Hommage à Talia



Journal N°62 -
Ce mois-ci, notre rubrique « Un cheval » prend la forme d’un hommage, celui que nous avons souhaité rendre à la ponette de notre collaboratrice Tamara Madonini. En effet, il y a quelques jours à peine, Talia est partie rejoindre des prairies bleues, victime de la recrudescence printanière de la terrible myopathie atypique…

Nous avions à peine mis en ligne notre article sur la difficile prévention de la myopathie atypique que Tamara Madonini nous contactait pour nous annoncer la terrible nouvelle.
Tamara, vous la connaissez : elle a signé plusieurs portfolios dans Cheval Savoir, dans les numéros 23 et 60 ainsi que des la très belle couverture du numéro 59. Talia était sa ponette et sa monture...
Mais laissons la parole à Tamara…

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© Tamara Madonini

Il y a 3 ans j’accédais enfin à mon rêve : avoir mon propre cheval ! Un coup de cœur à l\'opposé de ce que je m\'étais imaginé : je voulais un hongre d\'1,40 m, débourré, et isabelle. Je me suis retrouvée avec une petite ponette pie palomino, d’1,20 m, suitée, pleine et à peine manipulée ! Mais peu importe : c\'était elle…

Je me suis retrouvée avec une petite ponette pie palomino, d’1,20m, suitée, pleine et à peine manipulée ! Mais peu importe : c\'était elle…

Elle est restée au pré en Normandie le temps de terminer sa gestation et le sevrage de ses deux pouliches ! Et j\'ai enfin pu la ramener plus près de chez moi en région parisienne l\'année dernière, pour mon plus grand bonheur.

Tout se passait parfaitement bien, on avançait et on apprenait ensemble. Le débourrage s\'est fait à cru, en licol, et tout en douceur. Le travail a pied aussi … Talia avait un caractère tellement gentil et volontaire, elle me comblait de bonheur !

Jeudi dernier, deuxième balade montée pour nous deux… Une expérience magnifique, pouvoir monter ma jument en extérieur et en simple licol alors que je ne la monte quasiment jamais ! Ce fut un moment magique.

Vendredi je suis partie pour travailler sur Bordeaux, des rêves et des envies de balades plein la tête. Une balade était programmée pour le vendredi suivant, j\'avais hâte d\'y être.

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© Tamara Madonini

Le soir même, je reçois un sms de l’amie chez qui je laisse Talia au pré, disant qu’elle ne va pas bien du tout, et qu’elle était allongée de tout son long dans le pré (Talia ne s\'allonge jamais normalement).
Le vétérinaire est appelé en urgence, il parle de coliques, de coup de sang, ne sait pas vraiment... Il fait une prise de sang ; une heure après, les résultats tombent : \"Myopathie atypique\".

Tout s\'effondre pour moi ; j\'avais très peu entendu parler de cette maladie, mais pour moi Talia était tout simplement condamnée.
Le vétérinaire nous demande d\'emmener Talia en clinique, mais la clinique est trop loin pour ma jument qui était déjà dans un état tel qu\'elle n\'était plus transportable.
On fait venir un second veto pour confirmer le diagnostic et réaliser les soins sur place.

Une lueur d’espoir ?

Myrtille, mon amie, a veillé ma jument toute la nuit. Le samedi matin Talia était debout et allait un peu mieux… Une lueur d\'espoir ?
Mais pendant que je remontais enfin de Bordeaux, son état s’est dégradé très vite. Talia ne se levait plus, elle avait beaucoup de mal à respirer, elle a perdu connaissance...
J\'avais des nouvelles tout le temps, parfois remplie d\'espoirs qui retombaient bien vite...

Quand j\'ai enfin pu arriver sur place ce fut un choc : j\'avais beau avoir été prévenue, on est jamais prêt à voir son cheval dans cet état je pense… Talia réussissait parfois à se relever pour évacuer les litres de liquide de perfusion qu\'elle avait reçus mais se recouchait directement après de tout son long et avait beaucoup de mal à respirer.
Elle s\'est endormie au lever du soleil dimanche matin après 40 heures de combat acharné...

C\'est là que l\'on réalise tout d\'un coup : le jeudi j\'étais à cheval, le vendredi soir la descente aux enfer a commencé et dimanche matin je n\'avais plus mon cheval...
Puis viennent les questions : comment cela peut il arriver, dans une pâture ou il y avait quatre chevaux, et où certains étaient depuis 15 ans !
Comment faire comprendre à l’amie à qui j\'avais confié ma jument que non, ce n\'est pas de sa faute ? Comment la remercier d\'avoir été là du début à la fin de ce calvaire et d\'avoir été si présente pour Talia ?

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Tamara avait avec Talia une complicité de tous les instants. © Coll. Tamara Madonini

Et puis les factures des vétérinaires, des labo et de l\'équarissage qui arrivent, et là on réalise vraiment ce qu\'il s\'est passé et que non cela n\'arrive pas qu\'aux autres...
Cette maladie tue des centaines de chevaux par an dans des conditions horribles, et on en parle finalement si peu...
Difficile également d\'entendre les reproches de certains « Vous n\'aviez qu\'a pas mettre de chevaux dans un champ ou il y avait des érables ». Car NON il n\'y a pas d’érable dans ce champ, ni dans les champs voisins, mais malheureusement le vent peut parfois emmener les graines très loin. Alors cette période où beaucoup de cas sont signalés, si vous avez votre cheval au pré, renseignez vous sur cette maladie et sur tous les moyens de prévention qui existent ! Personne n\'est à l\'abri, et cela en sauvera peut être quelques uns…

Tamara tient à remercier tout particulièrement son amie Myrtille qui a si merveilleusement veillé sur Talia.
Vous pouvez vous aussi témoigner votre sympathie à Tamara en laissant un mot dans l’espace « Commentaires » au bas de cet article.