Abattages : la réglementation toujours contournée !


Par Amélie Tsaag-Valren



Journal N°68 -
Est-ce qu’aujourd’hui, en France, votre cheval peut être abattu à votre insu ? Hélas, la réponse est « oui », car la réglementation est régulièrement contournée par des « professionnels » peu regardants. Histoire véridique d’une pouliche qui a terminé sa vie dans un abattoir charentais… situation théoriquement impossible sans fournir la carte de propriétaire…

Mady Petit est à la fois éleveuse de trotteurs français depuis 40 ans, et femme engagée contre la maltraitance animale. Sa pouliche Cannelle du Bessay provient de la lignée de sa jument Friposte. La grand-mère et l’arrière-grand-mère de Cannelle ont vécu leurs dernières années dans l’élevage familial, où la pouliche est née en mai 2012. Elle se révèle « aussi douce et docile que sa maman et sa grand-mère ».

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© DR

Lorsqu’elle atteint 3 ans, Cannelle est débourrée pendant un mois par un jeune entraîneur d’une trentaine d’années, J. G. Après un repos de quelques mois au pré, Cannelle lui est confiée « à l’essai » pour un futur contrat en location, le temps de déterminer ses chances potentielles sur les hippodromes. Mady rencontre beaucoup de difficultés pour joindre J. G., et connaître les progrès de sa pouliche. Il l’informe que Cannelle « ne va pas assez vite ». La propriétaire suggère de la rapatrier chez elle, en Vendée. Une proposition que J. G. décline, assurant qu’il dispose de suffisamment de pâtures pour la garder.

Mady commet alors ce qu’elle estime être l’erreur à l’origine de la mort de Cannelle : demander le rapatriement de sa pouliche pour la mettre à l’essai ailleurs. Les mois suivants, elle tente de joindre l’entraîneur à plusieurs reprises… en pure perte !

Son cheval est abattu à son insu : le cauchemar de tout propriétaire !

Un mauvais pressentiment s’installe. Sa fille Emilie regarde les données concernant Cannelle du Bessay sur Harasire. Stupeur, douche froide, la pouliche est enregistrée comme morte depuis le 27 août. La propriétaire pense d’abord à une erreur informatique, et contacte les Haras nationaux. Ceux-ci joignent une photocopie du livret de la pouliche, confirmant un abattage le 3 août à Surgères, en Charente.

Le mensonge ne prend pas…

D’après le témoignage de Mady, l’entraîneur assure sans faillir que la pouliche est remise au travail. La famille Petit nourrit l’espoir de retrouver Cannelle vivante : le mari et la fille de Mady se rendent chez l’entraîneur. Contrarié, celui-ci indique vaguement un paddock où Cannelle est susceptible de se trouver. Rien. Il propose à la famille Petit de revenir voir Cannelle au sulky plus tard, mais le mensonge ne prend pas. Une plainte est déposée à la gendarmerie.

« C\'était bien fini pour la petite Cannelle ! », témoigne Mady. « Je me pose et me repose toujours la même question... à quoi bon éditer des cartes de propriétaires, si un simple livret suffit pour conduire votre cheval dans le couloir de la mort ? Elle est où, la traçabilité ? »

Auprès des gendarmes, J. G. se voit contraint d’avouer. D’après Mady, l’explication qu’il fournit « ne tient pas la route ». Il parle d’une erreur, d’un « copain à lui » chargé de superviser l’entraînement, qui se serait trompé de cheval pour l’abattage.

Le maquignon qui a acheté Cannelle n’a ni demandé la carte de propriété, ni « voulu en savoir plus ». Mady est abasourdie : « Je n’arrive pas du tout à comprendre. Un laps de temps s’écoule entre le départ du cheval chez le maquignon et l’abattage ». Au fil de l’enquête, elle découvre que l’entraîneur J. G. « casse les chevaux ».

Si Mady a un message à faire passer, c’est l’espoir que « justice soit faite à l\'encontre de ce monstre sans scrupule et sans cœur. Je traverse actuellement un vrai cauchemar ».

L’abattoir de Surgères avait déjà dit par courrier que la situation ne se reproduirait plus…

L’association ASAF (Action sauvetage animaux France - actionsauvetageanimauxfrance@gmail.com) s’est emparée de ce dossier. Les multiples failles de la filière hippophagique révélées depuis 2013 ne sont toujours pas résolues. Pire, l’abattoir de Surgères a déjà été pointé du doigt pour un « dysfonctionnement » très semblable, un autre cheval abattu contre la volonté de son propriétaire et sans la carte. Un courrier avait été envoyé, stipulant que la carte serait dès lors demandée… Un engagement qui n’a pas été tenu.