Jean Rochefort :
"J'ai avec le cheval une relation passionnelle"


Propos recueillis par Laetitia Bataille et Nelly Valère


Journal N°17 - Janvier 2011

Il nous reçoit dans un appartement parisien entre cour et jardin. Beaux et abondants cheveux blancs, pantalon de velours jaune vif, Jean Rochefort est juvénile d\'allure et d\'esprit, et ses yeux pétillent davantage encore dès qu\'est prononcé le mot cheval.

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Jean Rochefort répond aux questions de Cheval Savoir. © N.Valère

Acteur comblé aux multiples succès, Jean Rochefort a mené l\'équivalent d\'une double vie dans laquelle il tournait des films pendant la semaine et \"tournait\" en concours le week-end. En se cachant des compagnies d\'assurance qui verraient d\'un mauvais œil la moindre fracture risquant d\'immobiliser une production !
Quelque chose d\'indéfinissable lie Jean Rochefort au cheval. Tout a commencé lors d\'une rencontre, quasi initiatique. Il nous parle de cette passion avec ce mélange d\'intense émotion retenue et d\'élégante désinvolture qui a caractérisé ses meilleurs rôles. Une première rencontre avec le cheval est une chose que l\'on n\'aborde sans doute qu\'avec une certaine gravité...


Cheval Savoir : Jean Rochefort, vous avez commencé l\'équitation pour les nécessités du film Cartouche, de Philippe de Broca, il y a pile cinquante ans. Cette \"rencontre\" a déterminé l\'orientation de tout un pan de votre existence...

Jean Rochefort : J\'ai rencontré le cheval à l’âge adulte, oui. J’avais trente ans ; cela a été une découverte passionnante…amoureuse…passionnelle…donc douloureuse…(Jean Rochefort reste pensif un instant). Je dis douloureuse parce que, comme toutes les passions, vous avez des déceptions quand vous ne parvenez pas à réussir quelque chose, à faire des progrès, si vous mettez votre cheval en danger…enfin tout ce qu’une passion peut faire encourir de dangers ! Je n’étais pas très doué je pense. J\'étais avec mon ami Belmondo, qui était très sportif, mais moi, tétanisé par l’émotion que je ressentais, je me cassais la figure très souvent. J\'ai mis huit jours en fait pour arriver à faire semblant de savoir monter à cheval. J’en garde un souvenir atroce !
J’étais ému bien sûr, parce qu’il y avait un contact avec le cheval, mais c’était aussi très douloureux sur le plan morphologique ; j’avais des courbatures partout. Et puis les cascadeurs me faisaient des blagues, sachant que je n’y connaissais rien : j’ai le souvenir aigu d’avoir eu à foncer sur un cheval qui devait partir au galop aussitôt que j’avais le pied à l’étrier, et ils m’avaient complètement dessanglé. Je me suis cassé le métatarse.
Et aussi…ah oui, c’était drôle : dans un film, je me faisais écarteler par des chevaux (c’était truqué, bien évidemment) attaché aux mains et aux pieds. Et quand j’ai eu fini cette scène, on m’a annoncé que ma femme venait d’accoucher. J’avais , en même temps qu’elle, exactement la position de l’accouchement…

C.S. Vous parlez de l’émotion ressentie en découvrant le cheval...c\'était une émotion de quel ordre ?

J.R. Esthétique, semi-sensuel, et…une sorte de \"don-quichottisme\" qui m’insupporte ! Oui, tout de même, une sorte de compassion que j’ai tout de suite ressentie pour cet être livré à la bonne ou la mauvaise volonté de l’homme. L’émotion, c’est ce qui a dominé, puisque cet amour des chevaux ne m’a plus quitté. J’ai eu tellement envie de continuer à monter que des amis m’ont conseillé d’aller me redonner confiance en Camargue ; j’y suis allé et je suis tombé chez un couple de dames délicieuses qui, en plus, entretenaient leurs chevaux magnifiquement ! Ce qui était loin d\'être le cas en Camargue à l\'époque, où on ne dessellait pas les chevaux de la saison ; l’odeur qu’ils dégageaient à cause de leurs blessures était atroce, et si vous protestiez, on vous répondait : « ils vont à la boucherie en octobre ».

