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La rectitude (I)

Par Pierre Beaupère, Cavalier professionnel et Professeur de dressage.


N°25 Octobre 2011
21 Commentaire(s)
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Par où commencer à écrire sur un sujet aussi important, aussi fondamental et pourtant aussi peu traité et si insuffisamment maîtrisé ?
Comment insister assez sur l’importance qu’il revêt pour la santé des chevaux et à quel point faire l’impasse sur cela conduit nos amis à l’abattoir ? Le mot n’est pas choisi au hasard, car tant de chevaux finissent irrémédiablement détruits, tant doivent être euthanasiés et tant entrent à cause de cela sur la voie de défenses terribles et d’un stress permanent qu’ils finissent réellement à l’abattoir.
Lisez le prologue de cet article en rubrique "Tribune".

Introduction

Comment enfin parler d’un sujet qui me tient autant à cœur, qui est à ce point important à mes yeux que je repousse son écriture depuis des mois, tétanisé à l’idée d’écrire des faits erronés, ce que mon âge (relativement !) jeune pourrait facilement m’amener à faire ?

Je suis à nouveau dans un avion qui m’emmène en Allemagne où je vais donner un stage et, alors que je pense à tout cela, je réalise que la meilleure manière d’y parvenir impliquera certainement de casser les codes de l’article de dressage classique (dans les deux sens !) et d’emmener le lecteur dans ma propre recherche de la rectitude parfaite et idéale, de découvrir avec moi les raisons de la dissymétrie, de mener ensemble une sorte d’enquête pour comprendre par vous-même des notions qui peuvent sembler extrêmement confuses et difficiles.

Ici encore plus qu’ailleurs je veux éviter d’asséner des vérités toutes prêtes. J’espère qu’en vous emmenant avec moi vers cette découverte et ce qu’elle implique, vous pourrez rechercher la rectitude de vos chevaux en vous fiant à vos sensations sans avoir à appliquer aveuglément des notions que vous ne maîtrisez qu’à moitié.

J’espère enfin que vous comprendrez l’importance capitale que revêt ce travail et qu’il deviendra pour vous aussi passionnant qu’il ne l’est pour moi.

Je vous emmène donc dans une recherche qui m’a pris plus de 7 années et dont je commence seulement à maîtriser la technique.
Ces années m’ont surtout appris deux choses.
Nous le devons à nos chevaux.
Ils nous remercieront en nous donnant bien plus que tout ce dont nous aurions pu rêver...

L'enquête

1. Les pieds dans le sable

2011, quelque part en Europe. Debout au milieu d’une piste couverte, les bras croisés, j’observe une jument de 6 ans. C’est la première leçon de la cavalière. Elle est tendue et tente de me montrer son cheval sous son meilleur jour, pourtant consciente de l’étendue de la catastrophe.

La jument grince des dents, les oreilles constamment couchées vers l’arrière. Elle présente de nombreuses irrégularités dans son trot au point d’être franchement boiteuse sur certaines foulées. La plupart du temps il y a une différence de près de 20 centimètres entre le poser des deux postérieurs, cette différence va jusqu’à 50 centimètres sur certaines foulées. L’allure est très courte et piquée, le cheval est fortement sur les épaules et pèse sur la main de la cavalière qui a pourtant une position correcte.

Malgré ses efforts, la jument se couche dans les coins et s’échappe des cercles, soit vers l’intérieur, soit vers l’extérieur. Dès que la cavalière tente de la rééquilibrer, la jument résiste, fouaille de la queue et donne des coups de tête.

Ce sont les dix premières minutes. Je l’observe sans rien dire comme je le fais toujours lors de la première leçon. Je veux voir comment le cheval se déplace, quels sont les problèmes à corriger en priorité, et mettre en place une « stratégie » pour aider le couple au mieux et au plus vite.

Durant les cinq premières minutes que nous avons consacrées à discuter de la jument et des attentes de la cavalière, elle m’a fait part de ses difficultés : une grande nervosité au box, des soucis de santé assez fréquents et surtout des postérieurs qui gonflent alors qu’elle travaille relativement peu. Plusieurs épisodes de boiterie ont aussi été traités sans grande conviction par des vétérinaires qui ne semblaient pas vraiment comprendre d’où venait le problème. Enfin, la jument a présenté des défenses très graves, notamment des acculements dès que l’on tente de la contraindre, des débuts de cabrer et une grande susceptibilité. Elle est très « sur l’œil » et est parfois prise par ce qui ressemble à des attaques de panique où il est très difficile de l’arrêter.

