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Comprendre la dissymétrie

Par Pierre Beaupère, Cavalier professionnel et Professeur de dressage.


N°26 Novembre 2011
11 Commentaire(s)
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Continuant sa grande étude sur la rectitude commencée le mois dernier (voir CS N°25) Pierre Beaupère explique aujourd'hui les causes et les mécanismes (naturels ou induits) qui conduisent un cheval à travailler dans la dissymétrie. C'est la bonne compréhension de ces phénomènes qui nous aidera à les corriger -et permettra au cheval de travailler dans la rectitude, que Pierre estime être la clef de voûte d'une équitation "anatomiquement correcte", respectueuse de l'intégrité physique du cheval.

1. L'origine de la latéralité

Le cheval n'est pas un poisson

On a énormément discuté de l’origine de la dissymétrie des chevaux. De nombreux auteurs ont affirmé (et certains l’affirment encore) que celle-ci était due à la position du poulain dans le ventre de la mère, qui provoquerait un développement musculaire qui ne serait pas identique du côté gauche et du côté droit de l’animal.

Il est aujourd’hui admis par la plupart des scientifiques que la dissymétrie vient du fait que le cheval peut être, comme nous, droitier ou gaucher, ce qui est une caractéristique des mammifères puisqu’ils possèdent un cerveau à deux hémisphères.

«Contrairement à ce que certains entraîneurs et moniteurs disent parfois, le cheval droitier est celui qui se couche à droite et tire la rêne droite ou résiste au pli de ce côté»

On dit souvent que le malheur des chevaux est qu’ils ont des réflexes plus rapides que les humains qui les montent. Ou qu’ils ont un comportement de proie et qu’il nous est difficile de les comprendre car nous sommes par nature des prédateurs. Je pense qu’un des autres malheurs de nos pauvres chevaux est qu’il nous est extrêmement difficile de transposer notre station verticale et ses effets à un animal en station horizontale. Pourtant, si nous parvenions à imaginer les effets de notre propre latéralité (le fait que nous soyons droitiers ou gauchers) au cheval, nous serions en mesure de comprendre beaucoup mieux ce que nous ressentons une fois assis sur le dos de notre monture. C’est ce que nous allons donc faire maintenant…

Et dans la mesure où la proportion de chevaux droitiers et gauchers semble la même que celle que l’on rencontre chez les humains (ce que montrent non seulement les études sérieuses mais aussi les études biomécanique et qui va à l’encontre de bien trop d’auteurs prétendant que la plupart des chevaux sont gauchers !), nous allons principalement présenter des dessins de chevaux droitiers.

C’est parti !

Tiens ton stylo correctement !

  • Qu’est-ce qu’un humain droitier ? (sans détails, physiologiques ou neurologiques).
  • C'est humain qui utilise de préférence sa main droite (j’aime garder les choses simples !)
  • Qu’est-ce qu’un cheval droitier ?
  • Exactement la même chose ! C’est donc un cheval qui va utiliser de préférence son antérieur droit.
  • Si vous êtes droitier et que vous trébuchez, avec quelle main allez-vous vous rattraper ? La droite, avec beaucoup de chances. C’est exactement ce que fait le cheval droitier, qui tire la rêne droite. Je tiens d’ailleurs immédiatement à préciser pour la bonne compréhension que, contrairement à ce que certains entraîneurs et moniteurs disent parfois, le cheval droitier est celui qui se couche à droite et tire la rêne droite ou résiste au pli de ce côté.

Maintenant isolez-vous, car il vaut mieux que votre famille ne vous voie pas dans cette position pour éviter que vous passiez pour fou ou folle. Mettez-vous à quatre pattes. Si vous êtes droitier (-ère), vous devriez déjà sentir que vous placez plus de poids sur votre main droite et donc sur votre épaule droite. Si ce n’est pas le cas naturellement, chargez un peu plus votre bras droit. Que sentez-vous au niveau des genoux ? Que votre genou gauche est légèrement moins appuyé sur le sol que votre genou droit.

