Paradoxales leçons…



Journal N°78 -
Quand j’étais très jeune et lui très vieux, j’ai eu l’honneur de connaître le Colonel Lesage, « grand dieu » de Saumur et médaille d’or en dressage à Los Angeles en 1932. Après m’avoir félicitée de mon goût pour l’équitation, l’excellent vieillard m’a conseillé de lire beaucoup. Vite dit…

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Quand j’étais très jeune et lui très vieux, j’ai eu l’honneur de connaître le Colonel Lesage, « grand dieu » de Saumur et médaille d’or en dressage à Los Angeles en 1932. Après m’avoir félicitée de mon goût pour l’équitation, l’excellent vieillard m’a conseillé de lire beaucoup. Vite dit…

Il n’y avait pas beaucoup de livres équestres à l’époque, sauf les classiques, comme « Questions Equestres (du Général Lhotte) qu’il me recommanda vivement et auquel je ne compris strictement rien.

Aujourd’hui, c’est l’inflation. A la Rédac, il ne se passe guère de semaine sans que nous recevions un ou plusieurs livres en « service de presse ». Impossible de tous les passer en revue dans nos colonnes puisque nous avons comme principe, à CS, de ne parler que des ouvrages que nous avons vraiment lus. Il y en a pour tous les âges, toutes les bourses, et toutes les sensibilités équestres…J’allais dire toutes les chapelles ! Cela va du livre-cadeau basique pour enfant (quand ce ne sont pas des calendriers) au livre didactique (en ce moment, la mode est aux sujet cloisonnés, genre « Le cheval de concours  complet ») sans parler des compilations de photos plus ou moins biographiques de vedettes du spectacle ou du CSO.

Et puis il y a un énorme courant : celui du livre « relationnel ». Nous ne nous en plaindrons pas à CS, nous qui depuis sept ans prônons le dialogue avec le cheval et traitons si souvent des effets de cette relation insolite et intense où l’animal est à la fois compagnon, sésame et médecin. Nous avons aimé le bouquin de Christelle Perrin « Nouveaux secrets de la relation homme-cheval » dont nous aurons l’occasion de reparler…

Et puis parfois, cela va un peu fort : ainsi « Chevaucher entre deux mondes » de Linda Kohanov, mélange farfelu d’ésotérisme, de religion (catholique - Jésus est cité) et de psychologie, le tout émaillé de témoignages parfois discutables (la narratrice explique être restée allongée toute une nuit d’orage dans le box d’une jument et de son poulain, la jument « faisant des cercles autour de nous, nerveusement, à chaque coup de tonnerre ». Le Tao, c’est cool, la prudence, c’est mieux. Simple opinion personnelle…

A l’inverse, un petit bouquin m’a récemment interpellée : « Sept leçons sur le cheval de chasse ». Ô horreur, évocation désagréable, sujet tabou, rejet de principe. Et puis voilà, j’ai quand même ouvert le livre. Si l’on met à part ce qui nous dérange (certes, c’est un livre qui évoque la chasse à courre) il faut bien reconnaître que de nombreuses pages sont riches d\'excellents conseils d\'équitation, de belles expériences, d’amour du cheval, de sensibilité déroutante face à la nature. Quel paradoxe !

Sans doute faut-il savoir écouter, comprendre et parfois excuser ceux qui, de prime abord, semblent très différents de nous, ou dont les concepts nous choquent. Ils ont souvent quelque chose à nous dire aussi.
C’est sans doute un vœu à formuler pour 2017…

Photo de couverture : © Gimsan – Fotolia.com