La jument a pourtant des qualités morphologiques indéniables. Mais elle donne une image de raideur, son poil est terne, son œil noir et elle semble décharnée, surtout au niveau de l’arrière-main, alors qu’elle est nourrie en quantité suffisante.

Dans les tournants, je regarde les rênes, pour avoir la confirmation de ce que je sais déjà : la rêne gauche est très tendue, la rêne droite est flottante…

2010, Allemagne. Nouvelle élève, avec une jument par Sandro Hit. La jument est fort jolie, la cavalière expérimentée et assez froide. Elle se méfie d’un entraîneur qu’elle ne connaît pas. Il va falloir que je trouve un moyen de l’aider même si son expérience lui permet de très bien cacher ce qui ne va pas.

Le déplacement de la jument est d’une qualité largement supérieure à la moyenne pourtant quelque chose me dérange. Le bassin est comme « bloqué » en position de rassemblé. Ce sont les dix premières minutes où j’observe sans rien dire et je ne parviens pas à trouver dans son travail un indice qui pourrait m’indiquer ce qui ne va pas.

Je lui demande de me montrer le travail de deux pistes. Les épaules en dedans sont correctes quoiqu’elle demande trop peu d’angle à mon goût. L’appuyer au trot à droite est excellent. L’appuyer au trot à gauche est nettement moins bon, avec peu de pli et des hanches qui traînent. Bingo.

A la fin de la leçon, elle deviendra une de mes élèves les plus convaincues, au point de vendre pour un prix ridicule l’un de ses chevaux.

«En les regardant à tour de rôle travailler durant deux à trois minutes, je peux leur dire de quel côté leur cheval dérobe lorsqu’ils ont un refus.»

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21 commentaire(s) »

zaude :
Le 12/10/2011 à 17h45

argh... introduction passionnante et haletante.... et il faut attendre un mois pour la suite!!!

Je me retrouve parfaitement dans 'comme si elle tombait à chaque foulée vers la droite, ce qui la rendait extrêmement inconfortable, même au pas, car je devais continuellement lutter pour tenter de rester au milieu de la selle et ne pas basculer à gauche.' même si je ne ressens ça qu'en cercle à main droite, et uniquement au pas... ?

J'ai aussi acheté le livre de Von Ziegner, constaté qu'il donnait comme priorité le contact sur les 2 rênes avant l'incurvation... Ce que j'essaie donc de faire en remplaçant le cercle à droite par votre cercle diamant...

Mais je suis du coup trèèès curieuse du prochain article!

zaude :
Le 12/10/2011 à 17h47

aïe, le livre dont vous parlez : straightening the crooked horse n'est pas en vente à moins de 250€... :(

schizo :
Le 12/10/2011 à 19h09

Ce livre est proposé à 29,95 dollars sur le site
http://www.equishopper.com/p-3146-straightening-the-crooked-horse.aspx

charly :
Le 13/10/2011 à 00h20

Et la suite, c'est pour quand ? :)
Très bel article, comme d'habitude.
Bravo Pierre.

coquinette :
Le 13/10/2011 à 07h24

Merci, merci, merci... Je pense que je vais trouver la solution avec notre jument de 10 ans hanovrienne, dissymétrique et qui engage mal son postérieur gauche. Elle a été vue par nombre d'ostéopathes, sans résultat... Je piaffe d'impatience !

fannywopke :
Le 13/10/2011 à 10h15

Passionant mais terrifiant! Maintenant j ai peur de blesser mon cheval par mon inexpérience! Vivement la suite, en attendant je vais m appliquer a avoir un contact égal sur mes deux rênes :) merci

lesbrejoires :
Le 13/10/2011 à 14h59

Je vous dis un grand merci pour tous les cavaliers qui n'avaient pas conscience de cette donnée à cheval et aussi un grand merci pour les chevaux......
Je remets actuellement un cheval dans le "droit chemin de sa locomotion" mais c'est un travail qui demande du temps, de la patience ,de la structure dans son travail.
Et votre article me redonne une lueur d'espoir quand au chemin choisie pour ce cheval.
merci et merci et au plaisir de vous rencontrer!

al

zaude :
Le 13/10/2011 à 15h20

@schizo : merci beaucoup, je pensais que c'était vendu sur amazon, et du coup je n'ai pas pensé à aller voir sur leur site :)

zaude :
Le 13/10/2011 à 15h24

En fait nan... il est en vente sur le site du lien, qui vous emmène sur un autre site où le livre n'est plus en vente :(

charly :
Le 13/10/2011 à 21h21

Zaude, essayez le site abebooks.fr> http://www.abebooks.fr/servlet/SearchResults?sts=t&tn=straightening+the+crooked+horse&x=78&y=15

:) Il en reste un exemplaire pour 25 euros

charly :
Le 13/10/2011 à 21h25

Et ici > http://www.thehorsestudio.com/bookstraighteningthecrookedhorse.html

Pour 29 $ ;)

gabian :
Le 15/10/2011 à 22h52

Pour ceux qui lisent l'allemand, le livre est en vente sur amazon.fr à 23,33€, édition 2010 ("Die Schiefentherapie").

viviane :
Le 24/10/2011 à 23h30

Attendre un mois pour la suite...

