Para-dressage : le problème des chevaux



Journal N°62 -
Le para-dressage est à l’honneur ces temps-ci, avec le CPEDI de Deauville qui réunit, comme chaque année, les meilleurs de la discipline. L’occasion de revenir sur un problème récurrent : celui des chevaux, et sur un don pas comme les autres : le célèbre haras des Coudrettes a en effet offert un cheval à l’Association Handi Equi Compet. Une belle histoire…

Pour le para-dressage, le problème des chevaux est sans doute particulièrement délicat, puisque les cavaliers ont parfois des handicaps plus lourds que dans les épreuves d’obstacle. Le cheval doit évidemment être très docile, mais présenter aussi le brillant nécessaire à une épreuve de dressage.

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José Letartre, cavalier multi-primé en dressage mais aussi en CSO para-équestre, montant Warina ENE HN. © N.Valère

Le Cadre Noir s’est déjà impliqué déjà dans ce problème : on se souvient que Philippe Limousin avait mis à la disposition de José Letartre sa jument (lire ici).

En 2011, la FFE et la FFH souhaitaient étoffer l’équipe de France de para-dressage en vue des Championnats d’Europe de Moorsele. L’IFCE avait donc proposé à Vladimir Vinchon (cavalier de grade III), de prendre part à des essais de chevaux à l’école nationale d’équitation. C’est à cette occasion que ce dernier fait la rencontre de Flipper d’Or ENE*HN et de son cavalier, l’écuyer du Cadre noir Marc-André Morin. Un trio s’est formé, et pendant deux années ils ont sillonné l’Europe, récoltant de nombreux classements en Coupe des Nations ainsi qu’une médaille de bronze en 2011 aux championnats d’Europe. L’aventure prend fin pour Flipper d’Or ENE*HN en 2012 qui partira pour une retraite bien méritée juste après la très belle 7ème place du couple lors des Jeux Paralympiques de Londres.

Vladimir avait attaqué la saison de 2013 avec Inno del Castegno ENE*HN puis avec BO (propriété de Philippe Célérier, entraîneur national du para-dressage) ».

« J’espère de tout cœur que notre démarche donnera envie à d’autres propriétaires de donner ou confier un cheval à ces cavaliers hors du commun ». Emmanuèle Perron-Pette.

En 2014, Wladimir a la chance de se faire confier Rockford (propriété de Anne- Frédérique Royon, cavalière para-dressage de grade Ib II) et de se qualifier pour les Jeux équestres Mondiaux à Caen. Mais à la vente de Rockford à la fin de l’année 2014, Vladimir, aidé de Marc-André et soutenu par l’IFCE, a cherché un cheval pour la saison à venir.

Cette vente est « Un coup dur » estime Nathalie Mull, directrice du sport de l’IFCE qui ajoute : « nous sommes en recherche active d’un nouveau cheval pour Wladimir pour cette saison. L’année 2015 sera déterminante pour le para-dressage puisque l’équipe de France devra se qualifier pour les jeux olympiques de Rio. » 

Un problème qui est loin d’être simple

« Je suis médecin et cavalière à titre personnel depuis longtemps », explique le Dr. Marie-Dominique Turmel –Terrou, spécialisée en ergonomie et en physiologie du travail. « Dans mon métier, je m’intéresse aux activités équestres à intention thérapeutique. Pendant les Jeux Equestres Mondiaux en Normandie, j’ai vu une interview d’une cavalière de l’équipe de France de para-dressage. Elle déplorait le fait qu’on ne parle pas assez de ce sport et de la difficulté à trouver les bons chevaux pour aller au plus haut niveau. J’ai pris des informations sur le projet para-dressage de l’IFCE et j’ai décidé de le soutenir financièrement. Pour moi, c’est important qu’une institution comme l’IFCE soutienne le para-dressage et donne de la visibilité à ce sport. Cela permet de sensibiliser les gens à ce qu’on peut faire avec le cheval. J’aimerais beaucoup rencontrer les athlètes lors des entraînements. Ce sont des exemples de persévérance ».

