2emes Assises de la Filière équine : enfin un vrai débat sur la fin de vie du cheval ?


Par Amélie Tsaag-Valren



Journal N°66 -
Les deuxièmes Assises de la Filière équine auront lieu le 29 septembre prochain. L’an dernier, le communiqué qui avait suivi les premières assises évoquait des « facilités d’abattage et des « incitations » pour pousser les propriétaires de chevaux en retraite à choisir cette option pour leurs chevaux en fin de vie. Nous avions regretté l’absence de dimension éthique dans ces publications, une erreur qui pourrait être réparée cette année. 

Souvenez-vous, les conclusions écrites des premières Assises de la filière équine l’an dernier sont à l’origine du lancement d’une pétition sur Change.org. Les informations reçues à cette occasion (par voie de presse) étaient particulièrement douloureuses, entre la création d’un « sas de blanchiment » pour rendre des chevaux médicamentés « propres » à la consommation (autrement dit, des camps d’embouche), et la suggestion de contraintes financières pour pousser les propriétaires à choisir l’abattoir (voir notre article de l’époque). Depuis, la pétition que j’ai lancée a fédéré près de 7000 personnes.

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Début juin, je demandais dans la rubrique Tribune de Cheval Savoir un véritable débat sur la fin de vie des chevaux, où toutes les opinions pourraient être représentées Cette demande semble enfin prise en compte, ou du moins entendue par la filière.

« Trouver des solutions communes »

L’intitulé de la table ronde s’est adouci, par rapport aux nombreuses déclarations lues et entendues jusqu’en avril dernier. Il ne s’agit plus de « régler le problème des chevaux en fin de vie » en les envoyant à l’abattoir, ni d’éduquer les propriétaires de chevaux de loisir pour les y pousser… mais bien de « trouver des solutions communes ». Bonne nouvelle, alors que les intervenants de l’an dernier étaient tous favorables à l’augmentation des abattages, cette fois, des profils plus variés sont invités. En particulier, la présence de Roly Owers, le directeur de World Horse Welfare, est à saluer.

Cette année, des profils plus variés sont invités à ces assises, comme Roly Owers, le directeur de World Horse Welfare.

Notons en revanche la présence de Bernard Coudurier, auteur du rapport de l’INRA intitulé « L\'évolution progressive de la fin de vie des chevaux sous l\'angle des pertes alimentaires ». Il évoquera ce sujet sous l’intitulé « Pertes et gaspillages alimentaires : faut-il se priver de la viande de cheval ? » Présenté aux dernières journées de la recherche équine, ce rapport est indélicat dans sa manière d’accuser les propriétaires de chevaux en retraite : « Sous l’angle des pertes et gaspillages alimentaires, cette situation conduit au retrait de la chaîne alimentaire d’une fraction très significative de viande rouge de qualité disponible sur pied » !

D’autant plus indélicat lorsqu’on sait que chaque année, l\'équivalent de 20 milliards d\'euros de nourriture déjà préparée et prête à être consommée finit… dans les poubelles des supermarchés. Le conseil constitutionnel a récemment retoqué la proposition de loi interdisant aux grandes surfaces de jeter de la nourriture (voir ici, chez notre confrère France bleu). L’idée d’ « inciter » à l’abattage, discutée au sein du Ministère de l’Agriculture, est par contre toujours sur les rails. Selon que vous serez patron d’une chaîne de supermarché ou propriétaire de vieux équidés, vous serez (ou pas) accusé de gâcher de la nourriture…

Financer la fin de vie des chevaux : oui, mais comment ?

Une discussion aura lieu sous l’intitulé « Le financement de la fin de vie : une piste à explorer ». Une idée qui laisse des possibilités très ouvertes, et permettra de poser la question de l’éthique. Une « caisse retraite », ou du moins une « caisse réforme » pour les trotteurs et les Pur Sang permettrait de financer la reconversion des réformés des courses vers les loisirs et les centres équestres, en évitant que des particuliers pleins de bonne volonté ne se retrouvent avec un cheval ingérable racheté en « urgence boucherie » au premier marchand venu. Et pourquoi ne pas généraliser les expériences d’équithérapie avec les hôpitaux et centres de soin disposant des équipements adéquats ?

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Il est à craindre que ce débat ne revienne poser l’idée d’un système assuranciel obligatoire pour les propriétaires d’équidés, lorsqu’ils excluent leur animal de l’abattoir. Là aussi, le rapport de forces est très inégal. Les sommes en jeu dans le milieu des courses hippiques (pour ne citer que lui) sont gigantesques, par rapport aux moyens actuels des propriétaires de chevaux de loisir. Après la fin de l’équarrissage public en 2009 et l’Equitaxe en 2013, il est rare que leurs finances soient au beau fixe… Pourtant, du point de vue des propriétaires, c’est presque toujours sur eux que la filière souhaite faire peser les coûts de la fin de vie des chevaux, comme en témoigne une cavalière : « Quand je demande pourquoi envoyer un cheval à l’abattoir est légal, on me dit c’est un animal de rente et que c’est normal… Par contre, quand j’appelle l’équarisseur et que je lui demande pourquoi son passage n’est pas gratuit comme pour les gros bovins de rente, là il me répond que c’est parce que je détiens un animal de loisir ! Le cheval est un animal de loisir uniquement quand ça permet de nous faire payer. »

