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Cinéma : le cheval et la mer

Quand le cinéma nous parle des chevaux, des eaux, de l’enfance et de la liberté… Autour de Crin Blanc, le film-culte d’Albert Lamorisse, et du film irlandais Le Cheval venu de la mer, c’est toute une symbolique qui s’exprime dans deux cultures différentes et cependant voisines par bien des aspects…

Chef d’œuvre multi-récompensé du cinéma français, Crin-Blanc est un souvenir impérissable, tant par les images que via sa symbolique. Les premières paroles l'introduisent comme un conte :

« Au sud de la France, là où le Rhône se jette dans la mer, il existe un pays presque désertique appelé la Camargue, où vivent des troupeaux de chevaux sauvages. Crin-Blanc était le chef d’un de ces troupeaux. C’était un cheval fier et redoutable, à qui tous les autres chevaux obéissaient. Il n’aimait pas les hommes et, s’il le fallait, il savait leur faire face… Mais un jour, les hommes décidèrent de le capturer ».

Crin Blanc
Crin Blanc, un film culte du cinéma français

Crin Blanc reste, de loin, l’un des meilleurs films français autour du cheval. Albert Lamorisse, fabuleux explorateur de l'imaginaire, n'avait peut-être pas anticipé la conséquence tragique qu'aurait le succès de son film sur les lieux du tournage. Crin-Blanc change à jamais sa Camargue sauvage en destination touristique prisée. Le succès du film, à une époque où les chevaux-vapeur ont pourtant chassé les cavales de labeur des pavés, s’explique, selon les critiques, tantôt par l'imagination, parfois par la beauté des paysages, et bien sûr par la fascination envers le cheval sauvage. Thèmes que l'on retrouve dans le pendant Irlandais de Crin-Blanc, Le cheval venu de la mer. Réalisé par Mike Newell en 1992, ce film marque lui aussi toute une génération d'enfants, enfants qui (re)découvrent paysages et légendes de leur pays, grâce au talent d'un cinéaste. Les réalisateurs de ces deux films ne se connaissaient probablement pas – ils ont vécu à différentes époques et baigné dans différentes cultures. Pourtant, les histoires qu'ils nous content se ressemblent. Si cheval, enfant, mer et paysages constituent une « recette du succès cinématographique », c'est parce qu'ils font appel à de très vieilles images mythologiques, profondément inscrites dans nos mémoires...

Ces pays sages que l'on a rêvés

« L’amour, c'est toujours emporter quelqu'un sur un cheval »
Le Chant du monde

A cette phrase de l'écrivain et scénariste Jean Giono pourrait aujourd'hui s'ajouter « dans de beaux paysages ». Combien sommes-nous à être fascinés par la Camargue « sauvage et désertique », par ces marais, flamants roses et taureaux noirs ? Combien sommes-nous à voir la région comme un pays de légendes et de liberté, où nous pourrions croiser quelque cavalier ventre à terre, au sein de gerbes d’écume, grâce à Crin-Blanc ? Le Cheval venu de la mer propose le même voyage, dans l'ouest irlandais. Son titre original, Into the West, met d'ailleurs en exergue le mythe du Far West, très présent à travers de nombreuses références.

Les deux films sont tournés durant des périodes de fort développement économique, et les deux contrées montrées sont presque considérées comme exotiques

Si la Camargue est un peu le « Far-West français », ce n'est pas uniquement parce qu'il s'agit de la seule région du pays où l'on puisse croiser des cavaliers travaillant avec le bétail. C'est aussi, et surtout, grâce à ce qu'il y reste de territoires préservés, de paluns finalement aussi rudes qu'un désert américain ou des marais du Connemara. Albert Lamorisse a tout juste eu le temps de voir de délirantes ziggourats modernes s'élever sur la Grande Motte, et des épandages toxiques terrasser les moustiques pour le bonheur des touristes !
Les deux films sont tournés durant des périodes de fore développement économique, Crin-Blanc au début des trente glorieuses, et Le cheval venu de la mer au cœur des années du tigre celtique, correspondant à la modernisation d'une Irlande longtemps restée « le tiers-monde de l'Europe occidentale ». Les deux régions montrées sont presque considérées comme « exotiques » : l'ouest irlandais a pour seule richesse des troupeaux de moutons ; quant à la Camargue, elle est infestée de moustiques et jamais l'idée d'y passer ses vacances ne viendrait à quiconque ! L'ouest irlandais permet encore de retrouver les paysages dont on a rêvé, enfant, dans les films. Quelqu’apprenti arpenteur-de-chemins-buissonniers risque toutefois de déchanter s'il vient chercher en Camargue le pays « presque désertique » que Lamorisse a décrit ! Le tourisme de masse est passé par là.

