Les champions de Windsor : le regard du Colonel Christian Carde

Juge international FEI
Ancien Ecuyer en Chef du Cadre Noir
Comme il m’est instamment demandé de donner mon impression sur les championnats de Windsor, sujet très sensible, je ne le fais que par passion pour cette discipline et les chevaux et en raison du poids considérable dont pèse la compétition sur le devenir du Dressage.
Le spectateur non averti, et même l´aficionado du Dressage en général, auront sûrement trouvé leur compte lors de ces championnats. Ils auront vu de beaux chevaux, aux allures exceptionnelles pour certains, montés par de très bons cavaliers, évoluant de façon spectaculaire. Les notes obtenues ont battu tous les records puisque atteignant des moyennes supérieures à 90 % ce qui ne s´était jamais vu. Et les juges étaient d´accord, ce qui n´est pas toujours le cas. Alors que demander d´autre?
Comme la France s'est classée dernière par équipe, on pourrait interpréter mon propos comme la réaction de dépit d´un mauvais perdant qui jouerait les empêcheurs de tourner en rond. Sans doute mieux vaudrait-il jouer profil bas.
Pourtant plusieurs voix se sont élevées pour manifester leur peu d´enthousiasme. Essayons de les comprendre.
Deux réflexions me viennent à l´esprit.
Si ce qui nous est donné de voir est plaisant, cela se fait-il bien toujours dans l´esprit qui a présidé à la naissance de la compétition de Dressage ? Celle-ci, on s´en souvient peut-être, avait été mise sur pied pour mettre fin à certains désordres qui altéraient les concours à leurs débuts. On avait alors investi la compétition de la prestigieuse mission de "préserver l´art équestre des altérations qu´il pourrait subir, pour le transmettre intact aux générations à venir". Et c´est toujours officiellement son rôle puisque cela continue à figurer à l´article 419 du règlement FEI. Est-on toujours dans l´art équestre? Voilà qui peut être discuté. On peut en douter à voir certaines prestations de nos grands champions dont les chevaux aux mouvements parfois extravagants sortent de piste trempés de sueur, l´avant main et les membres antérieurs couverts d´une abondante salivation produite par des muserolles serrées à l´excès. A voir ces chevaux fortement tenus sur des rênes exagérément tendues, dont l´un, parmi les plus titrés, n´a pu s’immobiliser en fin de reprise que par une brusque et forte torsion à droite de son encolure. Pourtant l'article 401 du règlement FEI, par 5 fois, appelle à l´harmonie…
Un "athlète heureux" ?
Et ce même article a reçu récemment un ajout surprenant. Il prescrit désormais que le Dressage bien conduit doit faire du cheval un "athlète heureux". Qui pourrait s´offusquer de cette précision?
Alors si doute il y avait sur l´état de béatitude dans lequel devait baigner l´animal lors de l´élaboration de ce chef d´oeuvre qu´est le cheval olympique, il suffirait que nos champions nous expliquassent par le menu et nous montrassent, photos et vidéos à l´appui, comment ils étaient parvenus à cet exploit. L'affaire serait entendue et tout le monde serait d´accord.
Je pense cependant que ceci n’est pas bien réaliste et que les concours de Dressage, tiraillés entre sport et art, continueront à vivre dans l´ambiguïté, celle dont on peut craindre que "l´on n´en sort qu´à son détriment."

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