Vieillir auprès des animaux : un projet de « ferme de retraite »

Par Amélie Tsaag Valren

Journal N°69 -
Le contact avec les animaux fait du bien aux personnes âgées, ce n’est plus à prouver. Partant de ce constat, Pascale Gérin et sa fille Eugénie ont lancé l’idée de créer une « ferme-retraite » qui accueille à la fois des animaux et des personnes âgées, tout en proposant des contacts réguliers avec les chevaux… parfois retraités eux-mêmes ! Une belle initiative à soutenir.

« Je le fais à la fois pour l’animal et pour l\'humain », annonce d’emblée Pascale. « Pendant les 9 années que j’ai passés dans les services à la personne, j’ai souvent vu la détresse des personnes âgées. Partir en maison de retraite sans son animal, séparer l’animal de son maître, tout cela est un drame… et quand il s’agit de personnes âgées, les gens ne se bougent pas ».

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© DR

Ce que Pascale souhaite créer, ce n’est pas une maison de retraite au plein sens du terme (qui implique certaines normes et un environnement médicalisé) mais un lieu où les personnes âgées pourront vieillir sereinement aux côtés de leur animal, de ceux de la « ferme », et ceux des autres pensionnaires !

L’expérience passée et une période de chômage ont motivé la décision de Pascale. Sa fille Eugénie est titulaire d’une formation de palefrenière. Elle monte depuis 12 ans, notamment des chevaux de propriétaires depuis 2 ans. Pascale n’est pas cavalière, mais elle prend l’aventure avec le sourire : « Depuis qu’un cheval m’a marché sur le pied, je n’ai plus peur ! » Se lancer, trouver la motivation, « rentrer dedans », rien de plus naturel : « Il y a beaucoup trop d’escroqueries contre les personnes âgées, de maisons de retraite qui pratiquent des tarifs abusifs. En plus, énormément de chevaux sont maltraités. Notre ferme-retraite pratiquera des tarifs raisonnés, entre 900 et 1000 euros par mois. Les locataires auront droit aux APL ».

Potager et couvée de poules

Au départ, Pascale pensait lancer son projet en choisissant une vache qui servirait à la fois de mascotte aux pensionnaires retraités, et de fournisseuse de lait. « Trop contraignant ». La réglementation, notamment sanitaire, est très pointilleuse pour ce qui concerne la garde et la traite des bovins. En revanche, « nous aurons des poules, un potager, et bien sûr les chevaux… » Des animaux récupérés en partenariat avec des associations de sauvetage locales, qui sauvent des chevaux en partance pour la boucherie. Des enfants seraient régulièrement invités à s’initier au poney en bardette et tenus en licol, dans une carrière. Les animaux non retraités seront régulièrement travaillés pour rester en bonne santé.

« On a participé au sauvetage d’un poney qui était gardé dans un cirque », ajoute Pascale, « il lui manquait un œil, il a dû beaucoup souffrir… comme souvent les animaux dans les petits cirques ».
Une fois la ferme-retraite lancée, il faudra subvenir aux besoins de tous les pensionnaires : « Un cheval coûte cher, c’est tout de même 1 000 euros par an et par animal. Nous aurons deux chevaux à la retraite, en pension-box. L’idée est d’avoir un rapport animal-humain entre 50/50 et 90/10 % ! On habitera la ferme-retraite à l’année, ce qui permettra de répondre au besoin humain et animal. Il y aura un service de coiffure gratuit, car j’y ai été formée. Je sais aussi toiletter les chiens, j’étais spécialisée dans les lévriers Afghans ! Les pensionnaires auront évidemment droit à des sorties, balades et restaurants, de temps en temps ».

Financement participatif

Pour que leur ferme-retraite voie le jour, Pascale et Eugénie doivent encore convaincre les internautes et les pouvoirs publics de sa viabilité. N’ayant pas les fonds pour la lancer, elles font appel au financement participatif via une plate-forme spécialisée, et aux dons… Bardettes, licols, camion, voiture familiale, tout reste à trouver ! Le terrain aussi : « Nous sommes en relation avec notre sénatrice locale pour la recherche du terrain. Il nous faudrait 3 000 hectares. Nous avons des contacts intéressants pour Clécy ».
Affaire à suivre !