Arsenic et vieilles pierres



Journal N°33 - Juin 2012
Certes, ce ne sera pas une catastrophe écologique majeure.
Passé l’émoi suscité bien légitimement par l’implantation d’une décharge de déchets automobiles à Nonant-le-Pin, à un jet de caillou du « Versailles du Cheval » les grincements de dents s’apaiseront.
Laetitia Bataille

Certes, ce ne sera pas une catastrophe écologique majeure.
Passé l’émoi suscité bien légitimement par l’implantation d’une décharge de déchets automobiles à Nonant-le-Pin, à un jet de caillou du « Versailles du Cheval » les grincements de dents s’apaiseront.
Les déchets, il faut bien les mettre quelque part, et partout où on les enfouira, ils auront un impact environnemental détestable. En effet, bien qu’à des doses infimes, les pneus contiennent entre autres, du chlore, du plomb et de l’arsenic. Mais nous attardons donc pas outre mesure sur cet aspect des choses : les autorisations diverses ayant été dûment tamponnées (dans une lenteur administrative laissant présumer un examen extrêmement rigoureux du dossier !) on peut espérer que la probable pollution des eaux de ruissellement n’aura pas d’impact trop négatif sur la qualité de l’élevage dans ce petit biotope qui lui est si propice.

Reste qu’en termes d’image, le voisinage d’une décharge constitue pour le Haras National du Pin –l’un des lieux équestres les plus visités de France- une nuisance particulièrement mal venue.

Mais ceux qui se sont regroupés, le 23 mai dernier, pour une « manif » de protestation devant les grilles du Haras, ont-ils seulement levé les yeux vers lesdites grilles ? Ont-il pensé que le projet de leur rénovation, prévu depuis des années, n’a pas encore montré le bout de son nez ?

De nombreux domaines appartenant aux Haras Nationaux représentent un patrimoine bâti d’une grande valeur historique et artistique, et sont voués à une dégradation évidente. Nous avons déjà parlé, dans CS, des initiatives prises par certains haras nationaux -notamment celui d’Hennebont, qui organise goûters d’enfants et marchés aux puces- dans le but d’assurer une partie de leur difficile subsistance. Dérisoire ? Sûrement. Mais pas inutile, car le fait de créer une dynamique au sein d’une région ou d’une filière permet de conférer au domaine une légitimité, qui en justifie l’existence –donc la maintenance. Ou même, le cas échéant, le sauvetage.

En ce qui concerne Le Pin, il est plus urgent que jamais de songer à protéger l’ensemble de ce lieu, destiné dans un très proche avenir à accueillir un événement majeur, les Jeux Equestres Mondiaux de 2014. D’ici là, les vieux pneus se seront quelque peu délités. Espérons que les vielles pierres n’en auront pas fait autant. Ne baissons pas les bras…

Photo de couverture : Fotolia