Illustration
Les pourcentages sont donnés uniquement pour faciliter la compréhension et ne représentent bien sûr aucune vérité scientifique.
Tous les croquis sont par Pierre Beaupère et inspirés, pour les vues aériennes, des illustrations du livre « Straightening the crooked horse » par Gabriele et Klaus Schöneich, aux Editions Trafalgar Square. © P.Beaupère

Vous voilà donc à égalité avec votre cheval…

2. La dissymétrie en mouvement

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11 commentaire(s) »

zaude :
Le 15/11/2011 à 09h39

intéressant.... mais ensuite?!!!

pinpin :
Le 16/11/2011 à 13h43

Comprendre la dissymétrie
Bravo pour les deux premiers articles de Pierre sur la rectitude du cheval et la dyssémétrie. Ses explications intéressantes sont claires et précises.
Pierre nous permet d'avoir une réflexion sur les sujets qu'il nous propose. Merci encore.

Ma réflexion sur ce dernier article est la suivante :

Le cheval peut être, comme nous, droitier ou gaucher, ce qui est une caractéristique des mammifères puisqu’ils possèdent un cerveau à deux hémisphères.
J'adhère totalement à cette explication scientifique.

Je peux bien entendre et comprendre l'explication de Pierre.
Mais, en fait, ne peut-on pas penser que le problème est encore un peu plus complexe ?
Que constate t-on sur le poulain droitier par son cerveau qui est resté onze mois dans le ventre de sa mère incurvé à gauche ?
L'opposé est aussi à considérer le gaucher incurvé à droite.

Je pense ne pas faire d’erreur en disant que cette position n'est pas identique chez l'humain, en effet, la position fœtale reste pratiquement idéal avec la colonne vertébrale qui reste sans ou avec peu d'incurvation latérale.

Notre poulain cité ci-dessus aura t-il une musculature homogène à la naissance ?
Sa locomotion n'est t-elle pas perturbée ?
Pourra t-on déduire un type de travail qui améliorera son "état" de cheval doublement asymétrique ?
As t-on des informations ou observations scientifiques sur ce sujet ?


Pour ma part je préfère ne pas trop raisonner et ne pas trop agir en scientifico-biomécanicien mais plutôt chercher à ressentir le cheval dans son ensemble et corriger par petites touches les quelques imperfections que l’ "humain" que je suis considère comme gênantes pour faire évoluer le cheval vers une attitude ou vers une posture en adéquation avec un besoin correspondant à une discipline équestre.

J’espère ne pas avoir trop perturbé les lecteurs
Impatient de lire la suite

jolycoeur :
Le 20/11/2011 à 01h23

Très interressant, effectivement ce "point de vue" m'était inconnu. Cependant je me pose les memes interrogations que "pinpin". Du coup, j'suis un peu dans le flou...

educaval :
Le 20/11/2011 à 09h05

Je ne sais pas si l'on aura un jour une réponse sur les conséquences chez le cheval en mouvement de la manière dont il est placé dans le ventre maternel.
Ce qui me semble important dans le travail d'éducation du cheval, c'est le ressenti que l'on a de la dissymétrie (naturelle à tout être vivant), ressenti qui est le résultat de ce que l'on peut conclure quand on voit le cheval en mouvement sur le droit et sur le cercle et de ce que l'on sent dans le jeu musculaire lorsque l'on est à cheval.
Et ce n'est pas un hasard si dans la maxime "calme, en avant, droit", le mot "droit" (en tant que rectitude et symétrie parfaite du cheval) vient en dernier, car un cheval droit est la chose la plus difficile à obtenir( cheval droit: cheval qui pousse également également de ses deux postérieurs, qui crée de lui même une connexion identique sur les deux rênes. Si tant est que l'on puisse y parvenir, de la même manière qu'un ambidextre sera toujours légèrement plus à l'aise d'un côté que de l'autre. Atténuer la dissymétrie , oui; la faire disparaître, pas aussi sûr que cela.
Mais les arguments de PB sont indispensables à la compréhension de la dissymétrie et à l'élaboration d'un programme gymnastique d'éducation du cheval.
Yves KATZ.