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Jean Rochefort est très engagé dans la défense animale. © N.Valère

C.S. Vous êtes engagé dans la défense des chevaux maltraités...

J.R. Oui. La défense animale en général me semble un combat nécessaire. Je lis en ce moment le livre de Jonathan Safran Foer \"Faut -il manger les animaux ?\" C’est un livre que je vous recommande vivement. Les méthodes d\'élevage industriel font froid dans le dos. Je ne suis pas encore végétarien, mais je compte le devenir…
Tout de même, il faut parfois se méfier des truandages : un jour, je tournais un film en Italie, avec Vittorio Gassmann, et la télévision française a eu l\'idée d\'organiser une collecte en faveur de Pech Petit (œuvre de protection des vieux chevaux, ndlr). On m’avait demandé d’aller à Paris pour recevoir solennellement le chèque en direct à la télévision. C\'était inenvisageable d\'abandonner le tournage pendant toute une journée, mais des moyens considérables ont été mis en oeuvre pour que je puisse faire l\'aller-retour dans la soirée : motards précédant la voiture qui me conduisait à l\'aéroport de Rome, avion privé, re-motards devant la voiture qui me conduisait de l\'aéroport de Paris aux locaux de la télévision, où je reste dix minutes, et même processus à nouveau jusqu\'à l\'aéroport, où m\'attend l\'avion privé qui me ramène à mon hôtel à Rome, toujours précédé par les motards ! Que d\'argent dépensé...Le lendemain, à neuf heures, j\'étais sur le plateau, et Vittorio Gassman a eu du mal à croire que j\'avais passé la soirée à Paris ! J\'étais content d’avoir œuvré pour ces pauvres chevaux...mais j\'ai appris plus tard que Pech Petit n\'avait jamais reçu le chèque...

C.S. Revenons au monde de l’équitation : avez-vous perçu une amélioration dans la relation de l’homme au cheval ?

J.R. Oui, oui. Notre satisfaction, c’est qu’il y a eu une évolution assez considérable dans les rapports humano-équins, qui, moi, me fait plaisir. Il y a en compétition d’énormes progrès : il y a une nouvelle génération de cavaliers qui respecte le cheval… En complet, il y a toujours eu un esprit que j’aime énormément, mais en concours hippique, j’ai vu quand même depuis une vingtaine d’années, un changement décisif. On commence à comprendre que le cheval peut être un complice… oui, un complice. Le mot est un peu audacieux peut-être, mais on peut en rêver.
D’ailleurs, j’ai une très belle phrase de Pénélope (Pénélope Leprévost, ndlr) à qui je disais mon étonnement devant la victoire qu’elle venait d’obtenir un dimanche en prenant tous les risques sur une jument qu’elle avait dans ses écuries depuis le mardi seulement. En guise d’explication, elle m’a répondu : « J’ai senti que la jument m’aimait bien ». Rendez-vous compte de cela : « j’ai senti que la jument m’aimait bien »...voilà des choses qu’on ne disait pas il y a vingt-cinq ans. Oui, il est vrai que l\'ambiance du CSO à l\'époque ne me convenait guère...maintenant c\'est beaucoup plus sympathique, les chevaux ne sont plus maltraités comme je l\'ai vu faire par le passé.

J’aimais sentir des progrès chez le cheval…ce \"non-rechignement\", vous voyez ce que je veux dire ?

C.S. Philippe Le Jeune à l’issue de la finale tournante à Lexington a dit : « j’ai essayé d’aller vers les chevaux, et non pas que les chevaux viennent vers moi »

J.R. Philippe Le Jeune parle merveilleusement des chevaux. Alors que j’ai connu des cavaliers qui disaient qu’ils manquaient de \"matériel\"…

C.S. C’est vrai : on parlait de \"matériel équin\", dans les formations professionnelles, mais on parlait aussi de \"matériel humain\"...

