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Jean-Paul Boudon : "Le cheval d'endurance doit avoir de l'os, des tendons, mais pas trop de muscles..."

Propos recueillis par Laetitia Bataille.


N°24 Septembre 2011
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L'endurance au plus haut niveau est une des disciplines équestres les plus exigeantes, et demande au cavalier d'être un homme de cheval complet, particulièrement attentif et intuitif.
Jean Paul Boudon, Président de l'association Lozère Endurance Equestre, est chargé d'organiser cette année à Florac le Championnat d'Europe d'Endurance, qui se tiendra le 10 septembre prochain. Cavalier d'endurance, Champion de France de cette discipline en 1989, il élève aussi des pur-sang arabes et gère le Centre d'entraînement de chevaux d'endurance du Bouquet.
Interview exclusive...

Cheval Savoir : Jean-Paul Boudon vous êtres dans les "starting-blocks" avant ce Championnat d'Europe -qui, rappelons-le, est un Championnat "Open", c'est à dire ouvert aux nations non-européennes, pour lesquelles il y aura un classement séparé.
Parlez-nous de votre cursus équestre personnel : êtes-vous d'une famille de cavaliers ?

Jean-Paul Boudon : Pas du tout. J'ai commencé à monter à cheval comme cela, en balade. Je faisais beaucoup d'extérieur. J'ai eu un cheval qui a été décisif pour moi, Mahmoud : c'était un pur sang arabe, hongre, avec lequel j'ai commencé l'endurance.

Jean-Paul Boudon
Jean-Paul Boudon : Champion d'endurance et éleveur. © Lozère Endurance Equestre

C.S. Justement, qu'est-ce qui vous a amené à vous orienter vers cette discipline ?

J.-P.B. J'avais ce cheval extraordinaire, Mahmoud, un fils de Dahman.
Il vivait avec moi dans le petit hameau que nous habitions, Graniès. Oui, nous vivions vraiment ensemble ! Le soir, il avait un box où il pouvait rentrer s'il le souhaitait. Dans la journée, il circulait en liberté entre les maisons du hameau. Il fallait juste veiller à ce qu'il ne rentre pas dans la cuisine...
Quand je partais avec lui pour plusieurs jours, et que je m'arrêtais pour dormir, et je le laissais libre, non attaché, et il restait là à côté de moi, tranquillement...

C.S. Comme le cheval du Bédouin sous la tente...

J.-P.B. Exactement, c'est cela... C'est cette connivence, cette relation extraordinaire qu'on peut avoir avec un cheval arabe, qui est tellement proche de l'homme, comme un chien. Quand on a connu le pur-sang arabe, on ne regarde plus les autres chevaux...

Montée vers l'Aigoual
Montée vers l'Aigoual... Les déclivités font partie des difficultés de la course de Florac... mais elles protègent aussi les chevaux des méfaits d'une moyenne trop élevée. © Lozère Endurance Equestre

C.S. Pour revenir à vos débuts en endurance...

J.-P.B. Dans les années 80, Florac était le rendez-vous annuel des cavaliers d'endurance. Cette discipline était encore à ses débuts, mais elle commençait à prendre de l'essor. Surtout dans cette région du sud-ouest. Après, les Bretons ont commencé à s'y intéresser aussi. Mais à l'époque, cela tournait beaucoup autour de la région de Florac, et moi je n'habitais pas très loin de Florac, j'y allais... C'est comme cela que je suis rentré dans ce milieu. J'avais Mahmoud et tout a vraiment commencé grâce à lui. Je me suis lancé, sans rien y connaître, mais j'avais l'habitude de parcourir de grandes distances avec Mahmoud. C'est donc venu assez naturellement.
Un jour, j'ai participé à la course, et je suis arrivé septième. Je réalise maintenant qu'avec mon ignorance de l'époque, le cheval avait un mérite extraordinaire, c'est comme s'il était arrivé premier !
Mais je me rendais compte de mes lacunes en équitation. Je me suis donc inscrit dans un centre équestre, et la monitrice m'a fait passer un petit test ; résultat : elle m'a mis dans le cours des débutants !

Le départ de la course
Le départ de la course se fait vers quatre heures du matin. © Lozère Endurance équestre

C.S. Vous veniez de "faire" Florac : vous deviez quand même avoir une assiette légère pour arriver septième !

J.-P.B. Oui, oui, bien sûr, j'étais capable de tenir dix heures en selle. Et je faisais tout d'instinct ; je changeais de diagonal au trot, le cheval changeait de pied au galop tout seul... Donc ça allait. Mais il me manquait le solfège...
J'habitais à une centaine de kilomètres de Florac, et pour la course, à cette époque, il n'y avait pas de van, pas de transport... Je m'y rendais à cheval. Cent kilomètres, ce n'était pas beaucoup pour un cheval qui avait un grand entraînement. J'arrivais quelques jours avant, je faisais la course, je laissais le cheval se reposer deux jours, et on repartait pour refaire les cent kilomètres jusqu'à la maison.
En 1989 nous avons été champions de France... Le Championnat de France était remporté par celui qui avait totalisé les meilleurs résultats sur une série de courses trois étoiles. Faire trois courses de ce niveau dans une année, (quatre à la rigueur) c'était le grand maximum que l'on peut demander à un cheval... Mahmoud avait été huitième à Montélimar, cinquième à Florac, premier à Cherveux et deuxième à Montcuq. Il avait fait effectivement quatre courses de top niveau cette année là !

