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Présidentielle 2012 : les questions qui dérangent

Laetitia Bataille

Comme à chaque échéance électorale, la Fondation Trente Millions d'Amis (qui édite notre confrère, la revue du même nom) a interrogé tous les candidats pour mesurer l’engagement de chacun d'eux et leur volonté de prendre des décisions propres à améliorer la condition animale. Sur le mode : "Si vous êtes élu, prévoyez-vous de..."

Dix sujets : régime juridique de l’animal (aux yeux de la loi, l'animal est un "meuble"), transport et élevage, trafics d’animaux, corrida, expérimentation animale, fourrure, chasse, animaux sauvages dans les cirques, éducation, pouvoirs des services publics en matière de protection animale...

De quoi donner le tournis aux candidats. Aux servitudes de la campagne et face à la crise, voici trente millions d'animaux qui viennent leur compliquer la vie, alors qu'ils ont déjà bien du fil à retordre avec les bipèdes revendicateurs dont ils briguent les suffrages.

Pourtant, la plupart des candidats ont répondu de bonne grâce -même si Marine Le Pen, Jacques Cheminade et Jean-Luc Mélenchon ont rendu leur copie bien après la date butoir. La Fondation, belle joueuse, a tout de même rajouté leurs contributions, en précisant par honnêteté : "Réponses reçues après publication des réponses des autres candidats".

Mais imaginons un instant la perplexité des aspirants à l'Elysée devant cet habile questionnaire. La tauromachie ? Si je suis pour, je me mets à dos une partie des amis des animaux ; si je suis contre, c'est presque toute la moitié sud de la France qui vote contre moi ! Et chacun de se retrancher derrière la "diversité culturelle des différentes régions de France et de leurs traditions".

Mais il y a pire (pour les candidats sur la sellette) : le chapitre "transport et élevage" recouvre toute une série de choix fondamentaux et difficiles, en matière de production, d'agriculture, d'écologie. Avec, en filigrane, la question qui dérange : abattage rituel ? Et avec quelles obligations ? Là encore, les réponses sont à base de mots mots fourre-tout comme "valeurs" (républicaines) et "respect" (des différents cultes).

Une des clefs de cette question de l'abattage rituel ne se trouve pas dans la bouche de nos "présidentiables", mais par exemple dans le Coran. Qui est très clair sur ce point : toute souffrance animale inutile doit être bannie. C'est expliqué à longueur de pages dans un remarquable petit bouquin (en anglais) "Le bien-être animal dans l'Islam"*, d'où il ressort clairement que l'animal doit être rendu inconscient avant d'être abattu. Le reste du problème -qui mange quoi ? étiqueté ou non ? -n'est plus du ressort de la protection animale.

En revanche, l'hippophagie, elle, n'a pas fait l'objet d'une question à part dans le sondage de la Fondation TMA. Sans doute ce sujet pouvait-il être abordé par les candidats dans la question "transport et élevage". Ils n'en ont pas soufflé mot. La France, comme quelques pays, consomme encore allégrement du cheval. Avec l'idée qu'il n'est pas plus mal de manger du cheval que du boeuf (c'est très gentil aussi, une vache...) Pourtant, plusieurs Etats des USA interdisent l'hippophagie. Il doit y avoir une raison. Elle n'a pas encore fait très clairement surface dans notre pays...

Car comme nous l'apprend le dossier d'Amélie Tsaag Valren que nous publions ce mois-ci sur le cheval Ardennais, des associations naissent régulièrement en France pour promouvoir, notamment, "le poulain élevé dans les Ardennes, à traçabilité garantie" ou encore "le poulain laiton comtois". Le poulain AOC, en somme. Tendre. Heureusement, pour sauvegarder nos races de trait, notre collaboratrice propose d'autres pistes que la sinistre filière bouchère...

Dans cette élection présidentielle si cahotique, que le meilleur gagne... et sache légiférer avec sagesse pour le plus grand bien du cheval et de toutes les créatures de notre pauvre et si petite planète -si malmenée...

