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Philippe Jacquelin : “Le Barbe doit regagner sa place dans l’instruction”

Philippe Jacquelin, éleveur de Barbes et président de l’Association Française du Cheval Barbe, répond aux questions de Cheval Savoir.
Philippe Jacquelin
Philippe Jacquelin

Cheval Savoir : On a coutume de différencier trois types de barbe : de la limite nord du Sahara, des plaines, des montagnes… Pouvez-vous nous donner des precisions ?

Philippe Jacquelin : on peut effectivement considérer qu’il y a trois principaux types, mais il existe des variations dans chaque type et des exceptions !
Le Barbe des plaines litttorales riches est un cheval bien développé physiquement, mais moins proche du type original, de par sa taille plus élevée et ses tissus moins denses.
Le Barbe des montagnes, un peu plus petit, au pied particulièrement sûr, est d’un type compact comme tous les chevaux de montagne, avec parfois un peu trop d’os ce qui confère à certains sujets un type manquant d’élégance. Néanmoins, côté marocain, sur les montagnes qui jouxtent l’Algérie, il y des chevaux légers et agiles que j’adore !
A l’extrême sud des pays du Mahgreb, surtout en Tunisis, on trouve une variété de barbes ayant plus d’air sous le ventre que la moyenne, et des os relativement fins ce qui leur confère des allures de Sloughi ! Est-ce le type le plus apte à la course d’endurance ?
Enfin, le Barbe de hauts plateaux est le plus intéressant et le plus polyvalent. C’est le plus proche du type originel conservé dans sa forme ancienne, car c’est celui qui le moins subi l’éventuelle influence des chevaux européens.

Le cheval Barbe
Cliquez pour zoomer © Coll. Philippe Jacquelin

C.S : On voit dans votre élevage des sujets “de couleur”. Les robes palomino ou pie-sabino sont-elles désormais admises au standard ?

Ph. J. : Elles sont très rares, certes, mais elles font authentiquement partie du patrimoine génétique de la race. Ces robes ont d’ailleurs toujours existé chez le cheval ibérique, issu du Barbe. En Tunisie on peut rencontrer quelques bais de très bonne conformation vers Kairouan, les quelques palominos et isabelles que j’ai rencontré vers Ghardimaou, et ailleurs, cet arabe-barbe pie découvert il y a presque vingt ans au club hippique jouxtant l’hippodrome de Kassar Said avec mon ami Jean-Yves Bonnet, et retrouvé des années plus tard au club hippique de Sidi Thabet à côté des Haras. Comme l’Algérie, riche en chevaux est boudée par le voyageur n’osant la plupart du temps, à tort, s’aventurer vers l’intérieur, le touriste cavalier passe ainsi à côté des merveilleux chevaux de Tébessa et de Constantine et aussi de ceux de Tiaret, jumenterie d’Etat, où j’ai eu le plaisir d’admirer quelques rares poulains de robe pie et non loin de là quelques jeunes chevaux de la même robe utilisés par le club hippique installé dans les écuries de l’armée aux portes de la ville. Au Maroc brillent sous le soleil des chevaux, pour la plupart arabe-barbe, aux robes palominos ou isabelle, des noirs de jais. J’ai eu aussi le plaisir de « dénicher » quelques rares crèmes, un cremello et même quelques sabinos. Nous ne pouvons aujourd’hui éliminer ces richesses.

C.S : Quelle est la place du cheval barbe dans la course d’endurance ?

Ph. J. : Le Barbe est par essence un cheval endurant, habitué à l’effort en tout terrain, mais il n’a pas la vitesse du pur-sang arabe. Les règlements actuels des épreuves d’endurance sont basés sur la vitesse, avec de longs temps de repos. Ces repos obligatoires rendent d’ailleurs très fictive la notion de vitesse “moyenne”. Si les épreuves d’endurance étaient organisées sur une semaine, sans temps de repos obligatoires (ce qui n’exclut pas les contrôles vétérinaires bien entendu), le Barbe occuperait vraisemblablement le haut du tableau…

C.S : Les courses d’endurance existent-elles dans les pays du Mahgreb ?

Ph. J. : Les épreuves d’endurance existent déjà en Tunisie (grâce à l’équipe du Pr Ahmed Chabchoub) et en Algérie grâce à l’équipe de Youssef Hamadache. Le Maroc s’éveille à l’endurance grâce à René Chambon (dont le nom n’est évidemment pas inconnu en France !) et nous attendons que des épreuves d’entraînement soient organisées aux quatre coins de ce pays. Ceci permettra certainement de découvrir les régions où l’on trouve d’excellents chevaux d’endurance

C.S : Comment voyez-vous l’avenir de la race ?

Ph. J. : Il s’agit d’un cheval polyvalent, qui devrait être de mieux en mieux connu et apprécié pour ses aptittudes variées, notamment au niveau des loisres, de l’attelage, de tradition, des discipilnes d’extérieur. Je pense que c’est également un remarquable cheval d’instruction : le barbe est polyvalent, il sauté et saute même très bien, il a un caractère en or, il est sécurisant pour les élèves…

C.S : Le prix d’achat d’un barbe est élevé pour un centre équestre...

Ph. J. : Le Barbe est certes plus cher à l’achat qu’un quelconque cheval « à réclamer » sur un champ de course. Mais la rusticité de ce cheval solide et très facile d’entretien mériterait que l’on se penche sur la rentabilité réelle qu’il peut apporter : sa frugalité permet de lui donner des rations énergétiques bien moindres de celles que nécessite un selle-français ou un trotteur. Sa rusticité, sa solidité, la qualité de ses pieds réduisent aussi son coût d’entretien. En outre, sa longévité et se robustesse permettent d’amortir son achat sur de longues années, ce qui n’est pas le cas des chevaux achetés à bas prix, qui doivent être remplacés fréquemment. Or nous savons tous que les changements de chevaux dans une reprise sont source de dangers, et de lassitude pout les élèves qui ont toujours un peu d’appréhension (souvent justifiée) face à un « nouveau cheval ». Le Barbe est également sécuritaire car il est sociable avec ses congénères. Il n’est que de se souvenir des remontes en petits barbes tous entiers, qui tournaient sans le moindre problème dans les cetnres équestres de l’immédiat après-guerre.

L’argument économique n’est donc pas réaliste si l’on fait un calcul à moyen terme; et de toute manière, la sécurité a un prix. Ou plutôt, elle n’a pas de prix…

Propos recueillis par Laetitia Bataille

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