C.S. L'endurance est-elle une discipline exigeante pour la santé des chevaux comparée à d'autres disciplines ?

J.-P.B. Cela dépend de ce qu'on en fait, de la vitesse, du temps de récupération. En fait, c'est la vitesse qui casse les chevaux.
La déshydratation, les problèmes ligamentaires, tendineux au niveau du suspenseur, les fractures de fatigue... tout cela, on ne voit pas cela à Florac... Parce qu'à Florac, on ne peut pas aller vite, le terrain, les dénivelées ne le permettent pas. Tandis que dans des courses où le terrain est meilleur et plus plat, comme Compiègne ou Rambouillet ou bien sûr dans les Emirats, il y a des problèmes liés aux moyennes trop élevées. Et à la chaleur, aussi. A Florac, en altitude, il y a toujours de l'air.

Contrôle vétérinaire
L'arrivée au contrôle vétérinaire situé sur le Causse Méjean. © Lozère Endurance équestre

C.S. Les chevaux d'endurance ont-ils une carrière longue ?

J.-P.B. Maintenant, les chevaux d'endurance n'ont plus le temps de faire carrière ! S'ils sont bons, ils sont vendus tout de suite !
Dans les années 85/95, il y avait des chevaux qui couraient au top niveau pendant des années. C'est le cas de Toup du Clo, un fils de El Fif qui s'est fait connaître sous la selle de Cécile Demierre. Le cheval a couru dix années, dont neuf au top niveau. Il a participé à 24 épreuves trois étoiles, en a terminé 22, en a gagné trois, a été huit fois sur le podium... C'est remarquable...

Cécile Demierre
Au passage de l'Aigoual, Cécile Demierre sur Kefraya de Jaïs, un cheval de Jean Paul Boudon. © Lozère Endurance Equestre

C.S. Aujourd'hui, quelles sont les origines que vous recherchez ?

J.-P.B. J'essaie de sélectionner les origines qui fonctionnent, en me méfiant des phénomènes de mode.

C.S. La mode est aux grands chevaux, dans toutes les races. Pourtant, un proverbe arabe dit bien "selle le petit et laisse le grand" !

J.-P.B. Moi, je dis "c'est le petit cheval qui gagne, et c'est le grand qui se vend" !
Quand on montre aux acheteurs étrangers un cheval de 1,50 m c'est tout juste s'ils le regardent. Ils veulent un cheval qui toise au moins 1,55 m, c'est un minimum. Bien sûr, quand le cheval est excellent, ils se rendent à l'évidence. Tenez, Nobby, le petit hongre qui a été Champion d'Europe et trois fois Champion du monde (notamment aux derniers Jeux Equestres Mondiaux à Lexington) avec Maria Mercedes Alvarez Ponton, ne toise que 1,46 m !
Mais bon, d'une manière générale, on essaye quand même de produire des chevaux qui aient un peu de taille...

Contrôle vétérinaire de nuit
Le contrôle vétérinaire de nuit à Barre des Cévennes. © Lozère Endurance Equestre

C.S. Etes-vous vous partisan de l'élevage en plein air intégral, censé "endurcir" les chevaux en les faisant vivre dehors toute l'année, comme on l'entend parfois préconiser ?

J.-P.B. Non, ah non ! Ils restent au maximum dehors, bien sûr, mais ils rentrent le soir, notamment quand il y a du vent, mais surtout s'il fait très froid, ou qu'il pleut longtemps. Un cheval est bien content de rentrer le soir le soir s'il fait mauvais. Et pour un poulain, c'est bien de pouvoir dormir sur cinquante centimètres de paille, plutôt que de devoir suivre un troupeau. Un petit poulain, cela doit dormir beaucoup ! On l'oublie, cela. De même le mythe des herbages en pente : autant c'est valable pour un poulain de deux ans, cela le muscle, autant pour les poulains de moins d'un an, je préfère mille fois les prairies plates. Et puis, je privilégie les petits groupes : deux juments suitées ensemble, cela suffit... La vie dans un grand troupeau est beaucoup plus dure pour un poulain...

C.S. En dehors du pur-sang arabe, qui est le roi de l'endurance, quels sont les chevaux qui conviennent à cette discipline ?

J.-P.B. On peut très bien réussir en endurance avec des chevaux comme le Shagya, l'Akhal-Teke, voire l'anglo-arabe bien que ce dernier ait un caractère un peu plus délicat. L'arabe-barbe aussi... et même le barbe pur : il y a une barbe pur qui a gagné Florac une année !
En fait, il faut un cheval généreux mais qui n'ait pas trop de sang, pour qu'il ne soit pas difficile à gérer, et qui n'ait pas trop de masse musculaire à refroidir. Plus il y a de masse musculaire, plus le cheval est exposé à des accidents de type myosite, par exemple. Nous voulons un cheval léger, sec, avec de l'os, des tendons, mais pas trop de muscles...

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Article publié le 06-09-2011

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