* Livre : Animal Welfare and Islam, par Al-Hafiz Basheer Ahmad Masri.
Co-édité par Compassion in World Farming et The Islamic Foundation, Grande-Bretagne.

Pour lire l'intégralité des réponses au sondage Trente Millions d'Amis :
www.30millionsdamis.fr/presidentielle2012.html

Photo de couverture : Fotolia

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4 commentaire(s) »

corex :
Le 30/04/2012 à 08h29

L'hippophagie est un sujet tabou en France!
Mais combien de chevaux finissent abandonnés dans les près ou simplement négligés par un Propriètaire qui n'a plus les moyens, ou simplement le temps de s'en occuper!
Les associations sont débordées, voir ruinées, et comptent sur quelques gentils particuliers, qui finissent eux aussi par s'apercevoir de la lourde tâche qui les incombe!
Alors qu'il y a une solution, comme en Suisse...

valren :
Le 05/05/2012 à 09h54

Bonjour Corex, je me permet de vous répondre concernant l'hippophagie.

Un jour, un bon ami m'a dit qu'il y a trois sujets à ne surtout jamais aborder avec quelqu'un qu'on rencontre pour la première fois : la politique, la corrida et l'hippophagie. Ceci dit, je ne pense pas que le sujet soit tabou en France, il y a régulièrement des articles (de journalistes et même d'universitaires comme Bernadette Lizet) à ce propos.

Tous les spécialistes ou presque s'accordent pour dire que la baisse de consommation de viande de cheval est inéluctable et que l'hippophagie va peu à peu disparaître de ce pays sans avoir besoin d'entreprendre la moindre action. Le plus urgent n'est donc pas, comme le font certaines associations de protection, de stigmatiser les mangeurs de chevaux, mais avant tout de trouver des solutions pérennes pour financer les mises à la retraite (comme par exemple un prélèvement sur chaque heure d'équitation en club, comme cela a été intelligemment suggéré par un collaborateur de la revue ! ... ou alors une taxe sur les paris sportifs, quand je sais que la filière course soutient l’interprofession de la viande chevaline via un fonds créé spécialement... ça me révolte.)

J'ai encore vu il y a quelques jours un poney abandonné au fond d'un pré, le dos couvert d’œufs d'insectes et de vers, les pieds pas parés depuis au moins cinq ans, le poil long, emmêlé et tout terne.



educaval :
Le 05/05/2012 à 17h27

Il faut tout de même reconnaître que la consommation d viande de cheval a permis de maintenir l'élevage de certaines races de trait... Il serait donc bon, à une époque où effectivement cette consommation baisse, de réfléchir à de nouveaux débouchés pour que le potentiel génétique de ces races ne disparaisse pas.
Par ailleurs, il faut veiller à bien encadrer les mises à la retraite, l'exemple donné par Vairen d'abandon de cheval au fond d'un pré étant plus fréquent qu'on ne le pense.Il ne suffit donc pas de financer es retraites, il faut aussi penser à développer les qualités d'homme de cheval, respectueux de son compagnon et responsable du bon entretien de ce dernier. Yves KATZ,BEES2

valren :
Le 05/05/2012 à 19h09

Bonsoir, en voulant vous répondre j'ai par erreur glissé sur la mauvaise case avant de voir que je n'étais pas connectée, en espérant que ça ne pose pas de problème :/

Effectivement, l'hippophagie a sauvé les races de trait jusque dans les années 70, mais à l'arrivée des années 90, la sélection "au poids" a complètement fermé le marché de du loisir, d'où les importations de Percherons américains... le potentiel génétique a peut-être été plus ou moins sauvé, mais niveau potentiel physique, c'est une vraie catastrophe.

Entièrement d'accord sur l'encadrement des mises à la retraite. Sans tomber dans des surveillances généralisées façon adoption d'enfant, peut-être que l'organisation de petites rencontres séminaires dans les régions où l'on trouve beaucoup de chevaux aiderait les personnes de bonne foi à mieux savoir comment accueillir un vieil équidé.

Article publié le 21-04-2012

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