Crin Blanc et Folco
Crin Blanc et Folco : une histoire d’amitié. Photographie extraite du film.

Ces pays, plus dangereux que sages, ne se parcourent pas en voiture, « embagnolé » sans ressentir le vent iodé du large, comme ils se parcourent à cheval. Depuis sa domestication, le cheval est un lien vivant entre l'homme et la nature. Patrice Franchet d'Espèrey rappelle comme les traités d'équitation traduisent à la fois une « quête du centaure », soit un désir de fusion avec l'animal, et la recherche d'une « maîtrise totale de la part de de l'homme ». Deux sentiments pas forcément complémentaires, l'histoire prouve d'ailleurs que le second l'a plus souvent emporté que le premier.

Dans ces deux films, il n'est question ni de rêne, ni de selles ni de barrières : les chevaux sont les guides, leur volonté supplée à celle de l'homme. Les cavaliers doivent bien souvent leur vie aux extraordinaires capacités de leurs chevaux. Plus que de simples montures, ils deviennent de véritables personnages, suffisamment importants pour donner les titres « Crin-blanc » et « Le Cheval venu de la mer ». Les cavaliers ignorent où leur longue chevauchée finira par les mener. Des côtes du Connemara à l'océan Atlantique, du delta du Rhône à la Méditerranée, la cavalcade tomberait à l'eau ? Pas vraiment. Dans Le Cheval venu de la mer comme dans Crin-Blanc, cette chevauchée mène les enfants... dans un Autre Monde !

Le message codé des deux films

Ce passage n'est pas une évidence dans les deux films : la fin de Crin-Blanc reste ouverte, l'étalon nage en portant Folco entre Rhône et Méditerranée pour gagner « une île merveilleuse où les enfants et les chevaux sont toujours des amis », nous dit Lamorisse. Pour tous les enfants qui ont vu le film, ou quasiment, Folco et Crin-Blanc ne meurent pas : ils vivent heureux, libres et débarrassés de la cruauté et des mensonges. Seuls les adultes voient cette fin comme un dénouement tragique.

Dans Le Cheval venu de la mer, Ossie, le plus jeune des deux enfants cavaliers plonge dans l'océan Atlantique avec sa monture nommée Tir na Nog, qui est aussi le nom du « pays de la jeunesse éternelle » dans les légendes gaéliques. Il rejoint « l'île merveilleuse » de Crin-Blanc... d'ailleurs, le Tir na Nog est vraisemblablement une île ! En se noyant, Ossie voit sa mère, morte voici onze ans en le mettant au monde, lui apparaître brièvement lors d'une vision. Ranimé par son père, il sort de l'eau libéré de ses hantises et de sa peur de l'avenir.

Le Cheval venu de la Mer
L’Irlande, pays de la mer et du cheval, a inspiré un film sur le même thème.

Le rôle de passeur vers les « Autres Mondes » (que ce soit le monde des morts, le monde des fées ou le monde des dieux) colle au cheval depuis la préhistoire. Pensons au bel emplumé Pégase, qui seul peut atteindre le mont Olympe où vivent les dieux... Au fil des siècles, ce rôle perdure d'une part car le cheval est partout, d'autre part grâce à une multitude de contes, de récits et d'histoires légendaires où des chevaux mènent leur cavalier « de l'autre côté ». Du moins le dit-on... car nos deux films sont tournés après la disparition du cheval de la vie quotidienne.

Les réalisateurs avaient-ils connaissance du rôle de passeur accordé au cheval ? Dans le cas du film irlandais, on peut le supposer puisque le mythe celtique d'Oisín – équivalent du petit garçon Ossie dans Le Cheval venu de la mer - raconte la traversée de la vaste mer séparant le monde des vivants du Tir na Nog (le pays de l'éternelle jeunesse) sur un cheval blanc. Elle paraît moins probable dans le cas d'Albert Lamorisse, la seule légende connue parlant d'un cheval blanc « passeur » dans la région camarguaise étant celle de lou Drapé, quelque peu oubliée en 1953.

Crin-Blanc ne peut-être chevauché que par Folco, qui est aussi sauvage que lui, après ce qui s'apparente à un rite de passage

Si la religion catholique voit dans le « monde des morts » un triste tabou et un lieu dont personne ne revient jamais (sinon Jésus), les croyances celtiques offrent une vision très différente. Non seulement les morts retournent sur terre une fois l'an (pour la Samhain, une fête qui chez les américains devient Halloween), mais en plus, un bref passage par leur royaume peut apporter une forme de sagesse et de nombreuses connaissances, en dépit du danger que représente un tel voyage.

