La rêne extérieure : entre excès et manque de contact


Par Pierre Beaupère, cavalier professionnel et professeur de Dressage.



Journal N°67 -
J’ai voulu écrire cet article car j’ai la sensation qu’à force de répéter aux cavaliers d’avoir du contact sur la rêne extérieure, beaucoup d’enseignants et surtout beaucoup de cavaliers avancés finissent par en oublier l’intérêt mais aussi le fonctionnement.

Si la plupart des débutants ont tendance à vouloir contrôler et équilibrer le cheval avec la rêne intérieure, je vois beaucoup de cavaliers avancés qui ont des chevaux accrochés à la rêne extérieure.
D’ailleurs, ces cavaliers éprouvent souvent beaucoup de difficultés à effectuer des épaules en dedans correctes à cause d’un excès de rêne extérieure.

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© Charly Goffinet

En effet, les chevaux ayant trop de contact sur la rêne extérieure ont tendance à se coucher sur leur épaule extérieure. Lorsque le cavalier veut faire entrer les épaules à l’intérieure de la piste, il est incapable d’agir de manière délicate sur la rêne extérieure car le cheval a déjà un contact trop fort sur cette rêne.

Monter avec la rêne extérieure (la fameuse « rêne de l’écuyer »), ne veut absolument pas dire avoir plus de contact sur cette rêne

Celui-ci va donc généralement se plier beaucoup mais donner trop peu d’angle, ne laissant plus au cavalier que la possibilité de tirer ou de donner des à-coups dans la bouche du cheval.
Ces actions trop fortes de la rêne extérieure et ce manque, voire cette absence de contact sur la rêne intérieure, vont d’autre part très souvent provoquer un basculement de l’encolure, l’oreille intérieure du cheval étant alors plus basse que l’oreille extérieure.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que monter avec la rêne extérieure (la fameuse « rêne de l’écuyer »), ne veut absolument pas dire avoir plus de contact sur cette rêne.

Bien tiliser la rêne extérieure

Utiliser la rêne extérieure, c’est avoir la sensation que si je ferme mes doigts sur cette rêne, mon cheval va se rasseoir, plier ses hanches et ses jarrets, et surtout grandir son avant-main et remonter son garrot.
Pour obtenir cette réaction de la part du cheval, il est évident que le cheval ne peut pas tomber sur la rêne intérieure, car dans ce cas le déséquilibre provoquerait une absence de contact sur la rêne extérieure et donc l’impossibilité de le contrôler par son action.

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© Charly Goffinet

Mais si à l’inverse le cheval est accroché à la rêne extérieure, le cavalier ne sera pas en mesure d’agir sur cette rêne autrement qu’en tirant plus fort que le cheval.
Dès lors, cela aide, je pense, à réaliser l’importance de garder en permanence la sensation que le cheval n’a pas besoin ni de la rêne intérieure, ni de la rêne extérieure, mais aussi de chercher à obtenir à tout instant un contact parfaitement égal sur les deux rênes.

Il y a une grande différence entre connexion et appui !

C’est la connexion avec la rêne extérieure qui est primordiale. Que le cheval accepte son contact afin de pouvoir agir sur cette rêne en vue de le contrôler et de l’asseoir. Mais il y a une grande différence entre connexion et appui ! Il faut donc à chaque instant, et quelque soit l’exercice, pouvoir relâcher la rêne intérieure comme la rêne extérieure sur une foulée.

Pour cela, je demande souvent, une fois que les cavaliers ont obtenu un contact qui leur semble bien égal sur les deux rênes, de caresser le cheval du plat de la main, une sorte de petite tape de la paume de la main qui continue à tenir la rêne.

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© Olivier Boonjing

J’attends de leur part d’être capable de faire cette petite caresse sans que l’attitude du cheval ne change, l’autre rêne restant tendue (tendue ne voulant pas dire avec un contact très fort, contrairement à une idée qui est trop répandue parmi les cavaliers intéressés par la légèreté ; tendue veut juste dire qui n’est pas flottante).

Il est évident qu’ils doivent pouvoir se passer de la rêne intérieure sans que cela ne leur pose un problème.
Mais ensuite je leur demande de faire cette caresse avec la main extérieure. Souvent ensuite d’alterner les deux.

Caresse à gauche (juste une petite « tape » du plat de la main sur l’encolure), remettre les deux mains en place au garot sur trois ou quatre foulées, caresse à droite, remettre les mains en place, etc.

Il n’est pas nécessaire de faire cela en permanence, au risque de gigoter dans tous les sens.
Le but est de vérifier régulièrement que le cheval ne dépend pas d’une rêne ou de l’autre, ce qui signifierait à coup sur que le cheval tombe sur l’épaule du côté de cette rêne et qu’il n’est pas donc pas en équilibre !

Je demande ensuite aux cavaliers de pouvoir faire la même chose durant les exercices.
Relâcher la rêne intérieure, poser les mains trois ou quatre foulées, relâcher la rêne extérieure.

Ils doivent pouvoir le faire sans que le cheval change d’attitude, aussi bien dans les épaules en dedans que dans les appuyers ou les pirouettes.

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© Charly Goffinet

S’ils sont capables de garder le contact avec la rêne qu’ils ne relâchent pas, cela veut dire que non seulement leur cheval accepte les deux rênes mais aussi qu’il n’en a pas besoin. C’est la vraie idée de la légèreté à mes yeux. Un cheval qui accepte mais n’a pas besoin de la main et de ses actions.

Un petit truc : relâchez légèrement votre rêne extérieure avant d’agir sur cette rêne. Vous devriez aussitôt sentir que son action est beaucoup plus efficace mais aussi plus douce et précise. Cela devrait déjà vous faire prendre conscience de l’importance de ne pas avoir le cheval accroché à la rêne extérieure. D’ailleurs, vous verrez qu’après une caresse de la main extérieure, vos actions sur cette rêne auront beaucoup plus d’effet et d’impact que si vous agissiez depuis une rêne tendue.