Accueil » Culture équestre

George Stubbs : des chevaux plus vrais que nature

Par Claire Michielsen.


N°25 Octobre 2011
3 Commentaire(s)
Imprimer cet article
Le cheval Whistlejacket, dont Stubbs venait d'achever un portait particulièrement fidèle, entre soudain dans une grande colère en voyant le tableau grandeur nature présenté dans la cour de l'écurie.
Son lad habituel a beaucoup de mal à empêcher le grand alezan, soudain devenu le rival furieux de sa propre image, de se jeter dents en avant sur le tableau, que l'on sauve de justesse.

Anecdote qui montre, si besoin en est, la saisissante ressemblance que George Stubbs savait restituer dans ses portraits.
Peintre des chevaux -ce surnom lui déplaisait, car la peinture animalière était à l'époque considérée comme un genre mineur- Stubbs s'était fait connaître par ses nombreux tableaux où le cheval joue un rôle essentiel. Stubbs avait étudié avec assiduité pendant un long séjour à York l'anatomie et de la morphologie du cheval, et sa connaissance dans ce domaine est considérée comme inégalée dans la peinture. Les notes détaillées et les dessins qu'il a faits pendant cette période ont été publiés en 1766 dans L'anatomie du cheval, série de planches successives montrant le squelette, les muscles, les nerfs...

George Stubbs
George Stubbs été un très grand connaisseur de la morphologie des chevaux, et certainement de leur psychologie, qui transparaît dans ses oeuvres les plus expressives. © Wikipédia

Né en 1724 et mort en 1806, George Stubbs est assurément est de plain-pied dans le dix-huitième siècle, et sa peinture allie l'élégance un peu maniérée de l'époque à une certaine modernité, déjà tangible dans les portraits de chevaux de course. Il faut se souvenir que la création du pur-sang anglais date de cette époque (le stud-book de la race a été ouvert en 1791) et que Stubbs va inévitablement être amené à représenter le monde des courses à travers ses cracks, en même temps qu'il portraiture fréquemment les chevaux appartenant à différents personnages de la noblesse.

Le portait de Whistlejacket
Le portait de Whistlejacket, le cheval de course du marquis de Rockingham, a été réalisé entre 1761 et 1762. Stubbs a su rendre la finesse des tissus du pur-sang, et saisir l'expression inquiète et un peu ombrageuse du regard de l'étalon qui avait considéré son propre portrait comme un rival ! © Wikipédia

Il a d'ailleurs peint les grands chefs de race Matchem, et Eclipse.
Sur de nombreux tableaux, le cheval se détache sur un arrière-fond totalement uni, comme le désirait Stubbs lorsqu'il s'agissait de portraits, dans lesquels rien ne devait éloigner l'attention du sujet principal.
Ces chevaux de course étaient peints le plus souvent à l'arrêt, tenus par un lad, et non en action. Stubbs n'a pas connu les premières photographies de chevaux en mouvement réalisées par Muybridge en 1878, qui avaient en leur temps révolutionné la vision des allures du cheval.

Juments et poulains
Juments et poulains : l'artiste s'est attaché à rendre le côté paisible de cette scène champêtre, pour laquelle, contrairement à ses habitudes lorsqu'il peint des portraits de chevaux de course, l'arrière fond est occupé par un élégant paysage. © Wikipédia

Stubbs toutefois ne peint pas de chevaux "volants", les quatre membres étendus et au soutien, comme on les voit sur les gravures anglaises représentant des scènes de chasse ou de course ; bien que rencontrant pour peindre le mécanisme du galop les mêmes impossibilités que les autres peintres de son époque, il représente l'appui imminent d'un membre au sol, qu'il a pressenti sans pouvoir l'analyser. En revanche Stubbs montre son excellence à saisir le mouvement du trot, dont il va jusqu'à rendre le "trousser" de l'antérieur dans le trot de course.
L'artiste a également utilisé sa palette pour peindre des scènes de promenade, ou voisinent chevaux et poneys, attelages et grooms.

