
Elle sonne lorsque la jument se couche. Elle se fixe à l'aide d'une sangle posée en arrière du garrot. Toutefois, elle ne convient pas aux juments qui dorment couchées.

- Le rayon laser
Fixé à une certaine hauteur dans le box, il le traverse. Lorsque la jument se couche, le rayon n'est plus coupé, et la sonnerie se déclenche. Comme pour la solution précédente, il ne convient pas aux juments qui dorment couchées.

- Les contacteurs fixés à la vulve
Importés des USA, ces contacteurs sont fixés chirurgicalement de part et d'autre de la vulve. Lorsque la poche des eaux sort de la vulve, les contacteurs s'écartent et déclenchent la sonnerie. C'est de loin le moyen le plus efficace, mais aussi le plus coûteux.

- La vidéo surveillance
Elle peut être associée aux moyens de détection cités précédemment, mais peut aussi être employée seule. Une caméra est installée dans le box et transmet les images et le son. Le récepteur peut alors être placé dans une chambre de veille située à proximité du box de poulinage. Le son a une grande importance lorsqu'on connaît les réactions de sa jument.
Ces différents moyens plus ou moins sophistiqués sont souvent onéreux et ne remplacent pas la vigilance de l'éleveur.

Poulinage
L'amnios apparaît : la naissance est imminente. © Anne Schaeffer
Poulinage
© Anne Schaeffer
Poulinage
Ce sont les antérieurs qui se montrent en premier. © Anne Schaeffer
Poulinage
On voit ici la tête du poulain qui commence à sortir. © Anne Schaeffer
Poulinage
On peut aider la naissance en exerçant une traction douce sur les antérieurs, en rythme avec les contractions. © Anne Schaeffer
Poulinage
Et voilà ! © Anne Schaeffer
Poulinage
La mère s'est relevée, les enveloppes fœtales ne sont pas encore détachées. © Anne Schaeffer
Poulinage
La mère flaire son poulain : cette première reconnaissance olfactive est détreminante pour la relation entre la jument et son poulain. © Anne Schaeffer

Surveiller la naissance

Si, dans la nature, si 80% des poulinages se passent bien, 20 % d'entre eux se compliquent, entraînant parfois la mort du poulain ou de la jument.
Mais restons dans les 80 % ! La jument est arrivée au terme de sa gestation. Le poulinage va débuter. Les trois quarts des juments se couchent pour pouliner, et poulinent la nuit tombée (certainement pour être tranquilles ! ) La poche des eaux apparaît, le " travail " va commencer par des contractions abdominales plus ou moins fortes. La jument sue, mais de façon variable. Puis apparaît le premier sabot, suivi du deuxième. Se montre alors le nez, puis la tête, et enfin le reste du corps. Il est toujours utile d'aider le poulain à sortir en tirant sur les membres antérieurs en synchronisation avec les contractions. Il faut aussi libérer le bout du nez du poulain en crevant la poche des eaux. Cela lui permettra de respirer assez vite et de remplir d'air ses poumons. L'expulsion du poulain est rapide : entre 15 et 30 minutes.
Le poulain vient de naître. Ce moment très émouvant ne doit pas nous faire oublier les soins à apporter à ce nouveau né et à sa mère.

Poulinage
La jument lèche son poulain pour le sécher. © Anne Schaeffer
Poulinage
© Anne Schaeffer

Les soins du poulain et de sa mère

On frotte le poulain à l'aide de paille propre et/ou de serviettes " éponges " pour le sécher et le stimuler. On désinfecte le cordon ombilical, après l'avoir coupé, avec une solution antiseptique type teinture d'iode. On pratique les sérums antitétanique et antisepticémie. On stimule l'évacuation du premier crottin (méconium) à l'aide éventuellement d'un microlax ® dont le contenu sera vidé dans le rectum. Enfin on déplace le poulain devant sa mère pour qu'il aille faire sa première tétée et qu'elle puisse le sentir et le reconnaître.