Le principal risque est une « distorsion temporelle » avec le monde des vivants : dans la légende d'Oisin, le jeune homme peut revenir en Irlande à condition de ne jamais mettre pied à terre. Croisant un pauvre hère en peine pour soulever une lourde pierre, il se penche pour l'aider mais la sangle de sa selle lâche, et il tombe au sol. Aussitôt, il vieillit de 300 ans (différence entre le temps écoulé sur Terre et le temps du Tir na Nog), et tombe en poussière... Ossie, le petit garçon du film, survit à son passage. Il en revient apaisé et plus sage, comme après une seconde naissance.

Le cheval est, dans un grand nombre de légendes du même type que celle d'Oisin, la monture d'une quête initiatique et le garant d'un passage sans heurts entre monde des vivants et Autre Monde. Le plus souvent, il est blanc et doit franchir une étendue d'eau. Crin-Blanc et Folco pourraient sûrement revenir de leur « île merveilleuse » s'ils le souhaitaient, tout comme Ossie est revenu de son bref séjour à Tir na Nog. Peut-être préfèrent-ils rester en enfance, dans un monde où les adultes cruels n'existent pas.

Tinkers et enfants sauvages

Les plus grands succès cinématographiques autour du cheval mettent tous en scène des enfants ou des adolescents. Un thème commun avec Crin-Blanc et Le Cheval venu de la mer est celui de la sauvagerie et de l'exclusivité du cavalier : l'indomptable Étalon Noir ne peut être monté que par Alec Ramsay, qui l'a longuement apprivoisé sur une île déserte. Pilgrim est redevenu sauvage pour avoir voulu protéger sa cavalière Grace d'un choc avec un camion, et ne sera sauvé que par L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux. Crin-Blanc ne peut-être chevauché que par Folco (aussi sauvage que lui) après ce qui s'apparente à un rite de passage (Folco capture Crin-Blanc au lasso et l'étalon le traîne sur plusieurs centaines de mètres dans les marais).

Quant à Tir na Nog, le merveilleux Cheval venu de la mer, il se débarrasse de la cavalière qu'un véreux propriétaire a tenté de lui imposer pour un concours de saut d'obstacles lorsque les deux enfants Tito et Ossie l'appellent. Dès lors aucun malveillant ne mettre la main sur lui.

Poney
L’Irlande, terre de landes, de poneys et de mer. Photo de Sophie Sl, licence C.C.

De tous ces cavaliers, Folco, Tito et Ossie sont de loin les plus « sauvages ». Orphelin élevé par son grand-père, Folco « ne va pas à l'école » et préfère vivre de la pêche au milieu de la nature et des animaux. Tito et Ossie sont tout autant fâchés avec le système scolaire, de plus, ces membres des Tinkers, peuple nomade d'Irlande, sont deux fois marginalisés (par les autres Tinkers parce qu'ils sont sédentarisés à Dublin, et par les Irlandais parce qu'ils sont des Tinkers !)

Les trois enfants suivent un chemin vers « davantage de sauvagerie » : Folco préfère affronter la mer avec son ami Crin-Blanc plutôt que de retourner parmi les hommes, Ossie et Tito retrouvent le nomadisme avec leur père... il n'auront plus l'occasion de voir les bancs d'une école ! Cessant à jamais d'être l'allié militaire qu'il fut des siècles durant, remis en cause dans son rôle utilitaire, le cheval du XXe siècle retrouve son aura mythique au cinéma, en compagnie d'enfants et d'adolescents qu'il pousse à la subversion.

Pour Henri Béhar, « Le cheval devient symbole de la rébellion qui ne s’éveille en nous que lorsque l’enfant qu’on est resté prend le pas sur l’adulte qu’on est devenu. » - critique du Cheval venu de la mer

Le comportement de Crin-Blanc l'éloigne de ce que l'on sait des chevaux sauvages

En Camargue comme en Irlande (avec les poneys du Connemara), des chevaux sauvages d'apparence blanche peuvent être croisés au détour d'un chemin. Crin-Blanc et Tir na Nog sont toutefois plus que de « simples » chevaux, par leur rôle et leur importance, ils se révèlent aussi « magiques » que le Pégase ou la licorne. Le blanc est, en particulier dans la culture Celte à laquelle se réfère le film Irlandais, la couleur des animaux venus de l’Autre Monde, celui des morts, des esprits ou des fées...