thierryfuss :
Le 21/11/2011 à 07h37

Sans préjuger de l’influence de la position fœtale sur la latéralisation du cheval, on peut, en première analyse, constater qu’un organisme dissymétrique à des chances de fonctionner spontanément de manière dissymétrique.
En effet l’organisation des organes internes ne se fait pas selon une symétrie gauche droite stricte : c’est le cas des organes impairs tels que le cœur, le foie, l’estomac et les intestins mais aussi des organes pairs tels que les poumons, les reins, les ovaires et les cornes de l’utérus.
De plus, les neurosciences nous apprennent que le fonctionnement de l’organisme n’est pas symétrique avec par exemple le fait que les cerveaux gauche et droit ont des rôles différents, et que les réactions de fuite face à un danger chez le cheval sont latéralisées.
A cela il faut ajouter les anomalies morphologiques et fonctionnelles congénitales ou acquises et enfin dans le cas du cheval en tant que touche finale le cavalier, son équitation et…ses propres dissymétries (pour ma part je suis mieux (je ne veux pas dire meilleur mais cela me vient plus spontanément !) au galop à main gauche).
Gaucher ou droitier, quand cela se décide-t-il ? La première fois que l’on accomplit un acte où il faut choisir un côté ? Première tétée, Premier galop ? Quel antérieur en avant pour brouter ? Etc
A priori on a une chance sur deux mais de fait les dés sont pipés…
Bon cela ne résout rien ? Attendons le prochain article de Pierre…

pinpin :
Le 21/11/2011 à 13h16

Deux avis trés intéressants, attendons la suite de PB merci à vous

viviane :
Le 21/11/2011 à 17h54

Après avoir fait plusieurs recherches au cours de mes lectures, je comprends enfin clairement pourquoi cette dyssymétrie entraîne pour mon cheval des problèmes des deux côtés: difficultés à travailler à gauche, où les membres latéraux plus faibles doivent soutenir le poids dans les incurvations (mais, incurvation plus facile qu'à droite), et tendance à courir à main droite, tout en ayant du mal à s'incurver.

J'attends la suite avec impatience!!

mylittlepilou :
Le 24/11/2011 à 13h43

Merci pour cette série d'article, j'ai enfin l'impression qu'un énorme puzzle se met en place, je commence enfin à comprendre le pourquoi du cheval traversé, de la rêne plus dure, des dérobades toujours du même côté et je commence à voir quel côté il aura plus ou moins facile. Si tout les enseignants pouvaient apprendre cette théorie cela éviterait pas mal de problèmes et de déception. J'en paie les pots cassé, car je me rend compte que j'ai laissé mon cheval se traverser vu "qu'il était fait comme ça" et insidieusement il a forcé sur son antérieur droit qui maintenant a fini par claquer... Si j'avais su... Le tout est d'apprendre de ses erreurs, merci donc de nous éclairer!

lesbrejoires :
Le 25/11/2011 à 13h52

On pourrait bien sûre développer sur telle ou telle théorie mais je pense que l'objectif (si il en est un!)de PB est de réveiller les consciences parce si l'on est dans la compréhension des choses nos réactions envers le cheval devienne un peu plus fondées. C'est essentiellement l'imconpréhension qui provoque des réactions de force.
Savoir c'est accepter les défauts et se donner les moyens de les corriger avec le temps nécéssaire.
al

florencec :
Le 07/12/2011 à 02h27

Merci à PB pour cet article très intéressant (comme d'habitude), et bravo pour son courage à s'attaquer à un tel sujet!

gabian :
Le 08/01/2012 à 21h42

Oui, nous autres humains avons certainement l'air un peu "bête", à quatre pattes dans notre salon à essayer de reproduire les sensations d'un cheval dans sa latéralité .. exercice néanmoins très instructif : après avoir failli finir plusieurs fois le nez dans le carrelage en voulant avancer mon antérieur droit (pardon, mon épaule droite), je comprends désormais pourquoi mon cheval, clairement droitier, a toujours tendance à plus ou moins dévier vers la droite lors des départs depuis l'arrêt.

Article publié le 12-11-2011

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