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Découvrir le cheval canadien

Par Bruno Alet, enseignant d'équitation au Canada.


N°21 Mai 2011
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Il existe une race de cheval qui, au Canada et plus particulièrement au Québec, dispute la suprématie au "roi" Quarter horse. Dans cette province francophone, longtemps appelée Nouvelle-France, le cheval canadien, officiellement reconnu race nationale, fait partie intégrante du paysage équin.
Découverte.

Présent dans beaucoup d'écuries, le cheval canadien excelle à l'attelage, possède un pied sûr et montre une grande sérénité. Il est adoré des débutants, et sa grande polyvalence fait de lui le compagnon idéal des cavaliers qui veulent s'adonner au saut, au dressage et à la randonnée. Presque le cheval de rêve.

Le cheval canadien
Le cheval canadien : une race à part entière, polyvalente. Ici, l'attelage de Marc André Limoge, lors de la journée du Cheval canadien 2010, dans le "Village Québécois d'Antan" de Drummonville. © Claudia Duffé

Mais son émotivité et sa sensibilité lui jouent parfois des tours, et il ressent très fortement toute injustice au cours de son apprentissage. C’est donc un cheval qui doit être dressé par des experts.

Douze chevaux venus de France

Au milieu du XVIe siècle, Jacques Cartier accosta en Amérique du Nord, plus précisément sur les rives du Saint-Laurent. La colonie française ne cessa de s'étendre le long du continent au cours de cette période glorieuse de la Nouvelle-France administrée depuis la France. En 1665, Colbert, contrôleur général des finances de Louis XIV, créa les Haras royaux dans le dessein de fournir des chevaux à l'armée. Chaque province devait posséder son Haras : la Nouvelle-France n'échappa pas à la règle. Au début de juillet 1665, douze chevaux, juments et étalons, traversèrent l'océan. Malheureusement, nous ne connaissons pas la race.

«On peut trouver des gabarits différents tout en restant dans le standard, ce qui explique la polyvalence de la race.»

Plusieurs théories divergent encore sur les souches-mères de la race canadienne. Il est à noter que le sujet n'est pas nouveau car dans un article du N°9 dans le Journal d'Agriculture Illustré de septembre 1891, l'auteur proposait de croiser trois points de vue suivant la profession : historien, hippologue et naturaliste !

Selon toute vraisemblance, il s'agissait de chevaux espagnols, barbes, ou de petits chevaux de trait. Ces chevaux se sont en tous cas adaptés au climat particulier du Canada, où la boue succède à la neige : les pieds du cheval canadien sont assez grands, plus grands en tous cas que ceux des chevaux andalous qui comptent sûrement parmi leurs ancêtres.

Un cheval par famille

Dans un premier temps, ces chevaux furent confiés aux communautés religieuses et à la noblesse. Un peu plus tard, Jean Talon, administrateur général de la Nouvelle-France, instaura un contrat : confier un cheval par famille sous condition de le faire reproduire et de s'occuper du poulain pendant 3 ans. C'est ainsi que les première bases de la race furent établies. Le succès fut tel qu'en moins de cent ans, le nombre de chevaux s’éleva à 14 000 pour une population de 15 000 habitants, et qu'il fallut arrêter ce mode de fonctionnement.
Les chevaux participaient activement aux travaux des champs, aux transports de personnes et de marchandises, aidant au développement de la province.

Cheval canadien
Le cheval canadien, jusqu'aux genoux dans la neige, est aussi un excellent compagnon de randonnée ! ©B.Alet

La guerre avec l'Angleterre changea bien des choses. En 1759, la victoire de Wolf sur les troupes de Montcalm sur les plaines d'Abraham, à Québec, sonna le glas de la suprématie française. Et en 1760, l'Angleterre prenait le contrôle total sur la Nouvelle-France. Les Anglais s'établirent principalement le long des rives du Saint-Laurent, ce qui donna lieu dans la population équine à quelques sporadiques croisements entre chevaux de selle anglais et chevaux canadiens, donnant à la race quelques lignées d'individus plus fins.

Le Cheval national

Jusqu'en 1867, date de la création de la Confédération du Canada, tous les francophones étaient appelés « Canadiens » ; les chevaux leur appartenant furent naturellement désignés par le terme de « cheval canadien ».

En 1895, la Société des Éleveurs de Chevaux Canadiens vit le jour sous l'égide du Dr J.-A. Couture. Elle existe toujours.

Cheval canadien
Cheval canadien, dans le village traditionnel reconstitué à Drummondville. Contrairement à ce que l'on pourrait croire à première vue, la cavalière n'est pas en amazone. © Claudia Duffé

En 1999, le gouvernement du Québec reconnaît le cheval canadien comme patrimoine québécois et, un peu plus tard, le gouvernement canadien le nomme cheval national du Canada.

