Bien-être : les mesures proposées par Stéphane Le Foll



Journal N°71 -
Fin mars, le cabinet de Manuel Valls répondait fort succinctement à la demande des associations de protection animale. Rebondissement : le 5 avril, Stéphane Le Foll promet la création d’un délit de maltraitance sur animaux dans les abattoirs, dans le cadre d’une stratégie d’amélioration de la condition animale en France, sur 4 ans.

Fin mars, le cabinet de Manuel Valls répondait succinctement à la demande des associations de protection animale, dont L214 et Compassion In World Farming (CIW), qui avaient co-signé un courrier demandant des contrôles réguliers aux postes d’abattage, et un renforcement des sanctions encourues en cas de manquement.

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La réponse annonçait que 60 postes de vétérinaires en abattoir sont créés chaque année jusqu’en 2017. Les créations de postes sont jugées très insuffisantes pour mettre un terme aux nombreux et graves dysfonctionnements constatés dans les abattoirs, manque de formation du personnel et ratages dans les étourdissements, entre autres. Ces associations déploraient que « les enjeux commerciaux prennent systématiquement le pas sur le bien-être des animaux ».

Tuer un animal n’est jamais un acte anodin : l’installation d’un abattoir dans une ville entraîne presque toujours une augmentation importante de la violence et de la criminalité dans son entourage immédiat

L’abattoir du Vigan vient de rouvrir, celui d’Alès a mis sa chaîne d’abattage des chevaux à l’arrêt. Des chevaux qui seront envoyés ailleurs, vers d’autres chaînes d’abattage mal adaptées, générant pour eux une souffrance inutile et de plus longs transports.

Retournement de situation

Retournement de situation le 5 avril. Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a annoncé la création d’un « délit de maltraitance » sur animaux, qui sera assorti de « sanctions pénales », dans le cadre d’un plan de bien-être animal sur 4 ans, intégré à la loi Sapin. Ce plan contient un paragraphe relatif aux chevaux :

« La filière équine que ce soit pour les chevaux de courses, de sport, de travail ou de loisir, est particulièrement développée et importante en France. Les éléments objectifs d\'appréciation du bien-être du cheval, en élevage ou dans le cadre des diverses activités équestres, font l\'objet de publications scientifiques récentes. Les agents des DD(CS)PP en charge de l\'inspection de ces établissements, en collaboration avec les agents de l\'Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE), s\'attachent à faire respecter les bonnes pratiques dans ce domaine. Une réflexion devra être menée pour améliorer la diffusion de l\'information technique et scientifique au sein des services afin de pouvoir faire progresser la prise en compte du bien-être des chevaux à tous les stades et en collaboration étroite avec l\'ensemble des acteurs de la filière. »

Le plan de Stéphane Le Foll

Ce plan gouvernemental ambitieux va dans le bon sens. En plus des 20 mesures applicables aux éleveurs, aux abattoirs et à la recherche, il propose des solutions concrètes dès cette année. Première mesure phare à venir, la création d’un « centre national de référence sur le bien-être animal », dont la mission sera orientée sur la recherche et la diffusion de résultats de recherches et d’innovation aux éleveurs et au grand public. Ce centre national devrait être accompagné d’une plate-forme qui permettra d’actualiser les référentiels « au plus près des connaissances nouvelles ». Le plan rappelle au passage l’importance du rôle des vétérinaires.

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Modernisation des structures, meilleure prise en compte de la douleur, recherche d’alternatives aux méthodes douloureuses et à l’expérimentation animale sont au programme. Quatre mesures concernent les abattoirs, avec un renforcement prévu du contrôle de l’état, un alourdissement des sanctions encourues en cas de manquement, une modernisation des structures et une évolution attendue des pratiques.

Les mesures 15 à 17 devraient soulager – enfin – les refuges équins de situations parfois dramatiques, celle d’un constat de chevaux en détresse doublé d’une impossibilité d’intervenir pendant des mois, voire des années. Des cellules opérationnelles de prévention devraient être mises en place pour détecter plus rapidement les animaux en souffrance, et les prendre en charge. Des outils de sensibilisation et de communication devraient être développés à destination des (futurs) propriétaires d\'animaux de compagnie ou de loisirs.
A ce titre, la coopération de l’état avec les refuges équins et les associations reconnues pour leur sérieux apparaît nécessaire.

Défendre le « droit de savoir »

Nous saluons ce plan, dont les mesures concrètes vont dans le sens d’une coopération entre éleveurs, scientifiques et associations de protection animale, seule manière de garantir une réelle avancée.
Autre détail important, ces mesures prennent le chemin inverse de celui de l’industrie de la viande aux Etats-Unis, où la criminalisation des lanceurs d’alerte est devenue la norme. Le personnel des abattoirs américains doit signer un contrat stipulant l’interdiction d’entrer en contact avec les associations de protection animale. Aux États-Unis, filmer dans les abattoirs est devenu illégal depuis quelques années

Le droit de savoir comment les animaux sont traités fait partie des droits fondamentaux des citoyens, qu’ils soient français ou d’ailleurs. 
L’interdiction de ce « droit de savoir » se retrouve dans la difficulté à filmer les détentes avant les compétitions de dressage (lire à ce sujet le récit de notre correspondante Nelly Valère ici), les euthanasies quelques heures après les épreuves d’endurance (lire ici), les chevaux mal étourdis et découpés conscients dans les abattoirs... Un nombre croissant de personnes se sont détournées des terrains de concours et des hippodromes pour affirmer leur désaccord avec le spectacle proposé. Une application concrète des mesures en faveur du bien-être animal, dans la transparence, ne pourra qu’encourager à revenir sur le terrain.

Faut-il automatiser les abattoirs ?

Comme l’a souligné notre confrère Jean-Paul Richier, le travail en abattoir ne génère pas que de la souffrance animale. Les opérateurs sont soumis à un stress intense et à une pression productiviste importante, favorable aux comportements violents voire sadiques que l’on observe dans la vidéo du Vigan. De plus, l’installation d’un abattoir dans une ville entraîne presque toujours une augmentation importante de la violence et de la criminalité dans son entourage immédiat, comme l’ont souligné une douzaine d’études : tuer un animal n’est jamais un acte anodin. Cela affecte profondément le psychisme humain, consciemment ou non. 

À ce titre, l’automatisation progressive des abattoirs dans le cadre d’une modernisation des installations paraît être, à défaut, la « moins mauvaise solution » pour éviter à la fois des « ratages » à l’étourdissement et une souffrance du personnel des abattoirs. 

Si l’on ne peut se passer des abattoirs pour la gestion des chevaux non-désirés, garantir une mort sans souffrance ni cruauté est le minimum dans une société qui se veut civilisée.