La dimension magique

Pour exprimer la « quête du centaure », ces films mettent en avant l'apprivoisement, et non la conquête, de trois chevaux extraordinaires par bien des aspects. Le comportement de Crin-Blanc l'éloigne de ce que l'on sait des chevaux sauvages : il affronte les montures des gardians plutôt que de fuir, désarçonne ces derniers et détruit l'enclos où l'on prétend l'enfermer, n'acceptant que Folco. Il court bien plus vite que tous les autres chevaux, semble volontairement mettre son jeune cavalier à l'épreuve (souvenez-vous du gros plan sur sa tête lorsqu'il arrête de traîner Folco au bout de sa corde)... comment un tel cheval pourrait-il se noyer dans le delta du Rhône, pourquoi n'aurait-il pas le pouvoir de se rendre dans une île merveilleuse avec l'unique cavalier qu'il s'est choisi ?

La dimension magique de Tir na Nog est plus flagrante. Contrairement à ce que disent quelques mauvais résumés du film, il ne « vole » pas mais son comportement le trahit : très protecteur envers les enfants (comme le serait une mère), il peut franchir un brasier sans dommages (permettant à Ossie de prouver son courage), connaît les régions qu'il traverse (il saute à travers une cascade en sachant qu'une grotte se trouve derrière), est « venu » de la mer comme le dit le titre du film, et finit par y retourner. Le réalisateur laisse quelques gros indices concernant la nature de ce merveilleux cheval : il pourrait s'agir de Mary, la mère d'Ossie et Tito, morte au début du film et dont ni le jeune Ossie ni son père ne parviennent à faire le deuil avant d'avoir traversé toute l'Irlande d'Est en Ouest. Mary, revenue quelques temps du pays de l'éternelle jeunesse (dont le nom est Tir na Nog, qui est aussi le nom du cheval), apparaît brièvement à Ossie lorsqu'il se noie dans l'Atlantique. Peut-être une transformation de Tir na Nog, le cheval blanc, qui reprend alors son apparence originelle ?

L'Irlande
Les falaises de Moher en Irlande. Photo de Lionel Baur, licence GNU 1.2

Crin-Blanc est une référence du film français. Le Cheval venu de la mer, bien qu'extrêmement populaire en Irlande, est confidentiel dans notre pays. Il gagnerait à être projeté dans davantage de festivals. Plus d'une étude pédagogique a déjà accompagné sa diffusion dans des écoles et pourtant, aucun de ces deux films n'est initialement destiné aux enfants ! Faire rêver à chaque âge, c'est sans doute cela le secret des grands réalisateurs... Et quel meilleur vecteur de rêve que le cheval blanc ?

Note : Les « chevaux venus de la mer », sont en réalité trois, dont un ibérique, Sueno, et un lipizzan, Napolitano, qui appartiennent à Mario Luraschi, dresseur bien connu pour ses multiples prestations dans le domaine du cinéma. Quant au cheval Camarguais qui a prêté ses traits à Crin-Blanc, il reste inconnu, sans doutes a t'il préféré la liberté de ses marais aux feux des projecteurs.


Bibliographie :

  • Zazzo Bianka. Le cinéma (IV). In : Enfance. Tome 9 n°4, 1956. pp. 71-75.

  • Émile Breton, Cahier de notes sur... Le Cheval venu de la mer de Mike Newell, Les Enfants de cinéma, 23 p

  • Yona Dureau, « Le cheval comme figure de l'Utopie : l'exemple de Into the West », dans Utopie et cinéma, Corlet, 2005

  • René Guillot, Crin-Blanc, Hachette Jeunesse

  • Marina Milićević Bradač, « Greek mythological horses and the world's boundary », HR 10000 Zagreb Department of Archaeology; Faculty of Philosophy

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7 commentaire(s) »

eleonore :
Le 11/07/2012 à 22h19

belle rubrique qui permet à Amélie de nous expédier au pays des rêves vrais; voir ou revoir ces films fera partie du temps de mes vacances. Merci, Amélie.

jardin :
Le 12/07/2012 à 00h13

j'aime aussi beaucoup cet article qui dépasse de loin la critique de film pour amener une vraie approche culturelle.Comme dans l'article sur Lou Drapé,l'écriture est belle. bravo pour ces deux articles!

valren :
Le 12/07/2012 à 02h26

Encore merci pour vos commentaires... je n'étais pas satisfaite de cet article (Lætitia Bataille confirmera sans doutes !) au début, car il ne me semblait pas rendre honneur à ces deux films, qui sont mes préférés. Puis j'ai oublié quelques infos, que voici que voilà :

Plus d'une fois, j'ai entendu des amis me dire qu'un bon film "de l'imaginaire" ce sont d'abord de bons effets spéciaux, des monstres en 3D, des Pégases frisons avec des ailes modélisées... Sur ces deux films, le tour de force des réalisateurs est de faire rêver par leur seule façon de filmer, de rendre honneur au scénario, mais aussi d'avoir fait appel aux meilleurs pour le dressage de nos acteurs à sabots (des "chevaux venus de la mer", il y en a 3, dont un ibérique, Sueno, et un lipizzan, Napolitano, qui appartiennent à Mario Luraschi !)