Un caractère docile mais hyper sensible

Le cheval canadien est un cheval attachant par son caractère docile, son intelligence, son cœur, son pied sûr et sa vivacité. Il ne rechigne à aucune tâche.

S'il existe des races de chevaux plus faciles à dresser, le canadien fait partie des chevaux qui demandent une lecture très précise du comportement. Il est préférable de confier le débourrage à un professionnel. Un amateur maladroit ne parviendra pas à se faire obéir et, très vite, c’est le cheval qui prendra le dessus. Il faudra alors du temps, de la précision pour se faire accepter et recommencer. L'équitation, en général, peut d'ailleurs se résumer par "commencements-recommencements" !

Le cheval canadien
Le cheval canadien est souvent de type plutôt compact et puissant. La jument Du Coteau Doc Lily, appartenant à Carolle Beaudry. © Carolle Beaudry

J'ai questionné de nombreuses personnes au sujet de ce cheval. Qu’il s'agisse d’amateurs ou de professionnels de renom, toutes disciplines confondues, les témoignages recueillis touchent aux extrêmes : adulation ou rejet. Ceux qui admirent ce cheval ne tarissent pas d’éloges, tandis que ses détracteurs se contentent de déclarer : « Ils sont fous et on ne peut pas leur faire confiance... »

Pour ma part, je suis souvent parti en randonnée avec des chevaux canadiens, et dans plusieurs contextes différents. Que ce soit en tant que guide, en tant que cavalier solitaire ou en attelage, je me suis toujours senti en sécurité, en communion et serein.

Différents types, différentes aptitudes

Le cheval canadien charme par ses qualités et sa polyvalence toute une nouvelle génération de cavaliers.
Longtemps cantonné aux travaux des champs ainsi qu'au transport des humains et des marchandises, il a fini, par l'entremise de visionnaires, à s’imposer dans des disciplines jusque-là réservées à d'autres races.

Sa polyvalence provient d'une particularité de la race : on peut trouver des gabarits différents tout en restant dans les standards. Des individus grands et élancés se retrouvent plus facilement sur les carrés de dressage, selle ou attelage, ou en CSO. Par contre, des individus plus trapus vont exceller dans le loisir, en randonnée, en TREC.

Pour l'instant, il se retrouve rarement dans les classements canadiens de compétition de dressage. Cependant, il est à parier qu'il occupera le devant de la scène dans les années futures.
En TREC, il excelle. C'est vraiment l'épreuve où sa polyvalence est mise en avant.

En ce qui concerne l'attelage, c'est dans les derbys, très populaires au Québec, que l'on trouve beaucoup d'attelages composés de canadiens. Seul, en double, ou à quatre, le cheval canadien se positionne souvent sur le podium.

Certaines troupes de spectacles intègrent des chevaux canadiens dans les numéros, ce qui donne une touche nouvelle.

Conditions de vie et utilisation

Son gabarit imposant cache ses lacunes musculaires, beaucoup de propriétaires confondent gras et muscle.
C'est un cheval qui a besoin d'être assoupli, de prendre une tonicité musculaire surtout au niveau de l'arrière-main, afin d'alléger l'avant-main, sinon il tombera facilement sur les épaules.
Sans entraînement, il a tendance à prendre du ventre, avec, pour conséquence, un dos large non musclé préjudiciable pour son utilisation sous la selle.

« Mon pays, c'est l'hiver », chantait Félix Leclerc. Nous sommes au Canada, pays où l'hiver commence en novembre et se termine fin avril. Une longue période de froid pendant laquelle le sol reste couvert d’une épaisse couche de neige.

Difficile, dans ces conditions d'avoir des chevaux et de pratiquer l'équitation. Le cheval canadien résout ces problèmes, car c'est un cheval rustique qui adore l'extérieur par tous les temps. Neige, froid, vent, pluie.

Luther
L'étalon Sarrabelle djem Luther propriété de Carolle Baudry. © Carolle Beaudry

Des randonnées par –15°C, en selle ou en attelage, durant plusieurs heures, ne lui posent aucun problème, à condition qu'il soit rompu à ce genre de travail.

L'alimentation du cheval canadien est soumise aux mêmes règles que tous les autres chevaux, qui sont établies en fonction des critères classiques : âge, discipline, travail, gestation, retraite. Cependant, le cheval canadien à une légère tendance à l'embonpoint. Pour éviter ces surcharges pondérales qui ne sont pas rares, il faut veiller à bien gérer les rations alimentation et travail.

Cela reste un cheval soumis aux conditions de vie imposées par l'homme. Un cheval canadien enfermé dans une écurie surchauffée aura autant de maux, voire plus, qu'un cheval moins rustique.

Le standard de la race

Il existe une assez grande variabilité de type dans la race, et notamment 20 cm de tolérance dans la taille.

Format

Taille : 142 cm à 162 cm
Poids : 454 kg à 635 kg

Modèle

Tête : carrée, plutôt courte que longue et rectiligne partout ; sèche ; portée assez élevée.