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Wladimir Vinchon photographié au CPDEI de Deauville en 2012. © N.Valère

Tout récemment, c’est le prestigieux Haras des Coudrettes, plus connu pur fournir des cracks à Kevin Staut ou Patrice Delaveau, qui a tenu à offrir un cheval à l’association Handi Equi Compet. C’est ainsi que le KWPN Uniek est actuellement porteur de nombreux espoirs pour les grandes échéances à venir.
Emmanuèle Perron-Pette nous en parle.

Interview

Emmanuèle Perron-Pette, pouvez-vous nous présenter Uniek ?

Emmanuèle Perron-Pette : C’est un KWPN que j’ai acquis pour faire du CSO mais également du dressage. En plus d’être beau et d’avoir une bonne locomotion, c’est un cheval bien dressé et très sûr. Il a un excellent mental et peut-être monté en toute sécurité. Je l’apprécie énormément mais je n’ai malheureusement plus l’occasion de monter assidument étant régulièrement en déplacement pour suivre nos cavaliers. L’idée de donner mon cheval a germé parce que je suis intimement persuadée qu’il pourrait faire le bonheur d’une cavalière handisport.
Pour m’assurer de sa fiabilité, nous avons fait de nombreux “tests” avant de le proposer à l’association. Durant deux mois, avec Delphine, cavalière au Haras, nous avons essayé de mettre Uniek en situation et avons gentiment bousculé ses codes tant sous la selle qu’à l’écurie pour voir ses réactions. Il ne nous a jamais déçu et s’est toujours comporté très calmement.

Etes vous impliquée dans le para équestre ?

E.P-P. Comme beaucoup de cavaliers et de passionnés, j’ai découvert le para-équestre lors des épreuves organisées sur les grands concours comme la Baule. Cependant, c’est à Equita’Lyon, il y a 3 ans, que j’ai réellement pris conscience de la sphère cheval/handicap. Ce n’est pas en voyant les couples en piste mais en observant, très tôt un matin, un cavalier qui s’entrainait au paddock, que j’ai eu un électrochoc. Il y avait une telle transformation entre ce garçon à pied puis à cheval, ce n’était plus la même personne. Cela m’a vraiment interpellé ! Ensuite, lors des Championnats d’Europe de Herning en 2013, il y a eu beaucoup d’échanges entre l’équipe de para-dressage et l’équipe de CSO. Dans la mesure du possible, les cavaliers allaient se soutenir mutuellement au moment des passages de chacun... Mais c’est avant tout Uniek, lui même, qui m’a conforté dans l’idée qu’il serait un cheval incroyable pour un sportif en situation de handicap. Son caractère exceptionnel et son dressage en font une monture tout à fait adapté au handisport.


Avez-vous tout de suite pensé à l’association Handi Equi’Compet pour Uniek ?

E.P-P. C’est aux Jeux Equestres Mondiaux que j’ai évoqué pour la première fois l’idée de donner mon cheval. En revanche, je ne savais pas forcément à qui m’adresser et de fil en aiguille, on m’a donné le contact d’Handi Equi’ Compet et notamment de Patricia Nadoux, responsable des partenariats pour l’association. Nous nous sommes rencontrées aux Coudrettes début décembre et quelques jours plus tard, Uniek leur appartenait.
J’espère de tout cœur que notre démarche donnera envie à d’autres propriétaires de donner ou confier un cheval à ces cavaliers hors du commun. La magie du para-équestre et le caractère exceptionnel d’Uniek sont sans aucun doute les prémices d’une belle histoire.

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Voici un moment de complicité entre d’Emmanuèle Perron-Pette et Uniek HDC. © Handiequi\'compet

Est ce la première fois que vous faites don d’un cheval ?

E.P-P. C’est une première en effet ! Mais c’est uniquement dans l’optique du para-équestre que j’ai souhaité faire don de mon cheval. Ce n’est pas notre politique de donner ou prêter nos chevaux et Uniek est d’ailleurs le seul cheval, “l’exception” de l’écurie qui pouvait convenir à un cavalier handicapé. Mon objectif est réellement de pouvoir faire plaisir à un athlète handisport pour lui permettre d’aller le plus loin possible. Uniek marche très bien et pourrait, il me semble, convenir à un petit grade en para-dressage. Cependant, c’est à l’association Handi Equi’ Compet de décider à quel type de cavalier il sera le plus adapté.