À ce sujet, envoyer un cheval à l’abattoir revient automatiquement à financer Interbev Equins (voir : Site des Haras Nationaux), organisme très actif dans la promotion et la défense de la filière viande, qui nous a gratifiés de plusieurs opérations de dégustation publique de viande chevaline ces dernières années. Un prélèvement obligatoire intervient au bénéfice de cet organisme à l’abattage. Une situation qui rebute encore plus les propriétaires de chevaux de loisir âgés, pour la plupart hostiles à l’hippophagie…

L’enterrement équin : toujours pas de légalisation

On regrette l’absence d’une discussion thématique autour de l’enterrement équin. L’incinération reste onéreuse et très difficile d’accès : il n’existe que deux centres dans toute la France. La problématique de la fin de vie est toujours réduite à ses deux possibilités légales, abattage ou équarrissage… pourtant, la possibilité d’enterrer son cheval dans le respect des normes sanitaires est une réalité dans de nombreux pays du monde, entre autres au Royaume-Uni, au Maroc, au Canada et dans la plupart des Etats américains. Historiquement, l’enterrement des chevaux a toujours été pratiqué, parfois de façon rituelle. Il représente une solution « naturelle » et moins traumatisante pour le propriétaire de l’animal, sachant que le corps ne sera pas « valorisé » par une entreprise et qu’il pourra revenir régulièrement sur les lieux de l’enterrement, pour faire son deuil.

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Une propriétaire habitant en montagne a témoigné de son propre ressenti sur l’équarrissage, qui pousse actuellement de très nombreux propriétaires à enterrer illégalement leurs chevaux : « J’ai très mal vécu de voir ma jument, que j\'adorais, soulevée par un pied et jetée dans un camion déjà plein, à ciel ouvert. J’ai vu ses sabots dépasser et un liquide couler des autres animaux morts vers le sol... Peut-être étaient-ils malades ? L’équarrissage est affreux. Et très cher ! Alors que l’on possède un tractopelle et toute une montagne pour qu\'elle puisse y reposer en paix. Encore une histoire de fric ! »

La voix de ces propriétaires de plus en plus nombreux à demander la « troisième voie » de l’enterrement n’est pas entendue. La FNC, Fédération nationale du cheval (connue pour ses positions en faveur de la filière viande) a dénoncé des « enfouissements illégaux ». Une légalisation des enterrements de chevaux dans un cadre juridique adapté aurait au moins le mérite de limiter les risques de contamination...

Respecter les chevaux en fin de vie : une « sensiblerie de bonnes femmes » ?

Au fil des coups de téléphone et des rencontres construisant ce débat, il apparaît très vite que les propriétaires de chevaux en retraite ne sont dans leur grande majorité ni compris, ni même respectés. J’en veux pour preuve un bruit de couloir récurrent, fustigeant notre « sensiblerie de bonnes femmes » ou, comme l’avait dit un fameux chercheur du CNRS, le fait qu’« on ne se méfie jamais assez de l’amour » !

Les femmes propriétaires d’équidés sont légion. Les dernières statistiques de la filière révèlent que plus de 80% des détenteurs d’une licence FFE sont des femmes, et presque deux tiers de chevaux du pays sont des animaux de loisir. Le propriétaire d’équidés typique est donc une femme pratiquant l’équitation de loisir… On s’étonne alors de voir si peu de femmes et de représentants chargés de l’équitation de loisir parmi nos officiels. La parité n’est pas arrivé au sommet de la filière équine, peut-être est-ce l’une des raisons essentielles à cette fracture qui se creuse de plus en plus entre le monde de l’équitation de loisir et les instances officielles.

Programme de la table ronde
« FIN DE VIE DU CHEVAL : TROUVER DES SOLUTIONS COMMUNES »
La fin de vie : un enjeu majeur

Modérateurs : Christelle IRAOLA, Céline GUALDE.

  • Équarrissage-abattage Équin : la photographie européenne
    Intervenant : Claire Scicluna (Association des Vétérinaires Équins de France) – Comment cela se passe-t-il en Europe ?
  • La politique sanitaire : Intervenant pressenti : FEEVA (Federation of veterinarians of Europe)
  • La politique du bien-être : quel avenir pour le cheval une fois sa carrière terminée ?
    Intervenant : Roly Owers - Directeur de Horse World Welfare
  • Le coût économique de la fin de vie ?
    Intervenant : Xavier Dornier (IFCE)
  • Pertes et gaspillages alimentaires : faut-il se priver de la viande de cheval ?
    Intervenant : Bernard Coudurier (Institut National de la Recherche Agronomique)
  • Le financement de la fin de vie : une piste à explorer Intervenants : Paul Essartial - Président du Conseil des Chevaux de Normandie - Mariane Dutoit, FNC (Fédération Nationale du Cheval)