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Equitation et science : où sont les pièges ?

Par Frank O. Ödberg, professeur émérite des Universités de Gand (UGent) et de Bruxelles (VUB).


N°30 Mars 2012
4 Commentaire(s)
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Devant les nombreux commentaires suscités par les différents articles scientifiques publiés ces derniers mois dans Cheval Savoir, nous avons demandé à notre conseiller technique Frank Ödberg de bien vouloir nos donner quelques pistes de réflexion et apporter les mises au point nécessaires pour une meilleure -et surtout plus exacte- appréciation des travaux scientifiques se rapportant à l'équitation.
En effet, ces recherches menées sur un animal, et dans un contexte comportant des cultures équestres très différentes, peuvent comporter quelques pièges.
Le Professeur Ödberg

Il arrive malheureusement assez souvent que les études effectuées au sein du monde scientifique qui s'intéresse à l'équitation, souffrent du fait que des gens compétents en science ont une connaissance parfois limitée des finesses de l'art équestre. Il n'en reste pas moins qu'une étude effectuée par des gens combinant bien les deux peut s'avérer très utile pour justifier ou invalider certaines pratiques, car il faut bien se souvenir que la connaissance empirique peut être exacte, mais qu'il y a aussi des habitudes erronées qui persistent.
 

Une deuxième raison pour ne pas rejeter a priori la science est que trop d’instances officielles actuelles, dans plusieurs pays, sont responsables du nivellement par le bas des compétences équestre des pratiquants, observé depuis plusieurs décennies.

Type d'équitation
Les études scientifiques sont en général menées à partir du type d'équitation pratiquée en compétitions de dressage de haut niveau. les mesures ainsi obtenues ont tendance à constituer une norme. © Dirk Caremans/FEI

Ces instances officielles sont de plus en plus prises entre deux feux : d'une part les critiques du public plus cultivé et soucieux du bien-être du cheval, et de l’autre les intérêts financiers du sport de haut niveau. Elles hésitent à prendre des mesures sans l’aval de données scientifiques, ce qui confère à la Science une grande responsabilité. Evidemment, le cheval n’échappe pas aux dangers liés aux rapports entre la science et le bien-être des animaux en général, car il faut être conscient que la science peut être manipulée de plusieurs façons.

«Les critères qui président au choix des études, et des méthodes et matériels à exploiter, doivent être aussi éloignés que possible des modes passagères»

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4 commentaire(s) »

eleonore :
Le 23/03/2012 à 09h57

Excellent! Merci pour cet éclairage d'un grand scientifique. C'est vraiment agréable de pouvoir compter sur des esprits intelligents fiables et honnêtes pour répondre aux questionnements de vos lecteurs. Merci.

gnourf :
Le 23/03/2012 à 11h32

Tout comme Eleonore, je salue l'éclairage scientifique de cet article. Pour abonder en ce sens, j'insisterai sur les biais introduits par le mot "science".

- Pour rappel, et quelle que soit la discipline, la science est une méthodologie de travail (et non une somme de connaissances, comme souvent la confusion est faite). Elle permet d'établir des protocoles d'expérimentation dont on tirera des résultats. Ces résultats permettront d'établir une théorie, qui n'aura de validité que jusqu'à l'obtention "scientifique" de résultats qui la contredise. Le monde de la science se construit donc autant d'élaborations (étayées) de théorie qui suscitent des analyses et des débats par les pairs.
J'ai donc été très agréablement surprise par la qualité scientifique des commentaires à l'article sur le raccourcissement des rênes, car les lecteurs relevaient à juste titre les limites du protocole expérimental, et ainsi les limites des conclusions qu'on peut en tirer (sans remettre en cause pour autant le travail effectué qui, comme le souligne F.Ödberg, ne sera pas perdu pour autant).

- Dans l'utilisation courant, le mot "science" donne à un sujet une aura de véracité. Pour peu qu'on saupoudre un discours de titres prestigieux, de termes compliqués et du champ lexicale de la science, le grand public a tendance à prendre ce discours pour la vérité-vraie-unique-universelle-et-incontestable.
Par exemple, il suffit que quelqu'un se présente comme scientifique (vétérinaire...) ou praticien internationalement récompensé pour que son avis fasse référence.

Au final, c'est à chacun de développer son esprit critique et de confronter les informations reçues.

Pour réagir à l'article, il ne me semble pas nécessaire d'avoir des connaissances équestres pour développer une approche scientifique. Au contraire, je dirais même qu'un néophyte complet en équitation sera plus à même de développer un protocole expérimental car il aura plus tendance à découper chaque paramètre et sera moins influencé par ce qu'un équitant pourra considérer comme acquis. Par exemple pour mesurer la tension des rênes, l'équitant proposerait directement "quand le cheval est sur la main", alors que c'est un état très difficile à définir de manière unique, indépendamment du cheval et du cavalier. Le néophyte proposerait peut-être dans un premier temps de corréler la tension des rênes à l'angle du chanfrein. Puis il pourrait le corréler avec la distance entre les traces des antérieurs et des postérieurs. Ce ne sera qu'au bout de longues de fastueuses mesures qu'on pourra (éventuellement) conclure scientifiquement sur la tension des rênes en fonction de l'engagement du cheval.

nellyvalere :
Le 26/03/2012 à 12h11

Vous avez raison,Gnourf,de signaler l'intérêt de l'attitude du néophyte: c'est tout l'intérêt du Candide qui voit les évidences dépouillées de toute connaissance, évidences qui échappent aux connaisseurs parfois empêtrés dans leurs savoirs forcément incomplets et/ou orientés. Ce ne sont pas ces "Candides" qui mettent en oeuvre les protocoles scientifiques,certes, mais votre idée pourrait alimenter des esprits en quête de pertinence et de juste investigation en matière de recherche...
Par ailleurs, je tiens à rendre hommage à la ténacité avec laquelle Frank Odberg s'applique à signaler les dangers de prendre l'équitation de compétition actuelle comme champ de recherche: il a été lui-même cavalier de compétition de dressage avec succès, et s'est ensuite tourné vers l'équitation baroque grâce à l'éthologue française Marie- France Bouissou qui avait choisi le Commandant de Padirac pour maître d'équitation. Cette équitation lui a montré un meilleur visage pour ce qui était du bien-être animal, et il a eu l'occasion de signer des articles en ce sens. Membre d'Honneur de l'ISES en compagnie de Jan Ladevig(Danemark) et Hilary Clayton (USA), il milite pour cet art équestre au nom du respect du cheval, tant sur le plan biomécanique que sur le plan du mental.
J'en profite pour signaler que l'ISES a prolongé la date butoir au 31 mars pour le dépots de résumés de communication en vue de la prochaine Conférence qui aura lieu à Edimbourg en juillet prochain: avis aux candidats!

eleonore :
Le 26/03/2012 à 12h31

Si je comprends bien, le danger de prendre l'équitation de compétition actuelle comme champ d'investigation est au moins double: danger d'instituer cette forme d'équitation en tant que norme, donc modèle à suivre, ce qui risque de fausser l'objectif établi par le règlement initial de la FEI (transmettre intact...article 401 je crois)mais aussi en donnant de fausses pistes de recherche sur des problèmes générés par une équitation qui peut s'avérer délétère, nécessitant de se mettre en quête de nouveaux procédés ou de nouveaux artifices. A mon avis, faire de la recherche sur cette équitation ne devrait donc pas être exclusive de celle qui a mis 5000 ans à se codifier, mais au contraire permettre de valider la meilleur approche, quelle qu'elle soit, ancienne ou contemporaine.

Article publié le 22-03-2012

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