La « charte pour le bien-être équin » : effet d’annonce ?



Journal N°70 -
La Fédération Française d’Équitation, La Fédération Nationale du Cheval, l’Association Vétérinaire Équine Française, le Groupement Hippique National, Le Trot et France Galop ont récemment signé conjointement une charte pour le bien-être équin. Une très bonne chose, mais nous restons dubitatifs quant à la volonté et aux moyens réels mis en œuvre pour la faire appliquer.

Différents acteurs du monde équestre ont réussi à s’accorder sur une charte en huit mesures, visant à garantir un traitement juste des équidés. Elle a été signée le vendredi 4 mars dernier au Salon de l’Agriculture, en présence du président de la FNSEA, Xavier Beulin. Le but est de « répondre à la montée en puissance des préoccupations autour du bien-être et du statut des chevaux ».

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Il est vrai que, depuis la révélation du traitement des chevaux dans l’abattoir d’Alès, la colère est montée d’un cran. « On entend beaucoup de choses sur le monde du cheval, et on a l’impression qu’on ne connaît pas nos pratiques », a déclaré Marianne Dutoit, présidente de la FNC.

« Un signal fort »

Si l’idée de promouvoir l’acquisition des connaissances et des compétences liées aux besoins des chevaux semble une très bonne chose, nous restons dubitatifs sur le but réel de la création de cette charte, en raison de nombreuses déclarations passées (y compris en off) de la part de ses signataires. Ne s’agit-il pas d’un effet d’annonce, visant à restaurer la confiance perdue des cavaliers amateurs et de loisir envers la FFE, le monde agricole et les institutions des courses ?

L’article de Paris-Turf consacré à ce sujet parle d’un « signal fort adressé aux lobbys qui voudraient nuire par tous les moyens à la réputation du monde équin, notamment par le biais de caméras cachées mal intentionnées ».

L’urgence est-elle de créer des chartes, ou de faire respecter les lois existantes, régulièrement bafouées ?


Si le bien-être est déjà la règle, alors ces « caméra cachées », ne devraient rien trouver de choquant à révéler au public.

Le détail de la charte

Cette « Charte du bien-être équin » se compose de 8 mesures, que toutes les personnes qui travaillent en relation avec des chevaux, ou qui en détiennent, devraient appliquer. Fin 2016, elle sera enrichie d’une « déclinaison technique » à l’attention des professionnels, visant à les aider à la mettre en œuvre :

  1. Veiller à établir une relation de confiance lors de la manipulation des chevaux et de leurs contacts avec l’homme.
  2. Garantir un approvisionnement en eau et en aliment suffisants et adaptés aux besoins physiologiques et comportementaux des chevaux, ainsi qu’à l’intensité du travail demandé.
  3. Offrir aux chevaux un lieu de vie aménagé de manière à prévenir les risques de blessures et de maladies et leur permettant de s’adapter aux variations climatiques.
  4. Veiller à structurer et à aménager l’environnement de vie des chevaux de façon à leur permettre d’exprimer leurs comportements naturels et à leur offrir un confort de repos et de travail.
  5. Respecter le caractère grégaire des chevaux en favorisant les contacts sociaux positifs entre eux afin de limiter les troubles comportementaux.
  6. Définir collectivement les bonnes pratiques d’élevage, de détention et d’utilisation des chevaux dans l’objectif de limiter les risques pour leur santé.
  7. Prévenir ou soulager la douleur.
  8. Assurer, tout au long de la vie des chevaux, les soins nécessaires. Leur mort doit advenir dans des conditions décentes lorsqu’il n’existe pas de traitements efficaces et économiquement supportables.

Des points semblent théoriquement déjà connus de la plupart des professionnels du monde équestre, leur mise en œuvre relevant du simple bon sens.

La main droite et la main gauche…

Ce qu’ont mis en lumière les derniers scandales d’Alès et de l’abattoir du Vigan, c’est le décalage entre un discours officiel de respect du bien-être animal, et une réalité qui nous laisse muets d’horreur. Même si les images filmées à Alès ne représentent qu’une exception malheureuse, de telles situations ne devraient jamais se produire.

À ce titre, les pratiques ordinaires des abattoirs français et européens sont en violation de deux mesures de la nouvelle charte du bien-être équin : ils ne préviennent et ne soulagent pas la douleur, ils n’offrent pas une mort dans des conditions décentes. Et si les images filmées à Alès et au Vigan sont des « caméras cachées mal intentionnées », il semble utile de rappeler que l’association qui a filmé dans ces lieux a d’abord été interpellée par des employés choqués par les méthodes mises en œuvre.

L’entraînement du cheval en rollkur est lui aussi en violation de la mesure 7 de la charte, la douleur générée ayant été prouvée par les dernières études, ce qui a motivé la Suisse à le bannir officiellement. Les agissements des éleveurs « professionnels » de chevaux de trait, filmés lors de la foire aux chevaux du Menez-Bré, sont quant à eux en contradiction flagrante avec la première mesure de la charte. Nous aimerions croire qu’il s’agit d’une exception malheureuse, et pourtant… Ces dernières images ont été tournées par une spectatrice choquée, loin d’être une militante animée par l’envie de nuire. Que dire du cas de cette jument trotteur abattue à l’insu de ses propriétaires en août dernier ?

Les lois actuelles régissant le bien-être équin souffrent de trop nombreuses exceptions. L’urgence est-elle de créer des chartes, ou de faire respecter les lois existantes, trop régulièrement bafouées ?
C’est la raison pour laquelle je doute d’une volonté réelle d’améliorer le bien-être des chevaux grâce à cette charte, signée devant le président de la FNSEA Xavier Beulin. Pour avoir défendu un productivisme effréné et des cadences infernales dans les abattoirs, M. Beulin est au moins en partie responsable du problème que cette charte voudrait combattre. Les déclarations de Marianne Dutoit, dans ses fonctions de présidente de la FNC, apparaissent contradictoires. En septembre dernier, elle assurait aux assises de la filière que « 99% des abattages se passent bien », ce qui n’était clairement pas la réalité. Ajoutons que deux ans après la fraude à la viande de cheval, rien n’a été mis en place pour assurer une vraie traçabilité.

Ces doutes concernent aussi les secteurs du trot et du galop. Assister à un prix de Cornulier qui ressemble à une foire de coups de cravaches, comme l’a dénoncé l’un de nos confrères, n’est pas à l’honneur d’une filière réellement soucieuse de bien-être animal. Justement, une révision du barème des sanctions encourues pour abus de la cravache en trot a été annoncée. Saluons cette initiative…