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Quand le cheval a mal aux dents…

Par le Dr. Vétérinaire Thierry Fuss
spécialiste de dentisterie équine.

N°3 Septembre 2009
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Il est maintenant bien rentré dans les mœurs que le cheval peut souffrir de la cavité buccale, que ce soit spontanément, en mangeant par exemple, mais aussi lorsqu’il a un mors dans la bouche.

Le galop à faux
Quelle que soit la discipline pratiquée (ici, un mors Liverpool d’attelage) le choix de l’embouchure et sa mise en œuvre doivent assurer le confort du cheval. Remarquer ici le « crochet » (canine) qui appuie sur la langue.
© L.Bataille

La douleur dentaire provient du fait que des récepteurs nerveux de la pulpe dentaire sont stimulés. Cette pulpe est entourée par la partie dure de la dent constituée d’émail et de dentine. Elle constitue en quelque sorte la partie vivante de la dent et elle est en relation avec le reste du corps grâce à un orifice à l’extrémité de la ou des racines par lesquels communiquent des nerfs et des vaisseaux sanguins. Ceci permet la nutrition de la dent et la transmission des stimuli nerveux. La différence par rapport à l’homme est que cette pulpe dentaire est très active chez le cheval car elle continue à produire de la dentine, donc une des parties dures de la dent pour compenser l’usure normale de la table de mastication. Ainsi une brèche dans la dent exposant la cavité pulpaire (suite de carie, dent cassée) peut se combler et, si la pulpe reste fonctionnelle, la dent continue à vivre et la douleur disparaît. Dans certains cas cependant la pulpe est atteinte et la dent ne va se manifester que bien plus tard avec un abcès périapical nécessitant des soins lourds. Un examen attentif sous sédation est donc nécessaire pour détecter certaines pathologies peu visibles qui risquent de dégénérer plus tard.

«La croyance selon laquelle les dents du cheval ne sont pas innervées est fausse»

Les dents du cheval sont donc innervées et elles sont ainsi « équipées » pour être à l’origine de sensations, voire de douleurs. La croyance selon laquelle les dents du cheval ne sont pas innervées est fausse. La possibilité de douleur d’origine strictement dentaire existe donc mais en pratique ce n’est pas celle qui se manifeste le plus souvent. Alors que la rage de dent est la pathologie buccale douloureuse sûrement la plus fréquente chez l’homme, on observe plutôt chez le cheval au travail des gênes ou des douleurs plutôt liées aux interactions entre les dents et la muqueuse buccale qui est richement innervée et très sensible (il suffit de se souvenir de ce que cela fait lorsqu’on se mord la langue ou la joue…). Et c’est l’embouchure qui peut être responsable de la plupart des réactions du cheval.

Bien mettre l’embouchure en place

La mise en place et le retrait du mors sont des moments importants dans la séance d’équitation, en particulier chez le jeune cheval et ce pour deux raisons : le choc d’un mors métallique contre une dent peut engendrer une sensation désagréable, voire de la douleur si cette dent est déjà sensible pour une raison ou une autre. En outre il faut surveiller l’éruption des crochets. En effet lorsqu’ils commencent à émerger de l’os, ils restent un certain temps sous la gencive ; celle-ci, lors du passage du mors, peut être pincée entre celui-ci et la dent dont l’extrémité est souvent coupante. Ces crochets émergents ne sont pas visibles mais on peut les repérer en passant un doigt le long de la barre d’avant en arrière par exemple : au lieu de sentir tout le long l’os parfaitement lisse on sent un relief à un endroit. Ces précautions peuvent éviter plus tard des séances d’acrobaties lors de la mise en place du filet…
Une fois le mors en place celui-ci peut provoquer des gênes voire des douleurs lorsque du tissu mou se trouve pincé entre l’embouchure et une aspérité dentaire. En fonction de la sensibilité du cheval on peut avoir une défense facile à identifier lors d’une action de la main souvent d’un seul côté ; cependant parfois on peut avoir un cheval « agacé » qui secoue la tête presque durant toute la reprise lorsque tout mouvement du mors devient gênant, l’origine buccale étant alors moins caractéristique. Les lésions que l’on trouve se situent au niveau de la commissure des lèvres voire un peu plus en arrière à l’intérieur de la joue ; il s’agit de simples petites coupures ou d’ulcères plus importants. Quelquefois chez des chevaux très sensibles on ne voit pas de lésion mais le traitement fait disparaître la gêne.
Le traitement et la prévention consistent à supprimer les aspérités au niveau de la zone ou va reposer l’embouchure. Celle-ci se situe en avant des premières prémolaires. On va donc à l’aide d’une râpe arrondir les faces antérieure et latérale de ces dents, on parle de façonnage du siège du mors (« bit seat »).

