Le monde équestre en marche arrière 



Journal N°72 -
La muserolle dite « suédoise » est aussi appelée « pull back ». Littéralement « tirer en arrière ». Pas très joli comme concept équestre ! Bien des spécialistes se sont exprimés dans nos pages, et tous prônent une équitation « d’arrière en avant » et non l’inverse. Mais tirer vers l’arrière semble être désormais la norme...

\"Laetitia

La muserolle dite « suédoise » est aussi appelée « pull back ». Littéralement « tirer en arrière ». Pas très joli comme concept équestre ! Bien des spécialistes se sont exprimés dans nos pages, et tous prônent une équitation « d’arrière en avant » et non l’inverse. Mais tirer vers l’arrière semble être désormais la norme...

Dans l’équitation d’après guerre (vous suivez ? c’était il y a longtemps) il existait deux sortes de muserolles : celle dite « française », large, plate, que l’on mettait un point d’honneur à placer haut sur le chanfrein (c’était plus chic) et seule admise avec la bride double. El la muserolle dite allemande, qui se mettait plus bas et avait pour but de fermer la bouche. En anglais, elle s’appelait « dropped noseband » par opposition à « noseband » tout court qui était la muserolle « normale », française. Il y avait aussi quelques variantes, la muserolle croisée dite italienne, apparue plus tard.

Tous les équipements sportifs évoluent, c’est normal et c’est heureux. Le sport équestre est sans doute celui dans lequel le matériel a le moins évolué en cinquante ans, par rapport au ski par exemple.

Françisé, le terme de noseband a changé de signification, au même titre que des mots comme jogging ou brushing qui ne sont pas employés en anglais dans le sens que nous leur avons donné !

Depuis quelques année les brides complètes sont équipées d’une muserolle épaisse et rembourrée, appelé pullback. Terme lui aussi usurpé puisque venant de l’équitation western, dans laquelle il désigne une « ennasure » dispositif qui agit sur le nez et remplace l’embouchure. Le tout rebaptisé on ne sait pourquoi muserolle « suédoise ». Et parfois utilisé avec un noseband, on ne sait jamais au cas où le cheval aurait encore l’audace d’ouvrir la bouche…

A quoi sert ce pull-back avec une brise complète, quand on sait que le mors de bride a en lui-même un effet abaisseur ? Cette muserolle nouvelle, si largement rembourrée, avoue ses intentions : il s’agit d’appuyer fort sur le chanfrein.

Sur les rectangles de compétition, la légèreté, nous le savons, est depuis longtemps balayée d’un revers de main (dure). La mobilisation de la mâchoire, à la fois cause et témoin de la décontraction du cheval, a été très souvent évoquée et débattue dans les pages de Cheval Savoir, sous la plume des meilleurs spécialistes (tapez donc le mot « mâchoire » dans le petit moteur de recherche de CS et vous aurez de quoi lire et réfléchir pendant plusieurs soirées).

L’équitation d’avant en arrière, que nous voyons de nos jours, induit une souffrance des chevaux. De nombreux articles parus dans Cheval Savoir à ce sujet n’ont pas manqué de susciter parfois des réactions de la FEI, qui d’ailleurs n’aime guère notre revue. Et deux scientifiques, Kate Fenner et Paul D. McGreevy, ont publié récemment, à deux mois des jeux Olympiques de Rio, une étude qui démontre par A+B que le pull-back, associé à une bride complète, est nocif.

Tirer d’avant en arrière, ce n’est pas de la belle équitation, ce n’est même pas de l’équitation acceptable. De nos jours, où le statut de l’animal a été redéfini et la protection du cheval de mieux en mieux prise en compte, notre sport, loin de progresser, fait-il marche arrière ?

Photo de couverture : © Pelana - Fotolia.com