Comme vous, je suis prête à me rouler par terre en pleurant!

gnourf :
Le 25/10/2011 à 10h10

Merci beaucoup pour cette article "leçon de vie équestre".

J'ai tout de suite essayé sur ma jument qui est clairement asymétrique, même si elle n'oppose pas de résistance violente. En la travaillant qu'avec une seule rêne au contact (l'autre étant complètement flottante), je l'avais immédiatement en extension d'encolure (ce qui n'est pas évident quand j'ai les 2 rênes au contact) et ai pu facilement enchaîner des figures de manège.

Maintenant que j'ai constaté cela, que puis-je en faire? De plus, j'ai moi-même une asymétrie musculaire assez prononcée : comment puis-je espérer corriger celle de ma jument - ou au mieux, ne pas l'empirer?

laetitia :
Le 27/10/2011 à 14h22

Petite précision : Prince Errant, dont nous parle Pierre, est un auteur du vingtième siècle. Il a écrit son premier livre en 1930, et ensuite, entre autres "Face à l'obstacle" en 1948, puis "L'Equilibre en équitation" (traduction d'un livre allemand de Grégoire de Romaszkan) en 1948, et le plus connu, "Dressage simplifié : les flexions" en 1952…Pierre Chambry a illustré plusieurs de ses ouvrages.

Laetitia Bataille

ptitemarie :
Le 30/10/2011 à 08h47

Effectivement, vivement la suite!! Je suis actuellement en formation BPJEPS et je me rend compte que la plupart des maux des chevaux sont malheureusement dissimulés par les enrênnements (tout particulièrement la rêne allemande) et qu'aucuns cavaliers ne réussis à ressentir exactement ce qu'il se passe sous sa selle. Ou bien il ne le partage pas du tout! Comme tout le monde j'attends... :-))

pierrebeaupere :
Le 31/10/2011 à 20h21

Je suis très heureux et touché de lire vos commentaires et encouragements qui me prouvent que je ne me suis pas trompé en commençant cette série.

Je ne veux que vous demandez de patienter pour avoir les réponses à vos questions (je l'espère du moins) et vous promettre quelques surprises je pense, bien à l'encontre de ce que l'on voit et entend souvent.

A très bientôt.

Pierre.

laetitia :
Le 14/11/2011 à 12h02

Nous aussi, à la Rédaction, nous sommes heureux que nos lecteurs soient si passionnés !
La suite arrive !
L.B.

