Myopathie atypique : les fruits aussi…


Par Dominique Lambert-Lefranc, avec la collaboration du Dr. Jacques Laurent



Journal N°66 -
L’automne est là, et le risque de myopathie atypique est de nouveau très présent, comme nous le signalent les réseaux d’épidémio-surveillance. Une très grande vigilance est nécessaire pour éviter cette maladie du cheval qui peut être mortelle dans 70 à 80% des cas.

Il est désormais clairement établi et consensullement admis que la myopathie atypique est due à l’ingestion d’une toxine, l\'hypoglycine A. Cette toxine est présente dans les graines de plusieurs variétés d’érables dont le plus commun dans nos pays est l\'érable sycomore (Acer pseudoplatanus). L\'érable negundo (Acer negundo) existe à l’état naturel sur le continent américain, mais est également planté à titre ornemental dans de nombreux parcs en France.

\"Les
Les prairies sont souvent bordées de zones boisées où peuvent exister des érables sycomores. Les graines franchissent facilement de grandes distances, et les chevaux en broutant peuvent les ingérer.
© The Photo Guy - Fotolia.com

La myopathie atypique présente dans une vingtaine de pays, en Europe et en Amérique du nord (USA et Canada). C’est une maladie considérée comme saisonnière, d’ailleurs en anglais elle est aussi appelée Seasonal Pasture Myopathy (SPM).

Une contamination saisonnière

La contamination se fait essentiellement à deux époques, printemps et automne.
Au printemps, les chevaux au pré ingèrent les jeunes plantules d’érable fraîchement germées, et l’on observe alors hélas une forte poussée de la maladie. Mais on a tendance à oublier que l’automne est également une saison à fort risque : en effet, les fruits de sycomore sont alors arrivés à maturité, et tombés au sol, où ils se mélangent à l’herbe et peuvent donc facilement être ingérés.

Une prairie est normalement exempte d’érables, mais on peut retrouver les fruits d’érables situés à plus d’un kilomètre

Les facteurs climatiques accentuent le risque : les vents forts et fréquents à cette saison disséminent les fruits loin de l’arbre : il s’agit en effet d’un fruit appelé « samare » de forme ailée aisément transportable par le vent. Dans une prairie (normalement exempte d’érables) on peut ainsi retrouver des fruits d’un érable situé dans le voisinage et même à plus d’un kilomètre.
Les première gelées rendent l’herbe moins appétente et plus rare, ce qui pousse le cheval a ingérer plus volontiers des samares tombées au sol.

Que faire pour prévenir la myopathie atypique ?

Il n’est guère possible de ramasser tous les fruits d’érable, tombés à terre, pas plus qu’il n’est envisageable au printemps d’arracher les plantules présentes par milliers.
La prudence imposerait donc de ne plus mettre les chevaux au pré dès le début de l’automne s’il existe dans les environs une zone où l’érable sycomore est présent (c’est un arbre extrêmement commun).

Il faut renoncer en automne et au printemps à mettre le cheval dans un pré comportant des érables. Dans ce but, apprendre à bien reconnaître l’arbre, ses fruits et ses plantules.

\"Les
Les fruits de l’érable sycomore comportent deux « ailes » permettant au vent de disséminer les graines au loin. Photo Fcb981 - Wikipédia

Le risque demeure si des érables existent dans les environs, dans un rayon d’au moins un kilomètre, et surtout s’il existe à proximité un bois (où l’étable sycomore est fréquent) ou un parc ornemental (présence possible d’un érable négundo).
Dans le but de diminuer les risques, il est conseillé de :

La myopathie atypique n’est pas à ce jour considérée comme contagieuse ; les séries observées sont plus probablement dues à des causes communes et saisonnières, comme nous l’avons vu. Toutefois dans un but de prévention collective, il est souhaitable que les nouveaux cas soient déclarés.