Conversation piece
Le tableau de genre, "conversation piece", dans lequel Stubbs prend plaisir à montrer des chevaux de races différents : un pur-sang à droite, un petit cheval au milieu qui pourrait être un barbe, et attelé, probablement un poney. © Wikipédia

Ce style un peu mièvre se rattache ce que l'on appelle dans la peinture anglaise la"conversation piece" terme désignant le plus souvent des scènes de société peintes au XVIIIe siècle. Ce type de tableau se situe à mi-chemin entre le portrait, la scène de genre et le paysage : on y voit plusieurs personnages identifiés, non idéalisés, représentés généralement dans leur maison ou leur jardin et ayant entre eux des rapports de conversation ou de communication. Stubbs met en premier plan dans un paysage assez neutre, les personnages qui se parlent...ou sont censés le faire, car souvent l'indifférence se lit dans les visages, et l'on sent que l'artiste s'est intéressé davantage aux chevaux, qui, eux, sont très expressifs.
George Stubbs, quoiqu'il en ait dit, reste bien un spécialiste incontesté de la peinture animalière, possédant une connaissance approfondie du cheval, qu'il peint en tant qu'être de chair et de satin, si vivant que ses congénères pouvaient s'y tromper...

Lisez le journal sans restriction :

Abonnez-vous à Cheval Savoir pour seulement 29€ !
(31$ US. 38$ Canadien; 35 Franc CHF)

S’abonner à Cheval Savoir, c’est :

  • bénéficier de la lecture des numéros à paraître
  • avoir un accès permanent et totalement gratuit à la Bibliothèque d’Archives en ligne, soit plus de 2000 articles parus ! Des dizaines de milliers de pages de lecture, l’équivalent de plusieurs centaines de livres sur tous les sujets équestres ! Ce qu’aucun autre magazine ne pourrait vous offrir…
Cliquez-ici pour vous abonner à Cheval Savoir

Ce que vous ne lirez pas ailleurs

Si vous êtes déja abonné au journal, cliquez-ici pour vous identifier

3 commentaire(s) »

gnourf :
Le 04/11/2011 à 14h56

Les peintures, et surtout le portrait, sont extraordinaires. Sur les miniatures du zapping, j'avais initialement cru à une phot, c'est pour dire!

Je me permets de rebondir sur une remarque de l'article pour faire d'une grande interrogation sur la culture équestre : Le monde du cheval a-t-il vraiment attendu les études photographiques de Muybridge pour décomposer le mouvement du cheval au galop?

De nos jours, c'est considéré comme une évidence et tout cours de dressage nous oblige à sentir les battues de chaque membre, tout comme à avoir un galop propre et bien décomposé (voire même un galop lent)

Tous les anciens maîtres de dressage (Baucher, Xénophon, Général l'Hotte etc.) ignoraient-ils vraiment le mécanisme le galop? J'avoue avoir beaucoup de mal à le concevoir, car il suffit de demander à un néophyte d'observer un cheval qui galope tranquillement pour qu'il en donne le mécanisme au bout d'un certain temps.

PS : mon interrogation ne porte pas sur l'art équestre avec ses codes de représentation qui pouvaient aller sciemment à l'encontre de la réalité.

eleonore :
Le 16/11/2011 à 19h41

C'est pertinent, en effet. L'erreur ne portait effectivement pas sur le galop rassemblé,même si parfois les gravures restent un peu ambigues, mais sur les galops de course, je pense, la vitesse donnant des illusions d'optique.

valren :
Le 21/03/2012 à 00h22

Bonjour, pour le mécanisme du galop, je crois me souvenir que Carl Vernet représentait des mouvements assez réalistes un siècle avant les photos de Muybridge.

Article publié le 02-11-2011

Postez un commentaire !

Prénom (requis)

Email (requis)

Votre commentaire