Si la mère n'est pas vaccinée contre le tétanos, on injecte un sérum antitétanique, puis on surveille la délivrance qui correspond à l'évacuation du placenta. Elle doit avoir lieu dans les 6 heures qui suivent le poulinage. Si ce n'est pas le cas, le vétérinaire pratiquera une délivrance manuelle. Car si la délivrance tarde, les risques d'infection et de fourbures sont à craindre.

«Il ne faut pas hésiter à aider le poulain à se mettre debout : ce sera de l'énergie en moins à dépenser pour lui.»

Le poulain doit tout d'abord se mettre debout. Généralement, il y arrive tout seul, maladroitement certes, dans l'heure qui suit sa naissance. Il ne faut pas hésiter à l'aider car ce sera de l'énergie en moins à dépenser pour lui. Pour mémoire, nous mettons environ une année pour faire la même chose. Puis son premier reflexe est d'aller chercher la mamelle. Là encore, il ne faut pas hésiter à l'aider. Certains poulains sont maladroits, certaines mères sont impatientes, voire intolérantes. Rien ne sert de s'énerver. Le premier lait que le poulain tête s'appelle le colostrum, et il contient les anticorps indispensables à sa survie. Il est donc impératif qu'il le prenne. Enfin le poulain tête, la jument délivre (expulse le placenta), tout va bien, la situation est idéale.

Mais nous pouvons être confrontés à des accidents qui peuvent toucher la mère comme le poulain. Nous sommes alors dans les 20% des poulinages difficiles.

Lorsque des complications apparaissent

Lorsque le poulain se présente mal, on parle de dystocie. Le poulain est mal positionné dans le bassin. Il faut alors intervenir pour essayer de le repositionner avec la tête et les deux antérieurs vers la sortie. Si l'on échoue, il faut avoir recours à la césarienne. C'est un acte chirurgical délicat chez la jument et rarement pratiqué. La jument vient de pouliner mais des complications peuvent survenir telles que :

  • non expulsion du placenta ;
  • hémorragie interne ;
  • déchirure du périnée avec fistule recto vaginale lorsque le poulain a forcé le passage en direction de l'anus ;
  • paralysie des nerfs sciatiques comprimés au moment du passage dans le bassin d'un gros poulain.
  • Dans tous ces cas, il faut appeler un vétérinaire assez vite pour arriver à résoudre ces pathologies.

    En conclusion, n'oublions pas que le poulinage est un moment délicat, stressant, mais emprunt d'une grande émotion. C'est aussi l'impression d'être arrivé au terme d'une longue attente. Qu'il se passe au pré ou au box, la surveillance est de rigueur.

    Préparation au poulinage

    Les besoins alimentaires de la poulinière sont importants dans les 3 derniers mois de gestation (tout comme les 3 premiers mois de lactation.) En effet, lors des 3 derniers mois, le futur poulain passe de 15 à 50 kg. Il faut donc augmenter la ration et supplémenter en vitamines et minéraux.

    Le superbe reportage qui illustre cet article -la naissance d'un poulain de race islandaise- est l'oeuvre de la photographe Anne Schaeffer.

    Lisez le journal sans restriction :

    Abonnez-vous à Cheval Savoir pour seulement 29€ !
    (31$ US. 38$ Canadien; 35 Franc CHF)

    S’abonner à Cheval Savoir, c’est :

    • bénéficier de la lecture des numéros à paraître
    • avoir un accès permanent et totalement gratuit à la Bibliothèque d’Archives en ligne, soit plus de 2000 articles parus ! Des dizaines de milliers de pages de lecture, l’équivalent de plusieurs centaines de livres sur tous les sujets équestres ! Ce qu’aucun autre magazine ne pourrait vous offrir…
    Cliquez-ici pour vous abonner à Cheval Savoir

    Ce que vous ne lirez pas ailleurs

    Si vous êtes déja abonné au journal, cliquez-ici pour vous identifier