gabian :
Le 08/01/2012 à 13h09

Suite à la lecture de ce premier volet très intéressant (et très agréable, voire par moments drôle, à lire), j’ai fait l’acquisition du livre « Die Schiefentherapie » (« Straightening the crooked horse »). Comme j’ai vu dans les commentaires que de nombreuses personnes s’y intéressent, j’aimerais vous faire part de quelques-unes de mes impressions :
Comme le dit Pierre Beaupère, il s’agit d’un ouvrage « bourré de dessins au stylo, de croquis rapides et de répétitions de la cause de la dissymétrie, aussi passionnant qu’hyper technique ». En effet, le style d’écriture fait qu’il n’est pas très fluide à lire, truffé de répétitions, de phrases style « prise de notes », de renvois à ce qui a déjà été dit, de digressions .. Mais cela ne doit surtout pas vous décourager de vous y plonger !
Avant de commencer sa lecture, assurez-vous d’avoir une connaissance solide de l’anatomie équine ((re-)potassez la théorie des galops 5-7, ou lisez « How your horse moves » de Gillian HIggins ou « Dressage moderne : un jeu de massacre » du Dr Heuschmann). Les auteurs ne consacrent qu’un tout petite paragraphe à l’anatomie qui est pourtant essentiel à la compréhension de leurs raisonnements, pour passer de suite aux origines et effets biomécaniques de la latéralité. Vous trouverez une bonne partie des explications dans le deuxième article de Pierre Beaupère dans CS n° 26 où elles sont exposées de manière beaucoup plus accessible.
La méthode d’entrainement proposée par le « Zentrum für anatomisch richtiges Reiten » (centre pour l’équitation anatomiquement correcte) est expliquée en vue des différentes étapes de la « thérapie » ou de la « correction », du « diagnostic » jusqu’au moment où le cavalier « réapprend » à monter sur son cheval désormais « corrigé » (j’utilise volontairement tous ces guillemets pour reprendre des termes utilisés dans le livre, sans jugement aucun de ma part). En revanche, il n’est donné que peu d’éléments concrets : à titre d’exemple, il est expliqué que le cheval est redressé en longe dans un rond de longe, équipé d’un caveçon ; mais il n’est donné aucune instruction vraiment concrète sur l’action du longeur et sa position qui permettrait d’appliquer soi-même la méthode à la maison. Ceci est certainement un choix délibéré des auteurs qui estiment très dangereux de se lancer dans l’aventure de vouloir redresser son cheval par leur méthode sans l’encadrement d’une personne dûment formée ; un choix, me semble-t-il, fort judicieux compte tenu de l’impact que d’éventuelles erreurs pourraient avoir sur le physique (et le psychique) de notre cheval. L’idée conductrice de la méthode est de redresser le cheval en allégeant son épaule dominante pour reporter du poids sur le postérieur opposé .. et rejoint donc un des résultats obtenus par une épaule en dedans correctement exécutée. Il est d’ailleurs fait référence à plusieurs reprises aux auteurs anciens tels La Guérinière, Oliveira ..
Ce qui fait surtout l’intérêt de cet ouvrage est le fait qu’il s’attache à expliquer les origines (biomécaniques mais aussi en partie comportementales) de la latéralité chez le cheval. Personnellement, je comprends mieux maintenant les problèmes que je rencontre avec mon cheval à main droite.
Parmi les « reproches » qu’on pourrait adresser à ce livre figurent la qualité des photos pas toujours idéale pour comprendre l’action illustrée (une photo sur l’utilisation d’une rêne prise dans un manège sombre sur un frison n’est pas ce qu’il y a de plus explicite, par exemple) ; les très nombreuses répétitions qui rendent la lecture un peu fastidieuse ; le côté (toujours selon mon avis personnel) un peu « sectaire » de la présentation de la méthode dans le sens où elle est vécue par le lecteur comme la seule voie salvatrice pour l’amélioration de l’état physique et psychique de nos montures ; enfin, les petits articles annexes relatant les expériences de cavaliers de chevaux « corrigés » où l’on a souvent le sentiment de « guérisons miraculeuses » de chevaux présentant des symptômes probablement plutôt rares de la latéralité (accès de panique au box ..).
En résumé, il s’agit d’une lecture extrêmement intéressante et utile à la compréhension de l’origine de nombreux soucis que nous rencontrons tous les jours au manège ; mais ce n’est pas un manuel qui donne des pistes concrètes pour améliorer soi-même l’équilibre de son cheval. On en tirera le meilleur profit si l’on considère comme un livre théorique sur les origines et les effets de la latéralité qu’il convient d’aborder avec le « bagage » (au minimum théorique) et le recul nécessaire.

patsy :
Le 08/01/2012 à 18h09

Monsieur Beaupere, vous etes humble et c'est ce qui me plait chez vous.

J'avais et j'ai parfois encore des problemes avec cette rene gauche interieure. J'etais tellement fixee sur ce fameux pli que effectivement j'en oubliais la rene droite. Jusqu'au moment ou il s'est bloque completement jusqu'a ne plus vouloir tourner a gauche et m'embarquer dans l'allure ou je me trouvais.

Le probleme a effectivement ete resolu en travaillant sur cette rene droite tout en demandant le pli par petite tension sans jamais tenir ou tirer. Je me suis egalement rendue compte que l'activite est tres importante et m'aide beaucoup.

Mon Baelo est un PRE entier de 3,5 ans et la difficulte est de ne pas retomber dans ses mauvaises habitudes mais heureusement il me fait vite comprendre quand mes aides ne sont plus justes.

Rien n'est jamais acquit. Il faut reste vigilant.

Impatiente de lire vos prochains articles.

Patricia

zaude :
Le 09/01/2012 à 20h32

merci gabion pour votre description du livre...
Finalement je ne suis pas déçue de n'avoir pu me le procurer... :)

J'espère donc avoir le 'how to do it' dans les prochains articles de Pierre...

Article publié le 11-10-2011

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