Débat autour de la muserolle suédoise, ou pull-back

Par Amélie Tsaag-Valren

Journal N°72 -
Un article scientifique paru à quelques mois des Jeux olympiques de Rio suscite une nouvelle polémique. La chercheuse Kate Fenner et le professeur australien Paul D. McGreevy, bien connu pour son investissement en faveur du bien-être du cheval en compétition, se prononcent, étude de cas à l’appui, contre l’utilisation de la muserolle suédoise associée à la bride complète.

Nous savons la présence de l’équitation aux Jeux Olympiques régulièrement remise en cause, en raison des comportements condamnables de certains cavaliers : séances de « rollkur », langues bleues, présence de sang, contrôles anti-dopage positifs…

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Photo de Revital Salomon, licence CC by Sa 4.0. Source : Wikimedia commons.

Autant d’affaires qui poussent un nombre croissant de personnes à demander l’interdiction des sports équestres en compétition olympique, pour cause de brutalité envers le cheval. Le dressage est actuellement la discipline la plus controversée.

La FEI a retiré la directive qui exige de pouvoir passer deux doigts sous les muserolles, estimant cette mesure… trop imprécise !

L’étude de Kate Fenner et Paul D. McGreevy

La chercheuse Kate Fenner a supervisé cette étude à l’université de Sydney. On ne présente plus le Pr Paul McGreevy, enseignant spécialisé dans le bien-être animal à l’université de Sydney, co-auteur de l’ouvrage de référence Equitation Science, régulièrement récompensé pour ses travaux depuis 2001. (Lire ici)

Le test du serrage

L’étude consistait à équiper un cheval d\'une muserolle suédoise en utilisant le serrage classique des compétitions, et à mesurer les variations de son rythme cardiaque ainsi que sa température faciale. La variation peut être extrêmement importante, de 34 à 100 battements de cœur par minute (la moyenne est de 46). Ces observations fournissent un indice déterminant, car le cheval ne donne que peu de réponses physiques au stress : « la seul différence que l’on peut observer à l’œil nu chez le cheval, c’est qu’il mâchonne (un comportement associé à la détente) moins souvent ». Le port d’une muserolle suédoise empêche également le cheval de bailler, d’avaler et de lécher.

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© Viktoria Makarova-Fotolia.com

L’observation de dommages sur les tissus (joues écorchées car poussées contre les dents à cause de la pression de la muserolle, par exemple), et sur les nerfs, a conduit le Pr McGreevy, dans la conclusion de son étude, à s’opposer fermement à l’utilisation de cet équipement. Il est par ailleurs convaincu depuis longtemps que le serrage exagéré de la muserolle vise à « supprimer tous les signes qui montrent qu\'un cheval est monté de manière trop agressive. Avec une muserolle serrée, vous éliminez ces comportements laids qui devraient normalement attirer des sanctions (en dressage) et vous obtenez également plus d\'attention du cheval […] essentiellement, ces muserolles restrictives ôtent au cheval toute possibilité de s’exprimer ». L’étude a été publiée dans la prestigieuse revue Public Library of Science (PloS). Elle arrive aux mêmes conclusions qu’une autre, publiée par la même équipe en 2012.

Bidda Jones, responsable du comité scientifique de la RSPCA Australia (association australienne de protection animale), a demandé l’interdiction des muserolles suédoises en compétition, déclarant qu’« aucun cheval ne devrait avoir à souffrir au nom du sport. On ne laisserait jamais un être humain concourir en portant de tels artifices. Mais les chevaux ne peuvent pas se plaindre ».

Débat à quelques mois des jeux olympiques

La nouvelle a été reprise par nos confrères australiens d’abc.net, et par le Guardian, important journal britannique. Paul McGreevy propose une mesure simple : contrôler le degré de serrage des muserolles avant et après chaque compétition, à l’aide d’un outil en plastique en forme de cône.

Interpellée à ce sujet voilà quelques temps, la FEI a… retiré la directive qui exigeait la possibilité de passer deux doigts sous les muserolles, arguant que cette mesure est trop imprécise. Argument logique, mais la FEI reste réticente à utiliser l’outil créé par Paul McGreevy. Le porte-parole a déclaré que « grâce à son propre département vétérinaire, la FEI est en recherche constante. La FEI respecte pleinement les recherches qui ont été consacrés au développement d’une jauge en forme de cône. Cependant, lors des compétitions où les chevaux - tout comme les athlètes humains - peuvent être beaucoup équipés, on estime qu\'un contrôle physique reste la méthode la plus sûre et la plus efficace pour veiller à ce que les muserolles soient correctement utilisées ».

Certains vétérinaires s’opposent aux conclusions de cette étude, arguant qu’aucune preuve ne démontre que l’utilisation seule d’un outil puisse être responsable de blessures chez un cheval. Autre argument opposé : l’étude a été réalisée sur un échantillon de chevaux assez faible (bien que valide pour réaliser des études statistiques), et n’a pas pris en compte l’habitude que peuvent prendre les animaux à porter un tel équipement. « Peut-on sincèrement s’habituer à porter un outil qui empêche de bailler, de mâcher et de déglutir ? », demande Kate Fenner, en réponse à ces critiques.

Une pétition a été lancée voilà deux mois (en anglais), pour demander l’interdiction des muserolles suédoises en compétition.