J.R. Ah bon ! alors ça me rassure, on était donc à égalité (rires). Mais tout de même, dans les paddocks on n’entendait que des injures « charogne, saloperie, connard...» Moi qui suis tout le contraire et qui ai fréquenté ce milieu très tardivement, j’ai choisi justement le concours complet, parce que j’ai trouvé cela plus respectueux du cheval, plus rustique… Je me souviens que j’avais essuyé un de mes nombreux refus (rires) à l’Etrier, au Bois de Boulogne, et j’avais entendu dans les tribunes : « On n’est pas au cinéma ! » Alors moi qui venais là le dimanche pour me détendre, je suis allé voir du côté du Complet, et j\'y ai trouvé un monde beaucoup plus agréable, plus sympathique. Mais les choses se sont bien arrangées en concours hippique, et maintenant on sent qu’il y a une alliance, de vrais contacts avec les chevaux, des rapports hors équitation...

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« Maintenant, on sent qu’il y a une alliance, de vrais contacts entre les chevaux et les cavaliers ». © N.Valère

C.S. Vous-même êtes devenu cavalier de complet.

J.R. J\'avais commencé par faire du CSO, pendant un an à peu près. Et j’ai préféré passer au Complet, ceci pendant 7 ans. Oh ! à mon petit niveau ! J’étais plus un amoureux des chevaux qu’un compétiteur. En cross, je me demandais toujours si je n’allais pas trop vite, si je n’allais pas fatiguer ma jument. A chaque saut je lui demandais pardon si j’avais le sentiment de l’avoir gênée, ou de l’avoir mise en danger. Je la \"cocottais\" (geste de caresses attentives).
Moi, ce que j\'aimais, c\'était tout ce qui était \"autour\" du cheval : arriver dans une ferme, organiser l\'installation (il n\'y avait pas de boxes démontables comme aujourd\'hui.) C\'était un vrai plaisir de m\'occuper de ma jument, j\'étais même maniaque. La première fois que je l’ai emmenée à un concours un peu loin, comme j\'avais lu dans un livre que le cheval doit boire quarante litres d\'eau pas jour, j’arrêtais mon camion tous les dix kilomètres et j’arrivais avec mon seau… et j\'ai cru lire l’agacement dans le regard de ma jument à la quatrième fois que je le lui ai présenté ! (rires)

C.S. Quels ont été vos maîtres ?

J.R. Ah ! Particulièrement Nelson Pessoa. Un artiste ! J’ai fait le plus mauvais film de ma vie exprès, parce que ça se passait à Rio, et que Nelson était à Rio. Je me suis retrouvé à jouer une bêtise qui n’avait, en plus, rien à voir avec les chevaux. Sauf une scène où, je me souviens, j’enlevais en croupe la jeune première dont j\'étais censé être éperdument amoureux… Je galopais sur une plage à cru sur un beau gris, enlacé par le frère de Nelson, qu’on avait affublé d’une perruque de longs cheveux noirs ! Il y avait aussi Rodrigo (fils de Nelson, et lui-même cavalier international, ndlr) qui avait huit ans à l\'époque, et qui connaissait toutes les origines des chevaux par cœur ; si on voulait des renseignements sur un cheval, il suffisait de lui poser la question, et il répondait de tac au tac... fils de Machin et Machine par Truc... on n\'avait pas besoin de vérifier, il ne se trompait jamais !

C.S. Vous êtes-vous intéressé au dressage ?

J.R. J’aimais bien le dressage du Complet. J’ai continué à travailler chez moi, j’essayais de ressentir des progrès chez le cheval…ce \"non-rechignement\", vous voyez ce que je veux dire ? Quand je partais en promenade avec mon vieux Nashville de 20 ans, si au milieu de la promenade, il couchait les oreilles, c’était pour me signifier qu’il voulait rentrer.

C.S. La mouvance éthologique vous intéresse ?

