La testostérone : naturelle… ou pas ?


Par le Dr Jacques Laurent.



Journal N°60 -
La récente affaire de dopage dont semble être à nouveau victime Maxime Livio pose la question du dopage à la testostérone. Cette hormone est naturellement présente chez les chevaux entiers, mais aussi, à moindre taux, chez les hongres et même les juments, ce qui rend son usage en tant que dopant délicat à déceler. Le point avec un médecin et un vétérinaire.

La testostérone est présente à l’état naturel chez les chevaux entiers, mais aussi –contrairement à ce que l’on croit souvent – chez les hongres et même les juments.

En effet, la testostérone est une hormone mâle secrétée par les testicules, mais également par les glandes surrénales, qui continuent d’en secréter chez les hongres.

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La testostérone rend le cheval volontaire, dominant et parfois agressif. © Diana Wolfraum - Fotolia.com

Par ailleurs, chez les hongres, la castration a pu être « incomplète » et laisser en place quelques îlots de cellules testiculaires, sécrétrices de testostérone.
La testostérone a un effet dopant, en ce sens que cette hormone confère au cheval une force physique et une volonté plus grandes. Elle lui donne la « niaque ». C’est donc un précieux adjuvant de l’effort, notamment dans les disciplines qui demandent au cheval courage et volonté de gagner, comme dans le concours complet.

Souhaitons que les tests nous apprennent que Bingo S est un « gros répondeur » à la testostérone...

La testostérone est l’hormone qui rend le cheval mâle viril, volontaire et dominant. Les éthologues ont mis en lumière le lien entre la place qu’occupe le sujet au sein du troupeau (plus ou moins dominant) et… son taux de testostérone.

Dans le cas du cheval de Maxime Livio, Bingo S, récemment détecté positif à la testostérone, il est difficile d’établir à quel taux cette hormone était présente, et le fait que cette testostérone soit d’origine naturelle ou non.

En effet, Bingo S – un hongre – a montré un taux de testostérone pouvant faire soupçonner une administration pour des raisons de dopage.

Des chevaux répondeurs à la stimulation

Il n’y a pas de moyens simples de distinguer l’hormone naturelle de l’hormone injectée. Ce qui attire l’attention du contrôleur c’est l’importance du taux sanguin. Néanmoins la difficulté demeure dans le fait que certains chevaux, même les hongres, peuvent avoir naturellement des taux élevés, en particulier après une épreuve physique intense.

Dans ce cas, les vétérinaires du contrôle injectent au cheval des hormones gonadotropes qui ont pour effet de stimuler la sécrétion de testostérone naturelle. Certains chevaux peuvent avoir une très forte réponse physiologique. Ceux là ne seront donc pas considérés comme ayant été « dopés » si après stimulation le taux sérique de testostérone s’élève de manière importante. Dans les cas où le taux sérique s’élève peu après stimulation, on peut donc conclure que les taux sériques élevés antérieurement dépistés étaient en rapport avec une injection d’hormone exogène.

Dans le cas de Bingo S, la question est donc de savoir évidemment avant toute chose si ce qui a été dit est vrai (taux réellement élevé au contrôle). Mais si tel était le cas, et s\'il s\'avère que le cheval a fortement réagi à la stimulation, on peut affirmer qu’il n’était pas dopé et qu’il s’agit de son statut hormonal physiologique. Dans le cas contraire on serait effectivement en face d’un dopage.
Souhaitons que les tests nous apprennent que Bingo S est un « gros répondeur »...