Oreilles : écartées, fines, mobiles, plutôt courtes.

Front et chanfrein : larges et plats.

Yeux : écartés l’un de l’autre, à fleur de tête, grands, moyennement convexes, vifs, mobiles, doux et francs.

Naseaux : larges et écartés.

Lèvres : minces, mobiles.

Joues : bien développées, fermes mais non pas grasses.

Encolure : plutôt rectiligne qu’arquée, large à son bord intérieur, mince à son bord supérieur ; face latérale légèrement arrondie et recouverte de muscles fermes.

Garrot : sec, moyennement élevé, long d’avant en arrière.

Dos : fort, large, droit, court.

Rein : large, court, fort et droit.

Poitrail : large, faisant que le cheval est bien ouvert du devant ; recouvert de muscles bien développés et saillants.

Cheval canadien alezan
Bien que le noir soit la robe dominante, toutes sont théoriquement admises par le standard, notamment l'alezan. © Claudia Duffé

Poitrine : ample en hauteur et en largeur ; côtes longues, larges, bien écartées et bien arquées.

Ventre : assez volumineux, sans être tombant et se fondant doucement avec le cercle des côtes et des flancs.

Épaule : longue, oblique et bien musclée.

Bras et coude : longs, moyennement inclinés.

Genou : sec, long, large, épais, net, tombant d’aplomb, tourné ni en dedans ni en dehors.

Croupe : longue autant que possible, large, légèrement oblique ; la pointe de la hanche ne formant qu’une légère saillie.

Fesse descendant aussi près du jarret que possible, ferme, dense, bien fournie.

Cuisse : large et épaisse.

Jarret : net, sec, large, long, épais,

Canons : courts, nets tombant d’aplomb.

Boulet : larges, épais, secs, nets, légèrement obliques.

Paturons : larges, épais, de longueur moyenne, moyennement obliques, exempts de fanons

Queue : implantée assez haut, garnie de crins abondants, fins et assez longs.

Allures

Vives, alertes, plutôt allongées que trop relevées: jarrets, genoux, boulets et paturons fléchissant bien.

Robes

Toutes les robes sont acceptées, bien que la couleur noire prédomine et que le gris soit rare.

Tempérament

Docile mais plein de vigueur et d’ardeur sans être nerveux.

Où le trouver ?
Surtout au Québec. On trouve quelques chevaux chez le voisin américain, et aussi dans l'ouest du Canada.

Si vous venez au Québec, à Montréal, un tour au Plateau-Mont-Royal s'impose. Vous y découvrirez les écuries du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) qui possède une cavalerie composée de chevaux canadiens. Ce service de police n'est pas à confondre avec la célèbre Police Montée canadienne, appelée aussi Gendarmerie Royale du Canada (GRC), qui est la police fédérale ; elle a ses écuries à Ottawa et ne comporte pas de chevaux canadiens.

Sources
Association Québécoise du Cheval Canadien
www.chevalcanadien.org

Société des Éleveurs de Chevaux Canadiens
www.lechevalcanadien.ca

L'histoire du Québec par Luc Gauthier-Boucher
http://home.ican.net/~galandor/index.html



Remerciements

Carolle Beaudry pour les photos de ses chevaux Du Coteau Doc Lily et Sarrabelle djem Luther, et son aide à l'information,
Monique Herbeval pour sa participation,
Gina Hallé pour les photos de randonnée,
et Claudia Duffé pour l'illustration photographique.

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5 commentaire(s) »

nathalieb :
Le 12/05/2011 à 16h10

Bonjour

Une petite erreur pour la taille , nous devrions lire 142cm à 162cm plutôt que 42cm à 162cm.

Bravo pour l'article.

laetitia :
Le 12/05/2011 à 17h05

Merci doublement !
L.B.

Patrick [invité] :
Le 17/01/2013 à 17h54

Très bon article, ça me convainc d'avoir ce cheval. Parcontre, Mon pays c'est Gilles Vigneault qui en est l'auteur dsl. XD

jean [invité] :
Le 31/07/2013 à 15h20

Bonjour à Tous,je suis très content de vous lire et de voir votre sérieux. Mais je pose une question: Serait-il possible d'acquérir un de vos chevaux pour la Martinique en cadeaux pour mes petits enfants. Je suis vraiment comblé par la fière té de leur cadance. Amicalement Votre.

laval pascale cc frenchy ranch [invité] :
Le 31/07/2013 à 16h50

Bonjour,
Nous élevons des chevaux Canadiens en France si vous souhaitez les découvrir c'est avec plaisir que nous vous acceuillerons .

Tommy [invité] :
Le 03/05/2015 à 05h15

je vien du Quebec l Histoire du cheval Canadien en france est passionante aimerais avoir suivi de vos chevaux .

Article publié le 10-05-2011

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