J.R. Oui, c’est très bien, ça. Thierry Lhermitte est un passionné. Tout se passe sans violence. Ils ont fait connaître ce licol très léger qui permet au cheval de se détendre, en longe particulièrement. Michel Robert s’en sert, d’ailleurs, et Pénélope aussi, qui a été formée par lui.

\"Nashville\"
Nashville, cheval célèbre, dont Jean Rochefort a été le naisseur. © Coll. J.Rochefort

C.S. Parlez-nous de Jean Rochefort éleveur...

J.R. J\'ai été absolument passionné par l\'élevage, et là aussi, je fonctionnais complètement à l\'instinct. Un jour, j\'étais avec ma jument de concours, Téfine, une jument vendéenne qui avait un peu de sang cob normand, et d\'excellents aplombs. Un homme (manifestement un éleveur pur et dur) est passé à côté de moi et a laissé tomber : \"quand on a une jument qui a un dos comme ça, on devrait la faire pouliner\". J\'ai obéi ! J\'ai cherché un étalon, et j\'ai voulu Laudanum, comme ça, par coup de coeur ; je n\'étais pas compétent, mais j\'adorais ce cheval. J\'ai fini par le trouver, boiteux, au fond d\'une cabane. La saillie (en monte naturelle bien sûr...à l\'époque il n\'y avait que cela) a eu lieu sous l\'ironie des personnes présentes. C\'était la première, ou peut-être la deuxième saillie de Laudanum. Il a ainsi été le père de Nashville, (je donne toujours des noms de films à mes poulains) qui a fait une carrière magnifique sous la selle de Jean-Maurice Bonneau. Laudanum a eu ensuite la carrière de reproducteur que l\'on sait, et une des filles de Nashville a été l\'an dernier en tête des gains des chevaux de 6 ans, alors qu\'elle ne toise que 1,53 m !.

\"Alphaville\" \"Louise


A gauche : Alphaville, une fille de Nashville, qui a fait une carrière internationale avec Gilles Bertrand de Balanda. A droite : Louise Rochefort, âgée de 15 ans, est ici sur Nashville âgé de 25 ans. Jean Rochefort fait signe sa fille de mettre pied-à-terre ! © Coll. Jean Rochefort

Marcel Rozier a dit un jour : \"Rochefort élève, mais ne veut jamais vendre\". Mais j\'étais vraiment éleveur dans l\'âme. Une anecdote : je recevais tous les ans une invitation à l\'Elysée pour une sorte de réception de 400 personnes, réservée aux artistes. Je n\'y allais jamais, mais une année, je ne sais pas pourquoi, je me suis décidé. C\'était sous Giscard. J\'arrive, j\'attends un bon moment dans une sorte d\'antichambre. Finalement, inquiet de ne voir personne, je vais trouver l\'huissier : \"Ils arrivent\", me répond-il. Et effectivement, je vois sortir de la pièce voisine le Président, la reine Elizabeth d\'Angleterre, Henry Kissinger, et quelques autres personnages : nous étions huit. On annonce que l\'on passe à table, et je me demande : « qu’est ce que je fous là ?» Manifestement, j\'avais mal lu le carton d\'invitation, et ce n’était pas la réception d’artistes annuelle ! (rires en cascade). Très vite, Giscard se tourne vers Elisabeth et lui dit (extraordinaire épisode d\'imitation, stylisée, par petites touches) : \"Madame...présenter...Jean Rochefoooort, acteur franchais...oscaaaaars...éleveur de chevauuuuuux....\" Elisabeth commence à me parler dans un excellent français : « vous vous intéressez aux chevaux… » « oui, j’ai vu la victoire de votre fille aux Championnats d’Europe au Pin »...Et jusqu’au dessert, nous avons parlé chevaux, Zabeth et moi. Pendant ce temps là, Giscard et Kissinger ont arrangé leurs histoires. J\'ai compris que je n\'avais été invité que pour leur permettre de papoter tranquillement ! Au début mon trac était phénoménal, mais après, ça a dû bien se passer, puisqu’elle avait demandé, lors d’une invitation à la Garde Républicaine quatre ans plus tard, d’être assise à côté de moi !