Les effets spéciaux ne remplaceront jamais le talent, avec un Crin-Blanc en images de synthèses "et qui vole", je ne crois pas que l'on arriverait au même résultat ! Pour reprendre ce fameux frison volant (le Pégase du "Choc des titans" version 2010), pas un seul instant ce film ne m'a faite rêver.

J ne sais pas dans le détail comment les chevaux de Crin-Blanc ont été dressés (peut-être que la méthode nous révolterait aujourd'hui), mais Lamorisse a filmé de façon magistrale pour rendre Crin-Blanc combatif, intelligent, magique en un mot ! Même chose pour Mario, le travail sur Sueno et napolitano est digne d'admiration.

Un autre détail qui aurait mérité développement : le cheval est devenu un héros du septième art au moment même où il disparaissait de notre vie quotidienne : avec les Westerns, Crin-Blanc, L’Étalon noir (je pourrais en faire aussi une analyse un jour). Au Moyen Âge, la littérature "chevaleresque" (Arthurienne, Matière de France, etc.) s'est développée au moment où la suprématie de la chevalerie sur les champs de bataille tirait à sa fin. C'est peut-être lorsque son rôle est menacé que le cheval nous fait le plus rêver !

Enfin, je n'ai pas développé le thème des Tinkers (parce qu'on s'éloigne un peu du cheval) ! En Irlande, il y a une population nomade que l'on appelle les Tinkers ou les Travellers ("rétameurs" ou "voyageurs"), bien connue pour avoir créé la race pie homonyme (dont on parle d'ailleurs dans un numéro de CS). Ils sont généralement mal considérés et le Cheval venu de la mer leur rend un hommage appuyé.

Si vous aimez les analyses de films, je suis plus que volontaire pour en rédiger d'autres !

marechalviviane :
Le 12/07/2012 à 17h23

L‘histoire de “Crin-Blanc” et de Folco est la plus belle que je ne me souvienne de toute mon enfance et que j’avais fini par apprendre par cœur à force de la relire …
Elle signifiait tout simplement ce désir le plus fort que la vie et qui ne s’est jamais tari qui est la quête de la liberté …

marechalviviane :
Le 12/07/2012 à 17h25

L‘histoire de “Crin-Blanc” et de Folco est la plus belle que je ne me souvienne de toute mon enfance et que j’avais fini par apprendre par cœur à force de la relire …
Elle signifiait tout simplement ce désir le plus fort que la vie et qui ne s’est jamais tari qui est la quête de la liberté …

gnourf :
Le 13/07/2012 à 11h49

Je me joins aux commentaires précédents pour remercier et saluer cet article bien écrit et très intéressant. C'est une approche qu'on n'a jamais dans les critiques de films, et pourtant, que d'enseignements!

Je suis friande d'autres analyses de la place du cheval dans le cinéma. Juste pour donner une idée : on m'a souvent dit "si tu aimes les chevaux, tu dois aimer les films de western, car il y a beaucoup de chevaux." Et pourtant, y voir les chevaux utilisés comme de simple moyens de transport ne fait pas vibrer ma fibre équestre. Mais peut-être n'ai-je pas vu les bons films.

valren :
Le 13/07/2012 à 14h23

Concernant les westerns, je pense en effet que non ! Je ferais peut-être un sujet là dessus avec Pierre Dubois, l'elficologue (un très grand connaisseur du sujet), si je parviens à l'interviewer.

Je me permet de te donner l'un de ceux que je considère parmi les meilleurs westerns qui rendent honneur au cheval : L'étalon d'or (1949), avec Roy Rogers (et en couleurs). Il y a aussi quelques pistes dans l'article du cheval noir (partie 2).

Après, tout est à replacer dans son contexte : l'âge d'or des westerns d'Hollywood, ce n'est pas l'époque où l'on parle d'éthologie et le traitement des chevaux a parfois de quoi faire bondir. Celà ne signifie pas que ces hommes traitaient leurs chevaux comme de simples véhicules, une preuve étant que les premiers "chuchoteurs" connus sont issus de ce milieu. Le western est également très intéressant historiquement parlant, et par la symbolique bien sur !

Article publié le 07-07-2012

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