Le galop à faux
Les « dents de loup » doivent parfois être supprimées. Ici, il n’y a pas de blessure du palais.
© coll. T.Fuss

Dents de lait, dents de loup : faut-il intervenir ?

Dans certains cas il existe une petite dent en avant de la première grosse prémolaire supérieure, c’est la dent de loup. Elle apparaît généralement vers six mois. Celle-ci se trouve donc à l’emplacement du mors et il convient donc souvent de l’extraire car elle joue le même (mauvais) rôle que les aspérités sur les prémolaires. Cette extraction se fait assez aisément et sans douleur car le dentiste vétérinaire, outre la sédation, réalise une anesthésie locale. A noter que cette dent de loup peut rester un certain temps sous la gencive mais être tout aussi gênante. Un examen attentif de cette zone est donc nécessaire.

«La racine d’une ancienne dent de lait peut rendre douloureuse l’action du mors»

La période de chute des dents de lait est également une période pendant laquelle des gênes peuvent survenir (les anciens parlaient à juste titre de « crise dentaire ») vers deux ans deux ans et demi puis se répète environ un an plus tard. Ces dents lactéales (pour les prémolaires on parle de « coiffes ») possèdent en effet des restes de leurs racines très pointues qui peuvent véritablement piquer la gencive avant leur chute. Une pression sur ces dents lors de la mastication ou lors du travail engendre donc une douleur vive. C’est une cause d’inconfort au travail chez le jeune cheval qui survient assez brusquement et peut durer suffisamment longtemps pour que leur extraction soit nécessaire. On a donc souvent une période où le cheval devient difficile au travail avec en même temps des troubles de la mastication.
On lit parfois que le façonnage du siège du mors ainsi que l’extraction de la dent de loup en prévention ne sont pas nécessaires en l’absence de signes de gêne. Après plus d’une décennie d’expérience en clientèle et par expérience sur mes propres chevaux, force est de constater que les signes d’inconfort liés au mors ne sont pas toujours spécifiques et très visibles. On peut voir par exemple des chevaux présentés comme étant « sans problèmes de bouche » dont le contact avec la main est amélioré par ces traitements préventifs. Le traitement de ces surdents ne présente pas d’inconvénient s’il est réalisé correctement : sédation et râpes électriques permettent un travail de précision au millimètre.
La fréquence des soins dentaires est au minimum de une fois par an pour un cheval au travail, l’idéal étant de pouvoir insérer une visite intermédiaire à 6 mois dans certains cas : problème particulier, jeunes chevaux, chevaux sensibles, haut niveau, etc. Cette fréquence permet également d’avoir des séances de soins bucco-dentaires assez courtes qui, associées à la sédation, évitent les « courbatures » de la mâchoire dues au maintien de la bouche ouverte durant une période trop longue. Le patient est ainsi utilisable rapidement dans de bonnes conditions.
Il est important de réaliser un contrôle bucco-dentaire chez le jeune cheval avant de commencer à le travailler pour faire le diagnostic et le traitement de tout ce qui peut interférer avec la présence du mors.

Le problème provient souvent du côté opposé au pli de l’encolure

Il est utile lors de la séance de dentisterie, profitant que le cheval soit sédaté, de vérifier comment se positionne le mors dans la bouche. On peut ainsi voir comment la muqueuse de la joue vient en contact avec les dents lorsque le mors recule mais aussi comment les parties extérieures (anneaux, aiguilles…) de l’embouchure peuvent pousser la joue contre la face latérale des dents. Ainsi cela peut être du côté opposé au pli de l’encolure que provient le problème… Cela peut également être une aide au choix d’une embouchure et ce n’est pas toujours celle qui semble la plus douce qui est la mieux adaptée. C’est enfin très éducatif pour le cavalier qui peut voir « en direct » les effets dans la bouche de telle ou telle action de main.

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