C.S. Toujours à propos de votre passion d\'éleveur, vous avez été à l\'origine de la première transplantation d\'embryons chez la jument ?

J.R. Oui, c\'est une chose dont je suis très heureux, qui a été très importante pour moi : cette première transplantation effectuée par le Dr Palmer a été faite sur une de mes juments...

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\"Et jusqu’au dessert, nous avons parlé chevaux, Zabeth et moi...\" © N.Valère

C.S. Revenons au cinéma... A part vos débuts dans Cartouche, votre carrière d’acteur a-t-elle souvent croisé votre passion pour les chevaux ?

J.R. J\'ai quelques anecdotes... Jean Marais était un amoureux des chevaux, lui aussi. Il avait fait arrêter le tournage d’un film où un cheval devait tomber en plein galop (à l\'époque, cela se faisait en attachant un filin à un postérieur). Au bout de quinze jours, quatre chevaux étaient bons à abattre. Alors on a fait venir un dresseur qui avait été formé aux Etats-Unis pour le tournage de la course de chars de Ben Hur, et qui savait apprendre aux chevaux à se coucher sur une rêne d’ouverture un petit peu forte (du coup, nous les débutants, il fallait qu’on fasse attention à nos actions de main si on ne voulait pas se retrouver couchés par terre…)
Jean Marais avait le pouvoir de dire : «J’arrête de tourner. Débrouillez vous » C’est très beau, ça, c’est très émouvant. Il tournait souvent avec un cheval qui s’appelait Sultan. Une fois, dans un film, un groupe de cavaliers part au galop, Henri Decoin, le metteur en scène dit « coupez, on arrête », les cavaliers s’arrêtent, et Decoin dit « Sultan n’a pas eu son sucre » !

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Jean Rochefort a marqué l\'histoire du cinéma français, dans des rôles très divers, et a toujours conservé sa passion pour le cheval.©Coll. J.Rochefort

C.S. Et le fameux film \"Don Quichotte\", qui n\'a jamais pu voir le jour ?

J.R. Je peux vous en parler douloureusement, parce que ça a été une catastrophe. Il y a deux facteurs qui en ont fait une catastrophe pour moi : je devais monter un cheval très maigre pour qu\'il incarne Rossinante. C’était intolérable. Je devais aussi monter en armure sur une selle qui n’avait rien à voir avec les selles anglaises auxquelles j’étais habitué, et ma colonne vertébrale a joué aux osselets. Au bout de quatre jours, le film s’est arrêté… c’était le plus gros budget de cinéma en Europe cette année-là ! Ma pauvre \"Rossinante\" est morte quelques jours après l\'arrêt du tournage. Pour moi, ça a été le début de maux psycho-somatiques autant que physiques... pris de pitié pour ce cheval, et le dos démoli par la selle au point de ne plus jamais pouvoir remonter...

C.S. Récemment, vous êtes passé, comme on dit, derrière la caméra, pour réaliser avec Delphine Gleize \"Cavaliers Seuls\", un film très émouvant où Marc de Balanda (malheureusement disparu depuis) joue son propre rôle...

J.R. Ce film, c\'est un hommage à la transmission du savoir, et une évocation très forte du besoin que nous avons de l\'autre. Ces trois personnes qui a priori ne se seraient pas rencontrées vont former un cocon de bonheur et de bien-être malgré l\'accablement -et le courage- de Balanda à la fin de sa vie. La transmission du savoir équestre par le Maître à un jeune cavalier joué par Edmond Jonquères d\'Oriola (neveu de Pierre Jonquères d\'Oriola, ndlr) qui devient son élève préféré, est un axe essentiel du film.

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Dans le film d\'Yves Robert \"Un éléphant ça trompe énormément\" (1976) Jean Rochefort joue avec brio un cavalier débutant. © Coll. J.Rochefort

C.S. Nous n\'avons pas évoqué une des scènes les plus savoureuses de toute l\'histoire du cinéma : celle où dans \"Un éléphant ça trompe...\" vous jouez un cavalier débutant luttant contre la chute ! J\'ai toujours pensé qu\'il fallait être un remarquable cavalier pour jouer cela...

