Caméras dans les abattoirs : c’est oui. Mais…


Par Amélie Tsaag-Valren



Journal N°78 -
La « loi Falorni » a été adoptée ce jeudi 12 janvier en première lecture pour répondre aux graves problèmes constatés dans les abattoirs. C’était l’une des mesures les plus attendues après les sept scandales filmés par l’association L 214. Une avancée attendue et saluée par le grand public, mais qui cache des problèmes structurels et humains…

Tout le monde a encore à l’esprit le scandale de l’abattoir d’Alès.
Rappelons qu’après de nombreuses enquêtes et des inspections dans les abattoirs, ainsi que des auditions publiques des acteurs impliqués – directeurs d’abattoirs, éleveurs, associations, chercheurs, etc.

Stéphane Le Foll, Ministre de l’Agriculture, avait proposé en avril 2016 une série de mesures.

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Le Trait Belge, un cheval souvent élevé pour la boucherie. Photo wiki média.

Les conclusions du rapport sont sévères. L’ensemble de ces inspections a révélé de « nombreux dysfonctionnements souvent mineurs, parfois majeurs, auxquels il est indispensable de remédier ».

Une loi vidée de sa substance

La loi Falorni adoptée le 12 janvier est une version très différente de la proposition d’origine. Nombre de mesures qui auraient pu garantir une meilleure prise en compte de la sensibilité animale ont été supprimées, pour ne garder qu’une mesure-phare, l’installation obligatoire de caméras.

Aucune information ne permet de savoir qui donnera l’alerte en cas d’infraction…

Parmi ces propositions évacuées : l’interdiction totale de l’abattage sans étourdissement et de l’abattage d\'animaux en fin de gestation, la présence d’un agent vétérinaire aux postes clé, le droit de visite des associations de protection animale, une meilleure formation du personnel, et la création de camions-abattoirs mobiles, pourtant réclamée depuis des années par les éleveurs de zones difficiles d’accès.

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© L. Bataille

Restent quelques mesures qui témoignent de réelles avancées. En particulier, la création d’un comité national d’éthique dans les abattoirs, réunissant éleveurs, vétérinaires, associations de protection animale et élus locaux. En ces temps de conflits sociaux, le dialogue apparaît plus que nécessaire. Egalement, un renforcement des sanctions encourues pour « mauvais traitement des animaux », par la requalification en délit des maltraitances animales dans les abattoirs ou pendant le transport.

Reste à savoir si les mesures seront applicables, et c’est là, pour reprendre une expression favorite dans notre monde équestre, que le bât blesse.

Qui sera derrière les caméras ?

A partir du 1er janvier 2018, les abattoirs devront être équipés de systèmes de vidéosurveillance dans « les lieux d’acheminement, d’hébergement, d’immobilisation, d’étourdissement, d’abattage et de mise à mort » des animaux de rente.

Les images seront conservables pendant un mois, et visibles uniquement par les services vétérinaires, ainsi que d’un salarié de l’entreprise chargé de veiller au respect des lois sur la manipulation des animaux. Les associations de protection animale ne sont pas autorisées à les visionner. Aucune information ne permet de savoir qui donnera l’alerte en cas d’infraction. Si l’on espère que les « lanceurs d’alertes » seront protégés, dans la pratique, rien n’indique que ce sera le cas. De plus, les vétérinaires sont en nombre trop réduit pour répondre aux besoins.

Un problème humain

En creusant un peu, il n’est pas certain que cette loi diminuera la souffrance animale. La pression mise sur les salariés, elle, va s’intensifier.
Par recherche constante de rentabilité, la pression productiviste mise sur le personnel des abattoirs est de plus en plus importante. C’est la raison pour laquelle il est si difficile de recruter du personnel compétent pour la manipulation et la mise à mort des animaux, les recrutés étant souvent des intérimaires venus de pays extérieurs (Roumanie, notamment). Egalement, un certain nombre de « vidéos-choc » tournées dans les abattoirs l’ont été à la suite de dénonciations du personnel sur leurs conditions de travail.

Retrouvez tous nos articles sur l’abattage des chevaux et les circuits de boucherie ici.