J.R. (Grand sourire) C\'était une jument très gentille que je connaissais bien, qui vivait chez moi. Je l\'avais entraînée délicatement pour qu\'elle ne soit pas trop surprise. Et quand je trottais enlevé à contre-temps, je me disais \"que doit-elle penser ?\" Pour la scène où je saute la table de pique-nique, j\'ai voulu que ce soit ma famille qui joue le rôle des pique-niqueurs interloqués. Si cela avait été des acteurs, je craignais que l\'un d\'eux ait un mouvement de tête ou un geste de recul qui puisse faire peur à la jument. Ma femme et mes enfants, j\'étais sûr qu\'ils me feraient confiance et ne bougeraient pas !

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La scène du pique-nique dans \"Un éléphant ça trompe...\" reste un grand classique du cinéma. ©Coll. J.Rochefort

C.S. Aimez vous les spectacles équestres ?

J.R. Je les aime quand il y a quelque chose d’artistico-poétique ; je n’aime pas voir les chevaux faire systématiquement des grimaces, pas plus que j’aime voir un éléphant assis sur un tabouret. Mais j\'apprécie la haute école...

C.S. Avez-vous pu marier vos compétences d’homme de spectacle avec celles d’homme de cheval ?

J.R. Je garde un contact constant avec les cavaliers actuels, d’abord en raison de cette passion qui m’anime, ensuite, parce que j’ai des chevaux à l’entraînement (je ne les fais commencer qu’à sept ou huit ans) chez d’excellents cavaliers professionnels. J’en ai trois qui débutent actuellement, dont un chez Pénélope. J’ai aussi cherché à développer le côté \"spectacle\" dans le CSO. Par exemple, depuis dix ans, j\'ai fait mettre des micros à tous les obstacles en Championnat de France pour rendre les parcours plus vivants pour le public.
Et puis, j’aime bien commenter pour la télévision les grandes réunions comme je l\'ai fait pour les JO d’Athènes, où je me suis bien amusé, et où j’ai contribué à l’augmentation de l’audimat !

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Jean Rochefort partageait avec Philippe Noiret à la fois l\'humour et la passion de l\'équitation. © N.Valère

C.S. Quelles sont vos relations avec les écuyers des temps anciens ?

J.R. J’ai essayé de lire des bouquins, avec mon ami Philippe Noiret…Nous ne comprenions rien. Si !...la seule chose qui nous est toujours restée, c’était cette phrase de Nuno Oliveira, vraiment savoureuse : « La main doit être ferme mais moelleuse » Alors ça, ça nous faisait rire, mais rire ! « La main doit être ferme mais moelleuse ». Nous la répétions sans nous en lasser...

Jean Rochefort

Jean Rochefort est une figure incontournable du cinéma français depuis le début des années 1960. Il a prêté sa voix si personnelle et la finesse de son jeu à plus de 150 films ou téléfilms. Il est le père du comédien Julien Rochefort.
Jean Rochefort a été plusieurs fois récompensé, notamment par deux Césars pour des rôles en 1976 et 1978, et un César d\'Honneur pour l\'ensemble de sa carrière.

Filmographie abrégée
Alternant films d\'auteur et films grand public, Jean Rochefort constitue une référence dans le cinéma français.

  • Le Grand Blond avec une chaussure noire
  • L\'Horloger de Saint Paul
  • Que la fête commence
  • Un Eléphant ça trompe énormément
  • La Crabe-tambour
  • Nous irons tous au paradis
  • Le Mari de la coiffeuse
  • Tandem
  • Ridicule
  • L\'étrange voyage

CHEVAL SAVOIR
présente en exclusivité un extrait de
CAVALIERS SEULS
Réalisation Jean Rochefort et Delphine Gleize
en coproduction avec Equidia